Morin-Heights : le projet multilogement sème toujours l’inquiétude
Par Alexane Taillon-Thiffeault (Initiative de journalisme local)
La dernière séance du conseil municipal de Morin-Heights du 11 mars a été le théâtre de débats animés, alors que le projet de construction d’un important complexe de multilogements sur le chemin du Village crée encore des tensions au sein de la communauté.
Le projet au cœur du litige, piloté par un promoteur privé via un Règlement sur les projets particuliers de construction, de modification ou d’occupation d’un immeuble (SCAOPI), prévoit l’érection d’un bâtiment mixte comprenant des unités de type 3 ½, 4 ½ et 5 ½. Pour répondre aux exigences de la municipalité en matière de mixité sociale, le promoteur s’est engagé à ce que 10 % des logements soient considérés comme « abordables » selon les critères de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL).
Une grande opposition
Cependant, cette garantie n’a pas suffi à apaiser les citoyens venus en nombre lors de la période de questions. Plusieurs résidents des secteurs autour ont exprimé leur vive opposition, dénonçant notamment les cinq dérogations majeures demandées par le promoteur pour mener à bien son chantier. « Je ne dis pas que le projet est mauvais, je dis juste qu’il n’est pas à la bonne place », a exprimé l’un des citoyens lors d ela séance du conseil.
De son côté, la mairesse de Morin-Heights, Louise Cossette, a tenu à replacer le projet dans un contexte plus large de crise du logement. Lors d’une entrevue avec Accès la semaine dernière, celle-ci rappelait que le parc immobilier de la ville est constitué majoritairement de maisons unifamiliales. Elle a insisté sur l’urgence d’offrir des options locatives aux jeunes familles, aux personnes seules et aux aînés qui souhaitent ne pas nécessairement avoir une maison tout en demeurant dans leur village. De plus, selon la direction de l’urbanisme, l’ajout de verdure devrait permettre d’atténuer l’impact visuel du bâtiment.
Les réseaux sociaux s’enflamment
Sur les réseaux sociaux, les publications concernant ce projet se multiplient. De plus en plus de personnes dénoncent les dérogations demandées.
Sur Facebook, le conseiller du poste #1, Jean-Marc Lacoste, a tenu à tempérer les ardeurs en précisant que l’approbation actuelle du conseil ne constitue que la première ébauche d’une résolution visant à permettre la tenue d’une audience publique. Il rappelle un point crucial : le lot situé face à l’IGA est déjà zoné commercial et à usage multiple. En clair, le promoteur possède déjà le droit légal d’y construire plusieurs immeubles d’appartements. Selon l’élu, l’utilisation du Règlement sur les projets particuliers de construction, de modification ou d’occupation d’un immeuble (PPCMOI) est paradoxalement un levier de contrôle pour la municipalité. Sans ce processus, la ville aurait beaucoup moins d’influence sur les impacts environnementaux et sociaux, et ne pourrait pas exiger l’inclusion de logements abordables, une condition qui n’aurait pu être imposée dans un projet de construction standard.
Malgré ces explications techniques, la liste des préoccupations citoyennes demeure exhaustive. Jean-Marc Lacoste insiste toutefois sur le fait que, bien que le zonage actuel limite les options de recul de la part du conseil, la participation citoyenne reste essentielle pour peaufiner le projet et éviter qu’il ne crée un précédent indésirable pour le caractère général du quartier.
Autres points
Outre ce dossier chaud, les élus s’apprêtent également à lancer une démarche de reconnaissance du patrimoine immatériel, visant à souligner l’importance historique de la musique dans le développement culturel de Morin-Heights. Enfin, sur le plan des services de proximité, les parents ont été informés que les inscriptions pour le camp de jour estival, géré de concert avec la municipalité voisine de Piedmont, débuteront le 31 mars.
Le dossier du multilogement demeure toutefois le dossier prioritaire. Le conseil devra maintenant peser les arguments des opposants avant de procéder aux prochaines étapes réglementaires, alors que la population attend des garanties concrètes sur le maintien de l’identité villageoise de Morin-Heights.