(Photo : Tara Winstead)

La détresse des jeunes de plus en plus visible dans les Laurentides

Par Alexane Taillon-Thiffeault (Initiative de journalisme local)

La détresse psychologique chez les jeunes demeure bien présente dans la région. Si le nombre total d’appels au Centre de prévention suicide Faubourg de Saint-Jérôme reste relativement stable d’une année à l’autre, l’organisme observe toutefois une hausse marquée des situations de crise impliquant des enfants de moins de 13 ans.

« Cette année, ce qui a le plus augmenté, ce sont les appels de crise pour les 13 ans et moins. On a vu beaucoup d’augmentation de la détresse chez les enfants plus que chez les ados », explique Amélie Giroux, coordonnatrice des services de postvention et de formation au Centre de prévention suicide Faubourg.

L’organisme est responsable de la ligne d’intervention de crise 24 heures sur 24 pour la région des Laurentides, accessible notamment par la ligne provinciale 1-866-APPELLE. Les intervenants reçoivent des appels de personnes en crise, mais aussi de proches ou de professionnels qui cherchent des outils pour soutenir quelqu’un en détresse.

Des appels qui révèlent une souffrance bien réelle

Les appels concernant des jeunes sont divisés en deux catégories : les enfants de 13 ans et moins et les adolescents de 14 à 17 ans. Dans les deux cas, les intervenants constatent que les jeunes vivent des situations émotionnelles complexes.

Chez les plus jeunes, les difficultés relationnelles arrivent en tête des motifs d’appel. « Les relations interpersonnelles, c’est très large. Les chicanes avec les amis, les conflits familiaux ou encore un divorce des parents », explique Mme Giroux. La santé mentale, incluant l’anxiété, constitue également un enjeu fréquent. S’ajoutent le deuil à la suite d’un suicide, l’intimidation et les difficultés liées au milieu scolaire, comme la peur d’échouer ou de ne pas trouver sa place à l’école.

Chez les adolescents de 14 à 17 ans, la santé mentale arrive plutôt en tête des préoccupations, notamment l’anxiété. Les relations avec la famille ou les amis, les enjeux scolaires et les ruptures amoureuses font aussi partie des motifs souvent évoqués lors des appels.

Une hausse marquée depuis une décennie

La comparaison d’une année à l’autre ne révèle pas de bouleversement majeur, mais la tendance devient beaucoup plus frappante lorsqu’on remonte une dizaine d’années. « Quand j’ai commencé au Faubourg il y a 14 ans, recevoir un appel concernant un enfant de 10 ou 11 ans était choquant. Aujourd’hui, ça n’étonne plus personne », souligne Mme Giroux.

Les intervenants reçoivent désormais régulièrement des appels impliquant des enfants de 9, 10 ou 11 ans. Les situations touchant des enfants encore plus jeunes demeurent rares, mais existent tout de même.

La coordonnatrice tient toutefois à préciser qu’une hausse de la détresse ne signifie pas nécessairement une augmentation du nombre de suicides chez les plus jeunes. « Au niveau des suicides ou des tentatives de suicide chez les 13 ans et moins, c’est relativement stable. Mais la détresse, elle, on la voit davantage », indique-t-elle.

Un manque d’outils pour affronter la détresse

Selon Mme Giroux, l’un des facteurs qui explique cette réalité est le manque d’expérience des jeunes face aux émotions difficiles. « Les enfants et les adolescents ont souvent moins d’outils pour faire face à la détresse. Leur monde est plus petit, donc quand quelque chose va mal, tout leur univers semble envahi par cette souffrance », explique-t-elle.

Elle rappelle également l’importance de ne pas minimiser ce que vivent les jeunes. Même si les adultes peuvent parfois percevoir certains problèmes comme mineurs, la détresse ressentie par un enfant demeure réelle.

L’accès constant à des réponses rapides, notamment par Internet et les technologies, pourrait aussi jouer un rôle. Selon la coordonnatrice, les jeunes sont aujourd’hui moins habitués à tolérer l’ennui ou l’inconfort, ce qui peut rendre les périodes de détresse particulièrement difficiles à traverser.

Des services accessibles en tout temps

Pour répondre aux besoins, le Centre de prévention suicide Faubourg mise principalement sur sa ligne d’intervention téléphonique disponible en tout temps. Plusieurs intervenants peuvent être en poste simultanément afin de répondre au plus grand nombre d’appels possible.

L’organisme a fait le choix de ne pas créer de liste d’attente. Si toutes les lignes sont occupées, les appelants doivent rappeler plus tard. « On sait que ça peut sembler dur, mais attendre longtemps en ligne n’est pas nécessairement mieux pour quelqu’un en crise », souligne Mme Giroux.

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