Rencontrer pour vrai : une résistance douce aux rencontres numériques
Par Louis-Philippe Forest-Gaudet (Initiative de journalisme local)
À l’heure où les applications promettent l’abondance mais livrent souvent le vide, une consultante des Laurentides propose de ralentir, de se comprendre et de remettre du sens au cœur de la rencontre amoureuse.
Les rencontres amoureuses n’ont jamais été aussi accessibles et jamais aussi épuisantes. Conversations qui s’éteignent, fantômisation (ghosting : mettre fin à une relation ou à un échange en cessant toute communication, sans explication ni clôture), impression de tourner en rond malgré des heures passées à faire défiler les profils. Le paradoxe est bien documenté. Selon le site DataGlobeHub, seulement 12 à 13 % des matchs sur Tinder mèneraient à une relation durable, un chiffre qui illustre l’écart entre la promesse de connexion et la réalité vécue par de nombreuses personnes.
C’est dans ce contexte que Gabrielle Dagenais, consultante en réalignement relationnel établie dans les Laurentides, développe une approche axée sur la compréhension des schémas affectifs et la responsabilité émotionnelle. Son parcours professionnel, d’abord ancré en communication, a bifurqué à la suite d’une rupture marquante. « Je revivais toujours les mêmes scénarios en relation. J’avais besoin de comprendre ce qui se passait en moi », confie-t-elle.
Cette démarche personnelle l’amène à se former en neurosciences et en accompagnement relationnel. Elle découvre alors l’importance des types d’attachement, ces dynamiques qui se construisent dès l’enfance. « Souvent, le système d’attachement se fixe entre cinq et sept ans, à partir de nos figures d’autorité. Ensuite, on rejoue ces schémas inconsciemment dans nos relations adultes », explique-t-elle. L’objectif n’est pas de se transformer radicalement, mais de reconnaître les répétitions pour agir autrement.
Le numérique, entre illusion de choix et fatigue relationnelle
Dans sa pratique, Gabrielle Dagenais observe un découragement collectif face aux applications. « Il y a une relation amour-haine. Les gens espèrent, mais se sentent rapidement déçus. » Le numérique, selon elle, favorise une forme de détachement. La facilité de passer à la personne suivante réduit l’engagement et banalise des comportements comme la rupture silencieuse, le ghosting, souvent plus déstabilisante qu’un refus clair.
Ces difficultés s’inscrivent dans un contexte social plus large. Au Canada, environ 42 à 44 % des adultes de 15 ans et plus ne vivent pas en couple, selon les données du Recensement de 2021. Si le célibat n’est pas en soi un problème, il met en lumière une transformation durable des trajectoires amoureuses.
Miser sur le présentiel et la conscience
Pour répondre à cette fatigue relationnelle, Gabrielle Dagenais a lancé des événements de rencontres en personne, intégrant des outils de réflexion personnelle. « Se déplacer, s’inscrire, sortir de sa zone de confort, ce sont déjà des gestes d’engagement. » Ces moments de rencontres, animés par elle, visent à créer des rencontres plus incarnées, loin de la logique du catalogue.
Son fil conducteur demeure la responsabilité émotionnelle. « On attend beaucoup que l’autre comble nos besoins. Pourtant, se connaître et y répondre soi-même allège énormément les relations. » Une posture qui invite à envisager la relation non comme une solution, mais comme un partage.
Un événement virtuel est prévu le 14 février, tandis que d’autres rencontres en présentiel, dans la région de Saint-Sauveur et des environs, seront annoncées prochainement sur la plateforme Date-toi. Dans un paysage amoureux saturé d’algorithmes, la proposition est simple, presque subversive: ralentir, ressentir et rencontrer pour vrai.