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Fini, la comédie…

Par jean-marc

Festival de Cannes 2008

Presque… En phase avec les films proposés par cette 61e édition du Festival de Cannes, le baromètre ne s’est guère déridé: petite pluie ici et là, ciel gris avec quelques éclaircies; frisquet à 8h du matin, horaire cruel pour tous les journalistes accrédités qui se ruent au Palais pour la première projection de presse de 8h30.
À contempler la joyeuse foule venue applaudir ses idoles, suivre le rituel de la montée des marches du Palais, avec pirouettes et coquetteries de stars, il est évident que la ferveur est davantage dans la rue que dans les salles obscures. L’enthousiasme populaire a atteint son paroxysme à la présentation – hors compétition et en avant-première mondiale – de Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal de Steven Spielberg. Ils étaient plus de trois mille badauds à crier leur plaisir de voir leurs idoles de tout près. Si nombreux que des policiers à cheval furent dépêchés sur les lieux . Ce qui ajouta au spectacle. Et c’en fut tout un. Sous la mitraille des 200 photographes professionnels et ceux des centaines d’amateurs, Harrison Ford, Cate Blanchett, et le tout Hollywood défilèrent gracieusement. D’un soir à l’autre, spectacle garanti sur tapis rouge, avec parapluie si nécessaire: de Catherine Deneuve à Dustin Hoffman, de Woody Allen à Angelina Jolie, de Jeanne Moreau à Clint Eastwood, de Penelope Cruz à Steven Spielberg, Sharon Stone, Robert de Niro, Isabella Rosselini, John Malkovich, Gwineth Paltrow, Brad Pitt…. c’est en plein air que Cannois et touristes se font leur festival.

En attendant le palmarès

En ces derniers jours de compétition, peu d’œuvres s’imposent pour la Palme d’Or comme ce fut le cas d’emblée l’an dernier pour celle du lauréat, le Roumain Cristian Mongin avec son percutant 4 mois 3 se-maines et 2 jours . Dominée par des films sombres, la sélection remarquable par sa varieté, privilégie à quelques exception près, le cinéma d’auteur. Parmi les favoris Un conte de Noël du Français Arnaud Desplechin est une fort méchante histoire de famille décomposée. Solide scénario, dialogues mordants défendus par une poignée d’excellents acteurs avec, au centre du nœud de vipères Catherine Deneuve, parfaite en mère indigne et fière de l’être, ce drame bourgeois bien huilé fait penser à du Pinter «façon française». Il s’apparente cependant davantage au théâtre de boulevard» qu’à la grande œuvre. Peut-être sa séduction vient-elle de ce qu’elle fait brillamment écho à ce «famille je vous hais…» qui sommeille dans bien des cœurs. Deux œuvres diamétralement opposées dans leur forme sont également en tête de peloton: The Exchange/L‘Échange de l’Américain Clint Eastwood et Le silence de Lorna des Belges Jean-Pierre et Luc Dardenne. Basé sur une histoire vécue dans les années vingt à Los Angeles, L’Échange met en scène une jeune femme dont l’enfant disparaît. Angelina Jolie, interprète du courageux combat de la mère de famille face à une police incompétente et corrompue qui lui impose un enfant qui n’est pas le sien, est sobre et devrait nous convaincre. Mais le film est long, l’héroïne est lourdement maquillée, les décors sentent le décor à plein nez et le tueur en série pue le maniaque dès qu’il apparaît à l’écran. Prévisible, sans nuances, les méchants d’un côté, les braves de l’autre, L’Échange est si cousu au fil de «made in Hollywood» qu’en dépit de ses indéniables qualités, bien que les faits qu’il relate nous révoltent et qu’il constitue un plaidoyer pour la justice, son côté fabriqué fait obstacle à l’émotion. Le silence de Lorna que nous offrent les frères Dardenne – déjà deux fois palmés avec Rosetta et L’Enfant – est aux antipodes de ce genre de cinéma. Sobriété de moyens, décors dépouillés, jeu contenu des acteurs, autant d’éléments qui contribuent à donner à leur œuvre la densité indispensable à son propos. Une jeune Albanaise, en quête d’une vie meilleure, s’est placée au service d’une bande de trafiquants en échange d’une nouvelle nationalité. Ils opèrent en Belgique, pratiquant un trafic lucratif et particulier: la vente de nationalité belge en toute légalité par le mariage. Lorna est l’appât. On lui a fait épousé un drogué qu’on compte bien éliminer avec une overdose. Veuve, elle pourra devenir l’épouse d’un Russe qui a un besoin pressant de devenir belge. Mais Lorna est d’une espèce différente et son choix tient le spectateur en haleine jusqu’à la toute fin. Adoration, tout dernier-né de notre compatriote Atom Egoyan, en compétition à Cannes pour la cinquième fois, était très attendu. Ses fans ne seront pas déçus. Retour aux sources avec cette œuvre complexe qui nous entraîne dans les méandres des vérités superposées et parallèles d’un univers pirandellien. Un adolescent joue à inventer sa vie sur internet. Confrontations, échanges de point de vue et même d’injures, ces interactions l’aideront-elles? A moins que ses expériences du virtuel ne l’amènent à la décision de vivre dans le concret et à s’accepter. La conclusion du film nous incite à le croire. Seul à nous avoir offert une œuvre souriante hélas hors compétition, Woody Allen nous a cependant prévenu en conférence de presse: «Vicky Cristina Barcelona est aussi une tragédie.…» C’est surtout un poème dédié à l’amour et à ceux qui osent aimer. Un pur délice, des dialogues scintillants d’esprit et de tendresse, une tornade de sentiments bousculant conventions et raison. Woody Allen nous a offert, mettant en scène des situations cocasses, scabreuses parfois, une œuvre qui sous son apparente légèreté, expose l’incessante quête de tout être humain. Contraste avec la pièce de résistance du Festival: Che de l’Américain Steven Soderberg, Palme d’Or en 1989 avec Sex, Lies and Videotape. Che retrace en 4h28, le parcours passionné du révolutionnaire mythique, compagnon de Fidel Castro, Che Guevarra. Médecin argentin, naturalisé mexicain, il partage avec Fidel le même objectif: libérer Cuba du joug du dictateur corrompu Batista. Mission accomplie, on le retrouve combattant pour la même cause en Bolivie où il sera finalement capturé et abattu par l’armée. En chantier depuis huit ans, ce monumental docu-fiction de 50 millions de dollars saura-t-il convaincre le Président du jury Sean Penn, lui aussi militant. Qui sait?

La semaine prochaine, Accès vous présentera des photos «en direct de la Croisette!

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