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Hybride

Par stephane-desjardins

passe aux mains ­des Français

Notre chroniqueur, rédacteur en chef d’un journal financier, s’attaque avec zèle aux débats économiques qui animent la région.

Un des rares fleurons technologiques laurentiens passe aux mains d’une multinationale française. Hybride Technologies, la darling des effets spéciaux de cinéma, basée à Piedmont, va donc faire partie d’Ubisoft, une multinationale inscrite à la Bourse de Paris, dont le chiffre d’affaires 2007-2008 se situe à 928,3 millions d’Euros (1,5 milliard de dollars canadiens). Ubisoft est aussi connue pour son laboratoire hi-tech de la rue Saint-Laurent, à Montréal, qui ne cesse d’embaucher des hordes de jeunes développeurs informatiques pour ses jeux vendus partout dans le monde. Le grand succès d’Ubisoft et le jeu Splinter Cell. Ce mariage d’un géant et d’une PME atypique constitue une première dans le monde: un développeur de jeux vidéo qui achète une boîte d’effets spéciaux de cinéma. La centaine d’employés d’Hybride (en haute saison) rejoindront donc les 500 autres qui travaillent au Québec pour Ubisoft, qui en compte 4500 dans 25 pays. Hybride s’est fait con-naître par les effets spéciaux qu’elle a réalisés pour des films hollywoodiens et québécois. Ses dernières réalisations: 300, Sin City et Voyage au centre de la terre.

Pierre Raymond, fondateur d’Hybride et l’un des quatre actionnaires, représente désormais une des grandes fortunes des Laurentides. Les millions qu’il a empochés avec cette transaction, dont le montant n’as pas été dévoilé, constitue une preuve de sa clairvoyance. Il a insisté pour se concentrer sur le difficile créneau des effets spéciaux de cinéma, délaissant le lucratif marché de la publicité. Piedmont n’est pas situé en Californie. Mais il a su emporter des contrats prestigieux et lucratifs au fil des ans. Et il a misé sur la qualité de vie des Laurentides pour attirer les talents et restreindre les coûts d’exploitation. Il n’est pas le seul. De nombreuses petites boîtes technos sont situées dans des régions éloignées des grands centres, dont plusieurs PME spécialisées dans le même marché qu’Hybride.

M. Raymond a voulu rassurer ses employés, sous le choc de cette annonce, survenue le 8 juillet. Pas question de déménager ou de sabrer dans les effectifs. Le PDG du studio d’Ubisoft à Montréal, Yannis Mallat, en a rajouté: l’entreprise est en mode expansion. Il est question de doubler le nombre d’employés québécois en quelques années. On embauchera même chez Hybride, car Ubi-soft veut exploiter les capacités technologiques d’Hybride pour percer dans le marché de l’avenir, celui de la convergence des industries du jeu vidéo et du cinéma.

Cette transaction est à la fois réjouissante et inquiétante. Je ne doute pas de la volonté des partenaires de maintenir Hybride dans les Laurentides. Pourquoi abandonner une stratégie qui fonctionne? Mais il s’agit, encore une fois, d’un fleuron de notre économie qui disparaît. Car les décisions se prendront désormais à Montréal et, surtout, à Paris.

Lorsque le siège social mondial d’Ubisoft jugera que Piedmont ne sera plus une priorité, il exportera les emplois ailleurs. Ce n’est peut-être pas demain. Mais qui peut prévoir pour les décennies à venir. Une Hybride indépendante aura plus de difficultés à quitter la communauté qui l’aura vu naître. C’est tout le drame qui se cache derrière les acquisitions d’entreprises. Lorsque des étrangers achètent un de nos fleurons, nous y perdons en influence, en talents, en poste hautement rémunérés dans des domaines de pointe. À court ou à long terme. C’est inévitable. DMR, un de nos fleurons des technologies de l’information est désormais une coquille vide. Ce n’était pas le cas au lendemain de son rachat par l’américaine Amdahl, qui fut à son tour rachetée par la japonaise Fujitsu. Quel est le poids de Montréal chez Fujitsu? Des exemples comme celui-là abondent. Je suis un de ceux qui considèrent que la vente d’une entreprise d’ici à des intérêts étrangers est une véritable tragédie silencieuse. Surtout lorsqu’elle est située dans une région où les emplois haut de gamme se font rares, comme dans les Laurentides. Mais nous achetons aussi des entreprises à l’étranger. C’est le propre des pays libres. De plus, peut-on reprocher à Pierre Raymond de vendre? C’est son entreprise après tout. L’entrepre-neur a eu plusieurs d’offres de joueurs prestigieux. Il a choisi Ubisoft. Il a ses raisons personnelles et stratégiques. Le prix de vente a sûrement joué.

La vie d’un entrepreneur est palpitante mais aussi très difficile. On se bat contre vents et marées pendant des décennies. Arrive la cinquantaine. On est parfois moins enthousiaste. Puis survient une offre multimillionnaire. Et la possibilité de briller plus fort à l’international pour une fin de carrière enrichissante, où l’on a enfin les moyens de ses ambitions. Difficile de résister à une telle offre.

Il faudra voir si le Québec et les Laurentides s’enrichiront par cette transaction. Seul le temps le dira.

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