(Photo : Archives)

Rivière du Nord : Baignade à vos risques

Par Simon Cordeau (initiative de journalisme local)

Avec le temps chaud, il peut être tentant de faire une saucette dans la rivière du Nord pour s’y rafraîchir, ou simplement d’y naviguer pour profiter du beau temps. Mais, tomberez-vous malade parce que l’eau est trop polluée ? En fait, on dispose de très peu de données sur la qualité de l’eau de la rivière du Nord. Et tout contact, même indirect, est à vos risques. Explications.

Abrinord, l’organisme de bassin versant de la rivière du Nord, est le seul qui suit la qualité de l’eau de manière récurrente et à long terme. Il échantillonne les cours d’eau avec 48 stations, une fois par mois d’avril à novembre, donc huit fois par année, explique Simon Poitras, chargé de projets responsable du programme de suivi de la qualité des cours d’eau. Mais ces donnés ne sont pas suffisantes pour établir si la baignade est sécuritaire ou non.

Un portrait partiel

« C’est sûr que l’échantillonnage, c’est vraiment une photo. Ça prendrait beaucoup plus d’échantillonnages pour avoir un réel portrait de la rivière. Plusieurs choses peuvent se passer dans un mois », précise M. Poitras.

Ces données sont disponibles en ligne, grâce à l’application iEAU. Elles montrent aussi les seuils à partir desquels un contact direct (baignade) ou indirect (navigation) avec le cours d’eau comporte des risques pour la santé. Pour la rivière du Nord, on voit que de Saint-Jérôme à Prévost environ, même le contact indirect est risqué. De Piedmont à Sainte-Adèle, le contact direct semble parfois possible, mais M. Poitras émet un bémol important.

« Les concentrations de contaminants varient beaucoup selon le temps de la journée, la météo et le tronçon. […] Il y a mille facteurs à prendre en compte. » Cela dit, en règle générale : « plus on se trouve en amont, moins il y aura de contaminants », explique M. Poitras.

Si, par une chaude journée d’été, vous décidez tout de même de prendre le risque, sachez que vous vous exposez à des agents pathogènes, comme l’E. coli. Ceux-ci peuvent causer la diarrhée, l’indigestion, voire l’hépatite A et d’autres maladies plus graves encore. Vous pourriez aussi avoir la dermatite du baigneur, une irritation de la peau due aux piqûres de parasites présents dans l’eau. Certains comportements augmentent les risques, comme immerger la tête et ingérer de l’eau.

Pour assurer une baignade sécuritaire, il faudrait « un suivi plus régulier qui permettrait d’avoir un meilleur portrait en temps réel ». « Une rivière, ça change beaucoup. C’est plus facile dans les lacs, où il y a moins de débit », suggère M. Poitras.

Réduire les contaminations

L’objectif du programme d’Abrinord est plutôt d’avoir une vue globale des cours d’eau et de leur évolution, mais surtout de déterminer leurs sources de pollution et de contamination.

Sur iEAU, on peut voir que la quantité de contaminants varie considérablement dans le temps. Il est ainsi difficile d’établir une tendance, admet M. Poitras, mais celui-ci croit que la qualité de l’eau tend à se détériorer. « Dans un contexte où la démographie de la région augmente, il y a plus d’activité humaine. Les changements climatiques aussi amènent une intensification des phénomènes météorologiques. Les lourdes précipitations, par exemple, entraînent plus de contaminants dans l’eau. Si on avait les mêmes conditions, avec les efforts qu’on fait, on aurait peut-être vu une amélioration. Mais le fort développement et les changements climatiques limitent cet impact positif. C’est pour ça qu’il ne faut pas lâcher le morceau : ça va aller en se détériorant. »

Toutefois, le programme a déjà fait la preuve de son utilité. « Il y a des tronçons où des améliorations ont été faites à travers les années. Je peux citer Saint-Jérôme, qui avait un problème de coliformes fécaux. Avec le programme de suivi, on a pu en déterminer la provenance, et la Ville a réglé le problème », raconte M. Poitras. Abrinord fait également des « petits projets satellites », par exemple sur l’impact des sels de voirie ou la contamination en milieu agricole.

La Fondation Rivières fait présentement une étude sur la rivière du Nord, de Saint-Jérôme à Prévost, sur son potentiel de baignade, entre autres. Ses résultats devraient être rendus publics vers la fin de l’été.

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