Les gants blancs

Par Thomas Gallenne

Je vais vous faire une confidence: j’ai crû longtemps au père Noël. Bien plus tard que l’âge de raison. Si je ne me souviens plus exactement du moment précis où j’ai cessé d’y croire, je me souviens très bien du moment où j’y ai crû. Je devais avoir quatre ou cinq ans, j’étais assis sur les genoux de ma mère, ou de ma tante ou de ma grand-mère. On m’avait réveillé à minuit, l’heure à laquelle passe le père Noël pour les enfants sages.

Ce Noël-ci, je m’en souviendrai toute ma vie. Il se passait chez mes grands-parents paternels, dans le minuscule salon de leur minuscule appartement, au 10e étage de l’immense tour de 18 étages, plantée parmi ces immenses immeubles de cette immense cité dortoir de la banlieue sud de Paris.

Il n’y avait pas de neige. Rien que le gris froid et triste du béton. Pourtant la magie a opéré.

Aux douze coups de minuit, du bruit s’est fait entendre du balcon du salon. Le traîneau et les rennes. La porte vitrée a glissé et là, il est apparu. Le père Noël. Avec sa barbe toute blanche dans son costume tout rouge. Un frisson de fascination et de terreur a figé mon corps frêle. Sa voix était tellement grave, ses yeux sondaient mon âme lorsqu’il me demanda si j’avais été bien sage avec mes parents durant l’année. Je me souviens ne pas avoir cillé. Tout au plus, je devais avoir la force d’acquiescer de la tête, un oui timide échappé dans un souffle happé aussitôt par le froid glacial du dehors.

Je me souviens des boîtes de cadeaux, immenses que j’arrivais à peine à contenir dans mes petits bras. Mon frère et moi étions submergés de cadeaux.

Je me souviens plus tard de ce gros camion Tonka, fait de métal jaune, indestructible sur lequel je m’asseyais et trottais dans l’appartement de mes parents, dans ce minuscule appartement de cette immense barre d’immeuble, de cette banlieue grise du nord de Paris.

Je me souviens de ce train électrique, remplacé par ce circuit de voitures de courses, qui sentait le chauffé tellement on jouait avec, mon frère et moi.

Et à l’école, je me vantais d’avoir vu LE père Noël, LE VRAI! J’ignorais ceux qui me lançaient qu’il n’existait pas et se moquaient de moi.

Je savais que moi, j’avais vu le VRAI père Noël, car le mien – lui – il portait des gants blancs.

Le détail qui tue. Déjà à quatre ans, j’avais ce sens de l’observation. Et pour moi, porter des gants blancs, c’était une preuve irréfutable que j’avais eu affaire au vrai père Noël.

Ce sont des années plus tard que l’effroyable révélation m’a été faite. Par ma belle-mère en fait, qui devant ma naïveté malgré mon âge avancé, m’a asséné la dure réalité. C’était mon père qui s’était déguisé en père Noël.

Qu’importe. Ce qui compte le plus finalement, c’est que j’y ai crû et que je continue de croire en cette magie dont est capable l’être humain. Et cette magie, il suffit de la cultiver et de la transmettre. Et Dieu qu’on en a besoin, plus que jamais aujourd’hui.

Joyeux Noël à tous.

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