Avenir des bureaux de poste ruraux

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Par Cynthia Cloutier Marenger
Avenir des bureaux de poste ruraux

Chronique d’une mort annoncée?

Pour plusieurs, les bureaux de poste, comme le parvis de l’église autrefois, représentent un lieu de socialisation dans  les villages. Or, le plan de restructuration de Postes Canada présenté le  11 décembre 2013 laisse planer un doute sur leur survie tels que nous les connaissons. Quel avenir pour les  bureaux de poste ruraux?

Préoccupée par cette question, l’Association canadienne des maîtres de poste et adjoints (ACMPA), qui représente les employés des bureaux de poste en région, a distribué il y a quelque temps une carte postale visant à conscientiser les citoyens des réductions de services qui les guettent et les appelant à faire des pressions auprès de leurs élus fédéraux afin de les conserver intacts.

 Réductions de services

De quels types de réductions s’agit-il? Steven Roy, président de l’ACMPA section Québec, en cible deux qu’il observe actuellement à la grandeur du pays: le déplacement des services de récupération de colis vers des comptoirs postaux concessionnaires (pharmacies, épiceries, dépanneurs…) et la réduction des heures d’ouverture des bureaux gérés par Postes Canada.

Selon M. Roy, ce serait de 30 à 40 bureaux de poste par mois qui verraient leurs heures d’ouverture réduites. Conséquences? Moins de disponibilité pour les clients, d’une part, mais aussi diminution de salaire pour les maîtres de poste, dont les revenus d’emploi chutent parfois drastiquement, comme pour celui de Mont-Saint-Michel, qui est passé de 39h à 30h de travail par semaine.

Et, contrairement à ce que laisse croire le plan de restructuration de Postes Canada, qui parle de diminuer les coûts de main-d’œuvre par les départs volontaires des employés —ce qu’on nomme l’attrition —, les réductions de services entraîneraient également des abolitions de postes.

 Façons de procéder malhonnêtes

Cette situation indigne le président de l’ACMPA section Québec, qui juge que les compressions imposées par Postes Canada, bien que nécessaires, se font trop rapidement, au détriment de la population et des employés des bureaux de poste. «Les gens sont dans tous leurs états; ils braillent même», déplore-t-il.

Il ajoute que la société des postes se montre peu sensible aux propositions de l’Association, dont celle de réduire le rythme des compressions, et qu’elle la met le plus souvent devant les faits accomplis. «Postes Canada se fout complètement des clients et des employés. Elle ne cherche que la réduction des dépenses, point final», soutient M. Roy.

Le représentant estime que la société des postes crée elle-même les conditions justifiant ses compressions: comme certains services sont déplacés hors des bureaux de poste, l’achalandage en serait réduit; Postes Canada invoquerait alors cette baisse d’achalandage pour réduire ses heures d’ouverture et, conséquemment, son personnel.

 Rénovations à Saint-Sauveur?

Steven Roy mentionne à ce sujet la vague de rénovations de bureaux de poste entreprises par Postes Canada, et qui toucheront possiblement celui de Saint-Sauveur dans un avenir rapproché, puisqu’une consultation à ce propos est en cours avec le syndicat. Une autre façon, selon lui, de déplacer la clientèle vers les comptoirs postaux concessionnaires.

Pourquoi? Parce que les rénovations, qui consistent à placer les articles présentement en vente à l’avant (enveloppes, timbres, monnaie…) derrière un guichet fermé par une demi-porte métallique coulissante, rendront les lieux moins chaleureux, en soustrayant les employés de la vue des clients.

 Le point de vue de Postes Canada

Pour Philipe Legault, relationniste pour Postes Canada, ces craintes sont non fondées. Il explique que les rénovations de la superficie des bureaux de poste visent à maximiser le temps des employés en leur permettant de s’occuper à la fois du service à la clientèle et des autres opérations à l’arrière, comme le tri du courrier.

Il concède que les tâches pourront changer, mais il assure que les postes sont protégés en raison de la convention collective en vigueur. Quant aux clients, ils ne seront pénalisés en rien: des boîtes communautaires accessibles 24h sur 24h seraient installées pour qu’ils aillent chercher leurs colis eux-mêmes, sans avoir à attendre en ligne.

«Il n’y a pas eu de suppressions de postes du tout depuis le 11 décembre, assure M. Legault. On continue à fonctionner par attrition, comme prévu. On s’attend à ce qu’en cinq ans, 15 000 personnes laissent leur emploi. De ce nombre, on pense en réengager 6 000, selon les besoins, qui seront évalués avec le temps.»

 «Les changements présentés au mois de décembre ont pour objectif de protéger le service postal», termine-t-il en précisant que, grâce à eux, Postes Canada parviendra à continuer de s’autofinancer.

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