Des étudiants des Laurentides cuisinent des repas contre l’insécurité alimentaire
Par Alexane Taillon-Thiffeault (Initiative de journalisme local)
Des étudiants des Laurentides participent aux Cuisines solidaires – Édition Relève, une initiative de La Tablée des Chefs visant à préparer des milliers de repas destinés aux organismes d’aide alimentaire.
À l’échelle du projet, plus de 1 000 élèves et enseignants prennent part à l’opération afin de cuisiner près de 140 000 portions de chili végétarien qui seront distribuées à des organismes communautaires au Québec et ailleurs.
Dans la région, l’activité mobilise notamment des étudiants du programme Techniques de gestion d’un établissement de restauration du Cégep de Saint-Jérôme, qui prennent part à la production des repas dans le cadre de leurs cours. Au total, ceux-ci remettront 1 500 portions.
Apprendre en contribuant
Pour Valentine Laperle, enseignante dans le programme depuis 14 ans, l’activité constitue un outil pédagogique concret pour sensibiliser les étudiants aux enjeux alimentaires. « Le meilleur moyen de les sensibiliser, c’est de les mettre dans l’action », explique-t-elle.
Dans son cours Alimentation et cuisine responsable, ouvert à des étudiants provenant de plusieurs programmes du cégep, la participation au projet permet d’aborder différentes problématiques liées à l’alimentation, dont l’insécurité alimentaire.
Selon l’enseignante, cette approche permet aux étudiants de comprendre plus concrètement la réalité vécue par plusieurs personnes. « Des fois, on pense que l’insécurité alimentaire touche seulement les personnes itinérantes, mais ce n’est pas le cas. On parle aussi d’étudiants ou de familles qui ont de la difficulté à joindre les deux bouts », souligne-t-elle.
Un défi de production
L’activité représente aussi un exercice concret pour les étudiants en cuisine, qui doivent préparer un grand nombre de portions dans un temps limité.
Dans certains cas, de petits groupes d’étudiants sont responsables de volumes importants. « Un collègue avait sept étudiants pour produire 1 000 portions. C’est vraiment un défi de production et un apprentissage important pour eux », explique Valentine Laperle.
Au-delà des compétences culinaires, l’expérience permet également de développer des valeurs liées à l’engagement social et au travail d’équipe. « C’est différent de cuisiner pour quelqu’un qui a faim que de cuisiner pour quelqu’un qui vient simplement se divertir », observe l’enseignante.
Des repas pour la communauté
Les portions préparées seront distribuées à différents organismes et initiatives locales. Une partie sera notamment remise à Moisson Laurentides, qui redistribuera les repas dans son réseau.
D’autres portions seront aussi destinées directement à la communauté collégiale. Au cégep, certaines seront déposées dans un frigo communautaire accessible aux étudiants, notamment ceux vivant en résidence. Des étudiants en francisation, qui doivent souvent concilier études, travail et responsabilités familiales, pourront aussi en bénéficier.
Des repas seront également distribués dans le cadre de projets communautaires et d’activités de sensibilisation organisées sur le campus.
Sensibiliser la relève
Au-delà de l’aide alimentaire immédiate, l’objectif de l’initiative est aussi d’encourager la relève culinaire à s’impliquer dans sa communauté. Depuis plus de 20 ans, les Cuisines solidaires mobilisent des enseignants et des étudiants en cuisine afin de préparer des repas destinés aux banques alimentaires. Au fil des ans, plus de 1,7 million de portions ont ainsi été distribuées au Canada et en France.
Ailleurs dans la région, il y a aussi l’école hôtelière des Laurentides qui va remettre 3 000 repas aux banques alimentaires de la région, et le CFP l’Émergence remettra 1 000 repas pour Moisson Laurentides. Avec le cégep, c’est un total de 5 500 repas qui seront cuisinés par les jeunes des Laurentides.
L’activité vise également à sensibiliser les futurs professionnels de la restauration à l’ampleur de l’insécurité alimentaire. Au Québec, les demandes d’aide alimentaire ont atteint 3,1 millions en mars 2025, soit près de 1,6 fois plus qu’en 2021.
Pour Valentine Laperle, ces initiatives permettent aux étudiants de mieux comprendre leur rôle social. « On parle souvent des problèmes liés à l’alimentation, mais là ils peuvent agir concrètement. Ça leur permet de s’engager dans leur communauté », conclut-elle.