«Toute vie est un roman»

«Toute vie est un roman»
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Les Adélois Raymonde Lagacé et Jean Tremblay

«Toute vie est un roman?», c’est le titre d’un de mes bouquins récents illustrant un dialogue que j’entreprenais avec ce que j’imaginais «une simple ménagère» et qui se révéla une femme d’esprit, brillante, pétillante: Michelle Dion de Sherbrooke. Vers 1988, j’avais songé à me faire l’éditeur de «récits vécus» car je venais de lire, émerveillé, la vie de Marguerite Lescop, une femme vaillante et étonnante. J’ai toujours aimé «l’art naïf». Je sors tout juste de la lecture d’une sorte de gros album titré «Je ne fais que passer», signé Jean Tremblay. Un comptable retraité habitant maintenant le Sommet Bleu. Tremblay prouve encore une fois que, mais oui, «toute vie est un roman».

Une proche voisine, infirmière retraitée, Raymonde Lagacé, racontait sa vie, il y a peu de temps. Je lui fis, avec plaisir, une préface. Pimpante autobiographie illustrée par son album de famille, une captivante fresque d’éphémérides. Ces livres d’amateurs ne jouissent pas d’une grande diffusion mais on peut imaginer facilement «le trésor» que c’est pour parents, amis et voisins. Désormais, et cela va aller en s’agrandissant, suffit de quelques cours de création littéraire — qui pullulent — et plein de gens auront ce désir — besoin viscéral? — de narrer l’itinéraire de leur existence. Avec courage — il en faut — celui de raconter aussi les échecs, les chagrins, gros et petits, les moments sombres d’une vie. De tels récits intimes captivent un public restreint forcément. C’est une sorte de «testament» qui n’a pas de prix pour les descendants.

Jean Tremblay a grandi dans mon cher Villeray, puis, diplômé comptable, il ira s’installer longtemps sur la Côte Nord. Quand Baie-Comeau se transformait en centre industriel suractivé. Ensuite, couple Tremblay qui se fracture, ce Jean devient «père monoparental», trois jeunes garçons. Il revient «en ville» pour faire une deuxième carrière à Hydro-Québec. L’Adèlois qu’il est devenu maintenant parsème son récit d’anecdotes, les unes inévitablement banales mais d’autres fort piquantes. Arrivé au «grand âge», il reste un sportif solide et un voyageur curieux, aussi un nouvel amoureux comblé.

Nous lisons — moi par le hasard de ma biblio, Claude-Henri Grignon — un tel récit par une curiosité d’abord ordinaire. Et voilà qu’ici et là on se sent concerné. Une situation cocasse nous frappe, un désagrément nous captive, un moment de bon bonheur nous ravit. Ainsi nous pénétrons dans l’intimité d’un inconnu et nous constatons de nouveau que «tout vie est un roman». Des milliers de Jean Tremblay ont vécu cette sorte d’existence, c’est entendu, pourtant celui-ci décidait de «coucher tout cela sur papier» et y a mis aussi (on est en 2007) des tas de photos personnelles. Voilà un autre «conte de la vie ordinaire». Cette vie que l’on sait fugace, qui file à toute vitesse, que l’on sait «condamnée à une fin». Terrible loi commune, seule justice immanente! Avant de «partir», terrible fatalité, une telle narration d’un quidam, d’un loustic, forme un pan de plus pour savoir d’où nous venons les uns les autres. Tant de ces récits finiront par former un patrimoine utile, immense mosaïque. Les archives populaires des nôtres.

Comme nous aurions aimé — moi en tous cas — pouvoir lire «la vie» d’un papa décédé(le mien mort en 1987), celle d’une maman (la mienne née en 1899). Ces chers «disparus» hélas dont on cherche vainement à comprendre de quoi fut faite leur vie. Enfant, jeune fille, jeune mère.

Hier encore, j’examinais, scrutais, des photos anciennes de ma mère, jeune fille, — de «studios» parfois. Je tentais, un peu vainement, d’imaginer ses sentiments… une moue, un sourire, une attitude bizarre ou un décor naturaliste, une robe sophistiquée, un lieu inconnu de moi. Tous nous tentons de relier, de rallier, les maillons de notre chaîne génétique, non? Pour ses proches, cet album de Tremblay titré «Je ne fais que passer»

fournira des explications, des arguments, les motifs de tel virage, de telle décision, de tel ou tel important moment. «Un homme parmi les hommes» (Sartre) décide de publier — souvent à compte d’auteur — le circuit de son existence et voilà des enfants, des petits-enfants qui auront un fameux grimoire. Pratique pour… se souvenir. Avec les progrès de l’imprimerie moderne et ses facilités inouïes, il est devenu relativement facile de constituer de telles précieuses archives familiales. Que l’on en profite. Lagacé ou Tremblay, tant d’autres, décident donc de laisse des traces, vieux manège connu depuis les âges antiques, ce besoin intense de poser sa main sur un mur de la grotte (à Lascaux). Mieux, voici des visages, des sites, des sourires et des rires, des compagnons, des amitiés, voici le vitrail illuminé au grand complet, tout cela qui dit: «j’ai vécu». Comme on lisait jadis sur un mur de sa ruelle: «Kilroy was here».

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