La rabiole

Par Marie-Catherine Goudreau

Je suis arrivée sur la rue de l’Église quelques minutes avant l’heure prévue. Malgré la pluie qui tombait à boire debout, j’attendais impatiemment mon tour. Ne me demandez pas pourquoi mais j’étais vraiment fière d’attendre comme ça, avec mon sac recyclé sur la tête pour sauver ce qui restait de ma crinière malgré toute cette pluie froide qui nous tombait dessus.
Ça fait des années que je me promettais cette rencontre. Je ne sais quelle foutue barrière avait retardé cette première rencontre… Lâcheté? Paresse? Peur de l’engagement? Probablement un beau mélange de tout ça. Mais. Toujours est-il que cette année je suis bien là, dégoulinante avec mon sac recyclé, mes belles sandales neuves dans la boue. Et il est enfin devant moi: mon fermier. En fait, pour être plus juste et moins romantique: elle est là, ma fermière!

C’est d’abord un slogan d’Équiterre qui avait attiré mon attention il y a de ça quelques années: Adoptez un fermier! C’est aussi mon côté granola que vous connaissez bien et ma criante peur des OGM, pesticides, et autres substances non identifiées et non identifiables… bref, c’est tout cela qui m’a conduite à ma fermière.

Il faut voir la pureté de son teint, la clarté de ses yeux pour tout saisir. Et oui, depuis mercredi dernier, à défaut d’avoir un médecin de famille, j’ai mon «fermier de famille»!

Je vous explique: tous les mercredis jusqu’à la fin-octobre un fermier de la région vient à notre rencontre – pour moi c’est chez Bio terre, sur la route de l’Église à Saint-Sauveur. Mon fermier, lui, c’est la ferme biologique Aux petits oignons, de Mont-Tremblant. Au-delà d’un panier rempli de légumes biologiques et de viandes locales (pour les carnivores), vous repartez chaque semaine avec le sentiment d’avoir fait la différence et, en bonus, parfois une découverte ou deux de légumes qu’on avait presque oubliés. Moi cette semaine c’était la rabiole. C’est une bouffée d’air frais, c’est un peu les vacances avant les vacances: le teint un peu plus pur, l’oeil un peu plus clair. Comme ma fermière. C’est aussi l’avenir de l’alimentation; on est de plus en plus conscients de l’importance de la «traçabilité» des aliments, de savoir ce qui se retrouve vraiment dans notre assiette; c’est le dernier rempart contre la vache folle, la surabondance d’antibiotiques et les manipulations génétiques douteuses. Pour vous convaincre du péril, voyez le film Le monde selon Monsanto.

Je fais ça un peu pour la cause, un peu pour moi; mais surtout je le fais pour mes enfants. Cette génération pour laquelle demain le jardin n’est pas nécessairement «vert». J’entends mon ado de seize ans qui me réplique quand je le réprimante sur sa consommation de gras trans à la chaîne: « Avec tout le vert que tu me fais bouffer à la semaine longue, M’man, j’peux-tu manger mon sac de chips au complet sans me sentir coupable, pis peux-tu m’foutre la paix un peu?!»

Prendre le large

Et bien, chers amis lecteurs, je vais vous foutre la paix un peu jusqu’au mois d’août. Dix ans de dur labeur pour un petit mois de «break», c’est-tu trop demander?

J’ai plein de retards à rattraper: des rencontres avec des amis, des rencontres avec mon Chéri et mes enfants, des rencontres avec des livres, des rencontres avec des plages et des couchers de soleil.

C’est bien beau manger bio, c’est bien beau embrasser les causes et les arbres, c’est bien beau vouloir changer le monde et faire un journal, mais cet été j’peux-tu prendre le large, m’écraser sur mon derrière pis manger mon sac de chips au complet sans me sentir coupable, han?!

Allez, je vous embrasse.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *