(Photo : Nordy – Sébastien Fleurant)
D’après Julie, il existe une cinquantaine de plantes que l’on peut utiliser pour teindre dans les Laurentides.
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Cueillir la teinture

Par Aurélie Moulun

Julie Tanguay-Côté, propriétaire de l’entreprise Confection Djustyle, se passionne pour une technique de teinture naturelle et écologique peu connue que l’on appelle l’ecoprint.

Je rencontre Julie chez elle à Sainte-Adèle, en fin de journée. En arrivant, elle m’accueille directement dans sa cour arrière, où l’on retrouve son jardin… bien rempli !

Parmi les odeurs fines et les couleurs vives, on y retrouve des plantes en tout genre : des chrysanthèmes à couronne, des coréopsis des teinturiers, de l’œillet d’Inde. Avec patience et, surtout, avec passion, elle me fait faire le tour du jardin pour me décrire chaque sorte de fleur qu’elle y fait pousser et à quoi elles servent.

Julie utilise notamment la scabieuse des jardins (2e) et l’oeillet d’Inde (3e) pour faire de l’ecoprint.

Julie utilise notamment la scabieuse des jardins (2e) et l’oeillet d’Inde (3e) pour faire de l’ecoprint. (Photos : Nordy – Sébastien Fleurant)

Certaines lui servent à concocter des tisanes, d’autres à attirer les abeilles, mais les plus particulières sont les plantes tinctoriales. Ces plantes peuvent être utilisées pour faire de la teinture.

Passionnée de la teinture sur du textile naturel depuis plusieurs années, Julie s’est aménagé un jardin qui lui sert, en partie, de fournisseur de fleurs et de couleurs pour ses projets.

La propriétaire procède notamment à l’ecoprint, une technique qu’elle affectionne particulièrement. Celle-ci permet de récolter l’empreinte d’une feuille, d’une fleur ou d’un pétale sur un tissu.

Technique simple et naturelle

Julie me montre fièrement ses dernières réalisations. Plus d’une vingtaine de tissus s’y trouvent, tous ornés de couleurs et de motifs différents comme celui d’une feuille d’érable bien apparente ou encore d’un pétale d’œillet d’Inde.

« Je suis vraiment dans une approche d’autosuffisance. J’utilise ce que je peux faire pousser ou ce que je peux trouver proche de chez moi. » – Julie Tanguay-Côté

Pour faire de l’ecoprint, elle dépose d’abord un carré de tissu sur une surface plate. « Ensuite, je viens mettre mes feuilles et j’ajoute certains modifiants comme le fer ou le vinaigre. Après, je vais rouler mon tissu serré pour garder les feuilles à l’intérieur et je vais les mettre dans une cuve à vapeur », explique-t-elle. Les pigments de la feuille vont donc sortir pour venir s’imprégner dans le tissu.

Julie Tanguay-Côté est la propriétaire de l’entreprise Confection Djustyle, basée à Sainte-Adèle.

Julie Tanguay-Côté est la propriétaire de l’entreprise Confection Djustyle, basée à Sainte-Adèle. (Photos : Nordy – Sébastien Fleurant)

Elle ajoute d’ailleurs que c’est l’envers de la feuille, le côté plus nervuré, qui crée une teinture plus complète et homogène, alors que l’endroit révélera seulement le contour de la feuille, ce qui peut être tout autant joli.

Passionnée de la nature

Ses produits, c’est elle qui les teint. Et pour ce faire, elle se concentre sur les plantes qu’elle peut obtenir chez elle, dans les Laurentides.

« Je suis vraiment dans une approche d’autosuffisance. J’utilise ce que je peux faire pousser ou ce que je peux trouver proche de chez moi, notamment par principe et par économie », souligne-t-elle.

C’est aussi qu’elle s’intéresse moins à ce qu’elle ne maîtrise pas. « J’aime comprendre le pourquoi du comment, l’avoir fait pousser pour pouvoir l’utiliser pour teindre. Et quand je vends un morceau et que j’ai utilisé du fer par exemple, je suis capable de dire : « Ce morceau-là, je l’ai trouvé en marchant avec une de mes amies dans la forêt, l’hiver, etc. » Souvent, les personnes adorent entendre l’histoire derrière le morceau qu’elles achètent. Donc c’est vraiment pour boucler la boucle », raconte Julie, tout enjouée.

Pour une cueillette équitable

En plus de son jardin, elle raconte qu’elle a l’habitude de se promener en forêt ou sur les bords de route afin de dénicher quelques plantes qui lui manquent pour ses teintures.

« Récemment, j’ai entendu quelqu’un dire qu’il faut respecter la règle des tiers : un tiers pour la nature, pour se régénérer, un tiers pour les animaux et un tiers pour ta consommation. Et on ne va jamais au-delà de ça », explique Julie.

« On ne prend pas tout parce qu’il faut s’assurer que la plante se régénère. Comme ça on est sûr qu’année après année, quand on y retourne, il y en a toujours », détaille la propriétaire.

Des connaissances difficiles d’accès

En marchant à travers le jardin, pas une fois Julie n’a eu besoin de ses notes. Elle connait le nom des fleurs et leurs utilités par cœur. Tout ce savoir lui a pourtant pris beaucoup de temps à acquérir.

« J’ai eu de la difficulté à trouver de l’information, et surtout en français. J’ai suivi des cours avec des personnes qui savaient teindre un peu partout au Québec. Aussi, j’ai beaucoup appris en lisant des livres en anglais. Sinon, c’est purement de bouche-à-oreille et des recherches. J’ai fait mes propres tests. J’ai appris, puis je suis allé tester », explique Julie.

« Je serais aussi curieuse de voir avec les personnes natives ce qu’elles utilisaient comme plantes pour les tissus. Il y a vraiment des recherches de ce côté-là, qu’on a perdu en 1800-1900 quand on est allé vers la teinture synthétique », déplore-t-elle.

C’est en partie pour cela qu’elle a choisi de donner des cours sur l’identification des plantes tinctoriales et les techniques de teinture.

« J’ai tellement de savoirs techniques que j’ai été chercher et j’aime être avec les gens. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire avec ça. Donc c’est pour ça que j’ai dérivé vers les cours. C’est quelque chose en moi qui aime partager la passion, mais les connaissances aussi. Parce que si on n’en parle pas, on va les perdre », souligne-t-elle.

Julie Tanguay-Côté, propriétaire de Confection Djustyle, donne également des cours de teinture et d’identification des plantes tinctoriales.

Pour participer à ses ateliers, visitez sa page Facebook.

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