Crédit : Nordy - Sébastien Fleurant
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Sainte-Adèle : Le Manoir des Pays-d’en-Haut sera bientôt vide

Par Simon Cordeau

Il ne reste plus que 6 résidents sur les 21 du Manoir des Pays-d’en-Haut, la maison de chambres située au 220 rue Lesage à Sainte-Adèle, nous informe Élise Gauthier, du comité Un toit pour tous. Rappelons que les locataires, pour la plupart vulnérables ou avec des problèmes de santé mentale, devaient quitter avant la fin du mois de mars comme le bâtiment n’est pas sécuritaire et que les propriétaires refusent de le remettre aux normes.

Les anciens résidents ont pu être relocalisés, assure cependant Louis-Philippe Dupuy, du comité Un toit pour tous. Mais cela a été très difficile, en raison du manque de places disponibles dans les Laurentides. « Après cinq mois, j’ai trouvé une colocation pour quelqu’un. Mais il ne consomme pas et il n’a pas de problème de santé mentale », illustre M. Dupuy. Les autres ont pu déménagé dans des chambres ou des motels « un peu partout sur le territoire », indique Mme Gauthier. Quelques-uns sont maintenant dans des résidences privées pour aînés (RPA).

Pas de logement social

Daniel Leduc, membre du Comité des citoyens unis pour la préservation du 220 rue Lesage, croit que le bâtiment sera bientôt vide. Le comité citoyen espérait convaincre le propriétaire du bâtiment et le promoteur qui souhaite y faire un projet résidentiel de conserver le Manoir des Pays-d’en-Haut et sa vocation sociale. « On a rencontré le promoteur et ce n’est vraiment pas dans ses plans. Son non-verbal et ses arguments ne s’enlignaient pas pour faire les efforts », indique toutefois M. Leduc.

Le comité fait donc des démarches auprès d’un autre promoteur qui a de l’expertise en logement social. « On a besoin de logements, personne ne peut le nier. Mais on a besoin de logements sociaux et d’un environnement propice », soutient M. Leduc.

Faire partir les autres

Les derniers locataires n’osent plus sortir de chez eux, de peur de se retrouver à la rue. Crédit : Nordy – Sébastien Fleurant

Lundi 15 avril, il restait encore six personnes au Manoir des Pays-d’en-Haut. « Au lieu d’évacuer les gens, les propriétaires veulent fermer l’eau et l’électricité », indique M. Dupuy. Ils auraient également l’intention de barricader le bâtiment. « Comme c’est difficile de placer les dernières personnes ailleurs, leur idée est de les obliger à aller dehors. »

À la Ville de Sainte-Adèle, il n’était « pas question » de couper l’eau « tant qu’il y a des personnes dans le bâtiment », indique la mairesse, Michèle Lalonde. « Au niveau de l’électricité, selon un avocat, ce serait illégal aussi pendant qu’il y a encore des résidents », indique M. Dupuy.

Lundi 15 avril, le bâtiment n’était pas encore barricadé, mais les résidents craignent qu’il le soit à tout moment. « S’ils sortent pour prendre une marche, ils ne pourront plus rentrer et n’auront plus accès à leurs effets personnels. Ils ne veulent plus sortir de leur chambre et attendent jusqu’à la dernière minute. Parce que sortir, c’est se retrouver à la rue », illustre Mme Gauthier.

Au tribunal le 22 avril

Serge Gilbert, coordonnateur à l’Association de promotion et d’éducation en logement (APEL), soutient que les droits des locataires du Manoir ont été « bafoués » et que ceux-ci ont des recours. « Dans le cas d’une éviction, le locateur est tenu de payer au locataire des indemnités équivalentes à trois mois de loyer. » Ainsi, une demande a été déposée au Tribunal administratif du logement (TAL), qui sera entendue le 22 avril. Notons que les loyers se situaient entre 500 $ et 1 000 $, ce qui veut dire que les indemnités seraient entre 1 500 $ et 3 000 $. L’avis d’éviction émis par les propriétaires est également contesté devant le TAL.

Certains locataires n’avaient pas de bail et certains loyers étaient perçus en argent comptant, indique M. Gilbert. « Mais le locateur donnait des reçus. À partir du moment où on est capable de prouver qu’il y a un lien avec le locataire, même s’il n’y a pas de bail écrit, ça s’appelle un bail à durée indéterminée. Alors les locataires ont quand même des droits », précise-t-il.

« Pour avoir discuté avec les propriétaires, ils ne veulent pas se rendre au tribunal. Ils veulent que le dossier se règle avant », indique cependant Mme Gauthier. Ils tenteraient donc de négocier avec les derniers locataires.

Notre demande d’entrevue auprès des propriétaires du Manoir des Pays-d’en-Haut n’avait pas eu de réponse au moment d’envoyer sous presse.

Qui est responsable ?

« Dans ce dossier-là, on s’est fait «bullshitter» par les propriétaires. Ils ont toujours essayé de mettre la responsabilité sur la Ville. Mais les décisions reviennent aux propriétaires de l’immeuble et au locateur, qui a signé les baux avec les résidents », souligne M. Gilbert. « [Ils] ont joué avec la vie des chambreurs qui sont là, parce qu’ils n’ont jamais été capables de leur donner l’heure juste sur ce qui se passe. »

D’ailleurs, M. Gilbert insiste que « ce sont les propriétaires qui doivent évacuer les gens », si les travaux pour remettre le bâtiment aux normes ne sont pas effectués. « Parce que la Ville n’a pas de responsabilité vis-à-vis des locataires. » Mme Gauthier ajoute que « tout le monde se lance la balle » dans le dossier. « J’aurais aimé ça, savoir qui est responsable », continue M. Dupuy. « Pour nous, ç’a été toute une job d’avoir la bonne information. Finalement, c’est nous, avec peu de ressources, qui s’en occupe. »

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