Le Curé Labonté porte bien son nom…

Le Curé Labonté porte bien son nom…
Martine Laval
Actualité

45 ans au service de son prochain

Le Curé Labonté, natif de Saint-Jérôme, est entré dans la prêtrise le 6 mai 1967, à l’âge de 24 ans. Enfant unique dont le père était ambulancier, il a fait ses études à Sainte-Thérèse, puis au Grand séminaire de Montréal. Il a été professeur de pastorale pendant 30 ans pour la Commission scolaire des Laurentides.

Entretien avec un homme d’Église dévoué.

 

45 ans au service de votre prochain, de vos paroissiens, vous en avez-vu de l’eau couler sous les ponts!

 

Curé Labonté: Il est vrai que la religion a beaucoup changé durant toutes ces années. Lorsque j’ai été ordonné prêtre en 1967, c’était l’été de l’Expo à Montréal, l’année de toutes les transformations. Le Québec s’est ouvert sur le reste du monde, et rien ne fut pareil à partir de là.

L’exposition universelle a complètement changé l’idée que l’on se faisait du monde. Religions, coutumes, traditions, cuisines: la différence est entrée dans notre province et a transformé les mentalités. Ce qu’on n’aurait jamais osé questionner auparavant a pris la route du changement. La foi était autrefois concentrée sur les rites mais tranquillement, les habitudes qui dirigeaient nos vies n’ont plus eu la même emprise sur notre existence.

 

Les gens ont également commencé à quitter les églises lorsque le dimanche est devenu un jour de travail. La vie de famille a été remise en cause. C’est alors que la société civile a pris la place du dimanche, jour du Seigneur. Messe dominicale, repas familial, visite aux grands-parents et autres rites de fins de semaine ont été chamboulés. Ce fut la naissance d’une nouvelle culture.

 

La religion qui dominait et avait main mise sur le peuple, dictant les comportements de tout un chacun, s’est effritée au fil des générations. Qu’en reste-t-il?

 

Le grand mouvement de liberté qui est survenu au Québec était un choix très sain. D’ailleurs, si on se réfère à l’Évangile, Jésus n’a rien obligé. Il a plutôt invité les gens.

C’est là qu’on en est du côté des célébrants et de la représentation de l’Église au sein du peuple: l’accueil en toute chose.

 

Autrefois, le curé de la paroisse avait autorité en toute chose. Sa vision et ses décisions étaient imposées et faisaient loi. La désobéissance entraînait la réprimande, la punition, l’excommunication. L’explication serait qu’au moment de la colonisation, les nobles français et anglais instruits, ont chacun leur tour abandonné les colonies pour retourner en Europe, laissant le curé comme seule autorité en place pour diriger le peuple à travers l’aventure. Les écrits de Jansénius, pour qui tout étant malsain donc susceptible de punition, devint la référence des curés qui n’avaient pas d’autres versions pour contrebalancer tant de sévérité. Le jansénisme fit des ravages du côté de la foi des fidèles envers leur église. Mais tranquillement, le peuple se souleva contre les normes établies pour faire place à sa propre idée de la place que la religion devrait prendre au sein de la famille.

 

Les gens vont-ils encore à la messe? Les mariages religieux ont-il encore lieu? Comment cela se passe-t-il?

 

Le phénomène est curieux: 75 à 80% des québécois sont catholiques mais seulement 4% d’entre eux sont pratiquants. Ce sont surtout les têtes blanches qu’on retrouve dans les églises.

 

Ils s’habituent au changement mais ne veulent toutefois pas perdre leurs repères.

Quant au mariage, j’en célèbrerai 35 cet été. Les gens désirent encore faire bénir leur union sous l’œil de Dieu. Les couples sont par contre plus âgés, dans la 30aine, ils ont la plupart du temps des enfants et quelques années de vie commune, mais ils recherchent la consécration de leur union. L’humain a besoin de rites et l’Église en offre.

 

 

Autre phénomène observé: maintenant, dans une célébration religieuse, lorsque le prêtre récite la messe, il n’y a plus de réponses là où l’assemblée autrefois répondait en cœur. Exemple: Après que le prêtre ait prononcé les paroles Le Seigneur soit avec vous, la réponse Et avec votre Esprit, se traduit par un silence. Par contre on applaudit à la fin d’une célébration de mariage ou des funérailles!

 

La ligne de conduite se doit donc d’être l’accueil en toute chose, si on veut encore durer au cœur des gens. On s’habitue et on se transforme donc.

 

Les fidèles se confessent-ils encore?

Pas vraiment. On discute plutôt. Maintenant, avec les psychologues, les psychothérapeutes, les gens peuvent aller parler de ce qu’ils vivent au plus profond d’eux-mêmes. Mais comme j’ai reçu une formation en counseling de couple, je peux aider, diriger qui aurait besoin de se confier.

 

Que pensez-vous du mariage gay?

Je crois qu’il faut s’adapter. Ça fait partie de la réalité de nos jours. Il y en a de plus en plus. Il faut donc accueillir les gens tels qu’ils sont.

 

Et les scandales de pédophilie qui ont secoué l’Église, croyez-vous que le vœu de chasteté ait encore sa place? Ne croyez-vous pas que de permettre aux prêtres d’avoir une vie sexuelle normale, comme les pasteurs par exemple, aurait évité toutes ces histoire accablantes?

 

Je crois que l’enfant est sacré. Je crois aussi que la place de la femme au sein de l’église catholique changerait les choses. Mais l’Église est lente à évoluer, alors que le peuple évolue vite. Il faudrait réviser les positions du Vatican plus rapidement.

Malgré tout, un changement s’amorce pas très loin d’ici. Dans la paroisse d’Arundel, cinq femmes et deux hommes sont des «prêtres». À Sainte-Anne-des-lacs, une femme pasteure de l’église unie est mariée à un pasteur anglican.

 

En conclusion

Le curé Ronald Labonté est en fin de carrière, après 45 ans de travail assidu et dévoué au sein des Laurentides. Bien qu’il y ait de moins en moins d’élus, les femmes commencent à prendre leur place dans le milieu. Bien que sur 8 églises de la MRC des Pays-d’en-Haut sous sa responsabilité, 3 soient vendues et 2 soient à vendre, il y a encore des fidèles et lorsqu’arrive l’été, l’église de Saint-Sauveur qui a 108 ans, est prise d’assaut par les touristes qui viennent la visiter et s’y recueillir.

 

«Il faut regarder le changement avec optimisme. Être chrétien c’est être venu à la rencontre de Jésus et le message d’amour du Christ demeure le même. Vivre aujourd’hui est un défi. On valorise la richesse et l’apparence. Les nouvelles communications nous font perdre le sens des relations et favorisent l’individualisme mais on est ouvert sur le monde. L’Église n’a d’autre choix que de laisser faire la vie. Enseignons la tolérance et le respect de la différence. Travaillons ensemble.»

 

 

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