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Les aveux de la nuit blanche

Par Production Accès

L’origine de l’expression «avoir passé une nuit blanche» trouve sa racine au Moyen Âge alors que la nuit précédant l’exécution d’un condamné, il pouvait faire des aveux, si jamais il n’avait pas tout dit lors de son procès, et demander à ses geôliers un repas et quelques faveurs.

De ces «nuits blanches» l’Histoire nous en a laissé des témoignages, voici le drame de Pierre le Roy…

Cela survint en 1770, Pierre le Roy était un étudiant doué, parrainé par un de ses oncles chanoine à Cambrai, où il y poursuivait des études brillantes. Pierre le Roy était âgé de dix-huit ans.

Il lui vient alors à l’idée «de mettre le feu à la ville» c’est-à-dire d’y transposer l’atmosphère parisienne qu’il avait connue auparavant «et d’y faire faire conversation».

Pour ce faire, il choisit, sans souci des conséquences, d’envoyez des lettres anonymes blasphématoires à des notables de Cambrai. Il se fera prendre, subira un procès et sera condamné à être rompu sur la place de Cambrai après que sa demande de grâce lui ait été refusée.

Nous l’accompagnerons donc dans sa «nuit blanche»…

De sa prison il avait entendu, pétrifié d’angoisse, les porteurs d’annonces clamés la sentence:
«Je requiers pour le Roi le dit Pierre le Roy être déclaré dûment atteint et convaincu d’avoir composé les huit billets d’injures dits de sommation portés au procès, de les avoir écrits et placés lui-même sous les portes des maisons de trois différents particuliers, d’y avoir écrit des blasphèmes affreux et des injures les plus atroces, contre la personne sacrée du Roi, contre les généraux les magistrats et les ecclésiastiques, pour réparation de quoi le dit Pierre est condamné à faire amende honorable nud en chemise tenant en ses mains une torche de cire ardente du poids de deux livres au devant de l’église de Saint-Pierre, où il sera conduit par l’exécuteur de la haute justice dans un tombereau servant à enlever les immondices de la ville et là étant nud tête et à genoux déclarera que méchamment il a écrit les blasphèmes et injures demandant pardon à Dieu et au Roi, et de ce fait conduit dans le même tombereau à la place de la ville pour y avoir les jambes, cuisses reins et bras rompus sur un échafaud et son corps mort jeté au feu et réduit en cendres qui seront jetées au vent.»

Pierre le Roy est anéanti, pourquoi cette mort pour de si malheureuses lettres, un amusement.

Charlotte, son amie venue en toute hâte de Paris, tente en vain de le réconforter, mais ses pleurs l’emportent, pourquoi? «Je ne sais pas, c’est si souvent que je me dis que je n’aime pas le Roi, pas parce qu’il est Roi, mais parce que je vois bien que nous ne sommes rien pour lui, sauf si on l’applaudit quand il passe ou quand on chante à la messe et je n’aime pas la messe.»
«C’était ajoute-t-il pour éveiller cette ville morte appesantie de privilèges, pour la faire ressembler à Paris où il y avait un bourdonnement, qui malgré les injustices, on tenait tête au Roi.»

Pierre se souvient alors qu’il peut demander «nuit blanche» temps suspendu, emprunt à la mort, où devant ses juges en l’Hôtel de ville il pourra faire des aveux, dire, déclarer, expliquer. Il veut parler.

On l’y conduit, il déclame, parle longuement, mélange tragique d’effroi et d’affirmation. Il a faim, on lui apporte ce qu’il demande: une omelette. Il révèle son motif secret: «je voulais donner réprimande à la nonchalance et à l’arrogance des échevins»… «et le Roi est un Diable de laisser les hommes en injustice»… «soulever l’opinion, exister, faire parler, soulever le public»…

Il demande encore des oeufs et insiste pour qu’on lui apporte le chat du jardin d’à côté, la «nuit blanche» est la nuit de tous les possibles sur fond de flambeaux ardents, on lui apporte ce chat dans un panier.

On annonce son amie, Charlotte, il défaille. Elle demanda à être mise sur un matelas à ses côtés,

après la mort de Pierre, le procureur notera dans son procès-verbal: «Elle lui fit toutes les caresses possibles, lui dit les choses les plus tendres dans son style et l’assura qu’elle l’aimerait jusqu’au dernier moment de sa vie».

Au matin, défait et hagard, Pierre eut le poing droit coupé à la hache sur un billot de bois, puis il fut placé sur la roue, supplicié par écartèlement de chevaux tirant sur ces quatre membres et brûlé.

Ces cendres, telles que prévu, furent jetées au vent.

Pierre avait le goût des idées du temps, mais elles ne pouvaient lui appartenir.

Sa voix nous est pourtant parvenue afin que l’on sache, mais ne nous indignons pas de telles cruautés et d’une sentence si sévère pour qui s’exprime, notre époque n’est pas si lointaine de ces moeurs, dans ses injustices et son avilissement de l’homme. Qu’on en juge par le traitement subit par Khalid Sheik Mohhammed, terroriste présumé, mais innocent selon nos lois jusqu‘à preuve du contraire, qui a été soumis à la situation de «noyade» lors de différents interrogatoires, selon une note interne du département américain de la justice datant de 2005, alors que la CIA l’aurait soumis 183 fois à cette simulation de noyade, torture admise par le gouvernement américain.

Je reprends la plume que Pierre le Roy me tend «pour faire faire conversation» et «pour éveiller cette ville morte appesantie de privilèges»…

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