Le Passage vers la liberté

Par Thomas Gallenne

CSSS des Pays-d’en-Haut

L’objectif du programme Passage est d’accompagner toute personne judiciarisée atteinte de problèmes de santé mentale afin de l’éloigner du cercle vicieux qui la reconduit presque immanquablement en milieu carcéral. C’est lors d’un point de presse tenu au Centre de santé et de services sociaux (CSSS) des Pays-d’en-Haut à Sainte-Adèle le 5 mars dernier, que la directrice générale de l’AQESSS, Diane Lavallée, a remis aux représentants du programme, leur «prix de reconnaissance». «Il y a beaucoup de choses qui vont bien dans le réseau de la santé, malgré les manchettes, rappelle Mme Lavallée. Et il s’agit de la remise de notre dernier Bon coup car l’Association ferme le 31 mars, suite à la réforme de la Loi 10 du ministre Barrette. «Mais on va avoir un site web qui va demeurer et des activités vont continuer», a ajouté la DG qui déplore la disparition de cette représentation du réseau de la santé qui compte 220 000 personnes et qui existe depuis 1932.

Un programme modèle

Rappelons qu’un psychiatre, une criminologue et une psychoéducatrice travaillent ensemble au sein de l’équipe de Passage. Ils assurent la continuité du suivi psychiatrique auprès des personnes qui présentent des problèmes de santé mentale et leur offrent un accompagnement adéquat dans la communauté. Les différents intervenants des ressources communautaires, les travailleurs de rue et les intervenants correctionnels effectuent un suivi étroit auprès des clients référés par l’équipe de Passage. «Notre objectif est de créer un réseau d’aide dédié à ces personnes en mobilisant les ressources du milieu, pour que la personne ne tombe pas dans le vide», explique Martine St-Georges, coordonnatrice du programme qui couvre le territoire des Laurentides au complet. Les responsables du projet collaborent aussi étroitement avec le réseau de la justice pour assurer une certaine cohérence dans leur approche. Selon les intervenants, la force et l’originalité de Passage reposent d’ailleurs sur la collaboration du réseau de la justice, de la sécurité publique et de la santé et des services sociaux, selon une approche qui intègre à la fois l’interdisciplinarité et l’intersectorialité. «Les intervenants qui s’investissent dans ce projet ont obtenu des résultats exceptionnels. Leur travail nécessite beaucoup de persévérance et d’adaptation, puisqu’ils sont en contact avec une clientèle parfois résistante. La tâche n’est pas facile. Ils doivent offrir du soutien à des personnes qui ont souvent l’impression qu’elles n’ont jamais eu l’aide nécessaire pour trouver l’équilibre et briser leur isolement», ajoute Mme Lavallée. Depuis sa création en 2010, le programme Passage a permis d’aider 154 personnes et le taux de réinsertion sociale est de l’ordre de 70%. Ces personnes ont réussi à mettre un terme au syndrome de la «porte tournante», donnant la crédibilité suffisante au programme pour que le milieu judiciaire le considère comme une alternative à la détention. «Il est maintenant possible de voir un juge imposer un suivi par le programme Passage plutôt qu’une peine d’emprisonnement», conclut Diane Lavallée, qui espère qu’avec sa médiatisation, le programme fera des petits ailleurs au Québec.

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Un témoignage poignant

Un bénéficiaire a tout pris sur lui, pour raconter son expérience avec le programme. «J’ai été incarcéré pendant 5 mois. J’avais fait un ACV, j’avais des problèmes d’élocution, de mémoire, de concentration. J’avais été suivi pas un psychiatre pendant quelques années. Mais quand on est incarcéré, on n’a plus ces soins. Quand Mme St-Georges m’a rencontré pour la première fois, j’étais pas mal vert. Grâce au programme, j’ai pu être suivi, avoir du soutien psychologique. Si j’avais pas eu cette aide, je sais pas si je serais encore là, devant vous. Ce programme, c’est comme un arbre qui grandit et après lequel on s’accroche. Ça fait deux ans que je suis suivi par Sonia Patenaude et je veux pas que ça arrête. Elles ne m’ont jamais jugé et elles m’ont tout donné. Si j’avais pas eu ça, je serais retombé. Et j’ai quelque chose qui me tient à coeur: récupérer mes enfants et mes petits-enfants. Si ce programme n’avait pas existé, peut-être que j’aurais voulu me suicider.»

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En résumé Le programme Passage vise à soutenir les personnes judiciarisées aux prises avec un problème de santé mentale en leur offrant un suivi psychiatrique régulier afin d’ouvrir la voie vers une réinsertion sociale réussie.

Clientèle: La clientèle judiciarisée volontaire, diagnostiquée ou non, qui nécessite des soins psychiatriques en communauté.

Établissement: CSSS des Pays-d’en-Haut. Région: Laurentides.

Partenaires: Établissement de détention Saint-Jérôme; Direction des services professionnels correctionnels (DSPC) des Laurentides; CSSS de la région des Laurentides; Organismes communautaires du territoire des Laurentides et Centres spécialisés pour la recherche d’emploi.

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