Autour d’une bouf

Par Yves Guezou

J’ai l’agréable habitude de rédiger des chroniques destinées aux belles et bonnes tables de la région. Parfois j’y vais de mon opinion personnelle (oh joie d’être chroniqueur!) pour écrire des textes holistiques sur tel et tel sujet ayant trait à la gastronomie. Aujourd’hui je puise directement dans la tradition de mon clan celte pour partager avec vous le plaisir qu’il y a à se retrouver autour d’une table.

En France, chaque jour du calendrier est dédié à un saint et chaque prénom de saint correspond au jour de votre fête. On vous souhaite bonne fête ce jour et bon anniversaire le jour de votre naissance (ces français ne manquent aucune occasion de fêter). Le 15 août, c’est la sainte Marie et Marie c’est le prénom de ma grand-mère. Depuis des dizaines d’années, la famille organise un méchoui en plein air pour l’occasion, c’est la tradition! Depuis que je suis tout môme, le 15 août je revois les mêmes personnes que, souvent je ne revois jamais les autres jours de l’année. L’événement est important. Les mariages, les ragots, les naissances et les décès de l’année passée s’y échangent, la communication devient brouhaha autour du mouton qui cuit depuis l’aube sur la broche et dont la découpe est l’apothéose de la fête. On est païens chez les celtes, l’église a glissé dans nos mœurs l’adoration du divin masculin mais l’on fête notre mère la terre au travers de la matriarche de la famille. En cela la tradition a du bon. Elle qui désigne l’agneau qui cuira sur la broche, celui qui aura mandat de cuire la bête et les responsables de toutes les tâches annexes. La sangria est préparée 24 heures à l’avance; on y aura versé toutes les bouteilles d’alcool de la maison dont il reste moins d’un quart. Les fils de la maison (mes grands-parents ont trois fils) remplissant leurs attributions, les brus contribuant de leur côté à la plénitude de l’événement. À 10 heures le matin, la bête ayant commencé à livrer cuites certaines de ses parties, on débouche la première bouteille de rosé pour déguster les amourettes. D’après le nom, devinez de quelle partie il s’agit… sachez juste que seul le cuisiner et un autre privilégié y ont droit. Les invités commencent à arriver, jusqu’à une belle cinquantaine. Accolades de ceux qui se connaissent, découverte des nouveaux venus dans la famille, on se touche, on se félicite, on est heureux d’être réunis et les libations de délier les langues. Au cours de la journée, le mouton ne conserve rien de chair sur les os, les tonnelets de vins sont asséchés et, s’il en manque, la cave est à moins d’un pas. Les échanges se multiplient, les rires prennent de la force, la fête est à son plein. Tout cela autour d’un repas. De cette belle cinquantaine, il en restera quinze ou vingt pour continuer la veillée. On finit de dîner pour sauter dans l’apéro et finir les restes, s’il en reste. Sinon on trouvera autre chose à finir. De cette belle expérience familiale, j’aime la notion du partage que l’on fait autour d’une bouffe. Cette nécessité vitale pour nous qui est de se nourrir nous l’avons faite par plaisir, agrémentée de nombreux atours, transformée en symbole de partage. Observez les nombreuses différences qu’il peut exister par delà notre monde, deux étrangers se trouveront des points communs en partageant une assiette.

Ce plaisir de la table partagée, retrouvez-le lors du Festival mangeons santé en famille à Val Morin les 4 et 5 août 2007. pour tout renseignement contactez David ou Annick au 819-322-6915

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