À Sainte-Adèle, une maison a été détruite par des arbres. (Crédit photo: Marie-Andrée Lavoie)
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Tempête dans les Laurentides: « Derecho devant »

Par Guillaume Marchal

La tempête du 21 mai dernier a laissé sens dessus dessous une partie des Laurentides. Alors que certains parlent d’orage, d’autres parlent de tempête, voire de tornade. Mais que nous est-il tombé sur la tête ? Un mur d’orage, nommé plus communément par les scientifiques, « derecho ». Le phénomène, rare, s’est initialement formé au sud-ouest de l’Ontario avant de rejoindre le territoire québécois.

« Ce phénomène n’était pas arrivé depuis 1999 au Québec », affirme André Cantin, météorologue pour Environnement Canada. Plus fréquent aux États-Unis, le derecho a causé d’énormes dommages dans les régions qu’il a traversées.

Mais une chose a intrigué tous les malchanceux qui ont croisé son passage : la rapidité avec laquelle il a causé des dégâts. « L’une des caractéristiques du derecho, c’est sa vitesse. Au sol, on a enregistré des vents allant à plus de 120 km/h. C’est pour cela que les plus gros dégâts se sont produits en peu de temps. C’est juste qu’il se déplace vite », explique le scientifique.

Frictions atmosphériques

Le phénomène météorologique entraîne une constante régénération des « cellules orageuses ». Des courants ascendants et descendants entretiennent ces cellules, qui résultent d’une instabilité de l’air. Les différents orages se déplacent simultanément, créant une seule grosse entité. C’est ce qui fait qu’il peut se déplacer sur des milliers de kilomètres sans s’affaiblir. « Il s’entretient tout seul, avec les vents qui poussent à l’avant les colonnes orageuses », précise le climatologue.

« La semaine dernière, il a parcouru presque 1200 kilomètres entre l’Ontario et le Québec », soutient André Cantin. L’intempérie se forme avec la friction de l’air chaud et humide, et de l’air plus froid des hautes altitudes. Les dernières semaines de grosse chaleur enregistrées dans les Laurentides ont été un terreau fertile pour le monstre.

Montréal épargnée

À Montréal, les vents n’ont pas soufflé les lignes électriques et arbres centenaires, même si le temps n’était pas idéal pour boire un verre en terrasse. Face à un orage de ce genre, la topographie des Laurentides ne joue pas en son avantage. Les reliefs montagneux accroissent l’amplitude des vents, tandis qu’à Montréal, il se produit l’effet inverse. Ce qui peut expliquer pourquoi le centre-ville a été en partie épargné.

Le fleuve traversant Montréal refroidit, grâce à l’eau, l’air surplombant la ville. Ce qui a pour effet d’atténuer l’instabilité atmosphérique, explique le climatologue. La position géographique de la métropole joue aussi face au vent qui la confronte. « Je ne pense pas que les premiers peuple ayant colonisé la ville avaient pris conscience de cet atout-là face aux intempéries », ajoute André Cantin.

Alors que beaucoup relient le « derecho » directement au réchauffement climatique, André Cantin précise. « Le phénomène n’est pas directement lié au dérèglement climatique. Il faut s’attendre de manière assez constante à en voir apparaître tous les 15, 20 ans. Cependant, il est certain que d’autres types d’intempéries ravageuses résultent du réchauffement de la couche d’ozone », termine-t-il.

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