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Les milliards investis arriveront-ils à temps pour les services de garde privés ?

Par Luc Robert - Initiative de journalisme local

La compensation de six milliards de dollars qu’Ottawa versera au Québec en garderie, pendant cinq ans, pourrait venir trop tard pour sauver un maillon important du réseau, soit les services de garde privés.

Annoncée en grande pompe conjointement par les premiers ministres Justin Trudeau (fédéral) et François Legault (provincial) en août dernier, les sommes investies serviront en outre à améliorer les conditions de travail des éducateurs et éducatrices, dans le public.

Or, dans les Laurentides, plusieurs des travailleurs et travailleuses spécialisées, qui ont souvent œuvré dans des CPE, jettent l’éponge dès maintenant, en milieu familial.

« J’ai gardé le contact avec des amies ex-étudiantes de ma cohorte de l’époque au Cégep de Saint-Jérôme, et plusieurs de ces éducatrices ont aussi fermé leur service de garde privé, non-subventionné. C’est un beau métier, être éducatrice, que j’ai pratiqué pendant 18 ans. Mais les conditions sont déplorables. Le projet de loi 143 (réduction du ratio d’enfants et pertes financière en découlant), n’a pas aidé, tout comme les semaines de plus de 50 heures. C’est beau dire que c’est une vocation, mais quand la pandémie a suivi, ce n’était plus viable », a soutenu une ex-éducatrice prévostoise, recyclée dans un emploi public.

Modules de jeux, jouets, matériel éducatif et autres ont été mis aux enchères par cette dernière, qui a requis l’anonymat. « C’est surtout les valeurs modifiées de certains parents d’aujourd’hui qui m’ont achevée. Quand ceux-ci envoient quand même leurs enfants avec des symptômes dans le système de garde, ni vu ni connu sans nous prévenir, ça me dépasse. On a aussi notre propre famille à protéger là-dedans, contre la COVID », a-t-elle fait valoir.

Comme le rapportait Accès le 2 juin dernier, les listes d’attente pour trouver des places pour les jeunes ont explosé. Et pourtant, les conditions ne s’en vont pas en s’améliorant pour les éducatrices.

« Les installations familiales tiennent le milieu à bout de bras, mais les femmes du réseau sont traitées comme du bétail. La pénurie d’éducatrices s’aggrave. Et juste dans la dernière semaine, j’ai appris cinq fermetures parmi mes membres », s’est alarmée Mme Sophy Forget Bélec, présidente de l’Association québécoise des milieux familiaux éducatifs privés (AQMFEP), un OBNL.

services de garde privés

Mme Sophy Forget Bélec, présidente de l’AQMFEP. Photo : Courtoisie

Le livre blanc du ministre de la Famille, M. Mathieu Lacombe, sur les services éducatifs à l’enfance, devrait être publié cet automne. Y apportera-t-il des améliorations?

« Je dis souvent que son livre blanc est déjà sale avant publication. On dirait que M. Lacombe veut abolir le privé. Si tu veux partir un service, le provincial t’offre 6 000 $ de financement pendant deux ans, pour accueillir six enfants. Si tu veux en démarrer un de neuf enfants, la subvention atteindra 3 000 $ de plus. Ça te donne un gros 5 $ par jour comme salaire. Comment pourras-tu embaucher une employée à 15 $ pour t’aider? », a questionné Mme Forget Bélec.

« M. Lacombe se concentre toujours sur l’aspect financier, alors qu’il devrait commencer sur l’humain. Le ministre doit changer ses lois pour maintenir l’intérêt de la relève. Les programmes de formation ne suffisent plus aux besoins sur le terrain », a constaté Mme Forget Bélec.

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