Bali Bullshit

Par Stephane Gendron

Le 12 décembre, les journaux du Québec titraient en gros gras: Line Beauchamp s’enligne sur la Californie en matière de normes anti-pollution des émissions des automobiles. Grosse conférence de presse à Bali avec Line Beauchamp et son homologue de la Californie, Linda Adams. En sous-titre, on apprenait que Québec devenait ainsi la «première province du Canada à se doter de telles règles.» Avec un tel titre, le peuple voudra donner une fleur à Jean Charest. Oh! Quel homme visionnaire et audacieux. Nous serons les premiers au Canada. Quel leadership. Et bien je vais vous dire pourquoi nous serons la première province et pourquoi nous allons passer pour des incompétents et des imbéciles. À l’heure où j’écris ces lignes, le Québec doit être la risée des autres provinces…

Beauchamp est réellement dans le champ avec cette annonce, et c’est ce qui m’inquiète. Cette femme là est Ministre. Elle a un pouvoir et gère des budgets publics.

La Californie a beau s’être dotée de règles très strictes en matière de normes anti-pollution automobiles, on ne peut faire de même au Québec. Pourquoi? Tout simplement parce que cette juridiction en matière environnementale appartient au Gou­vernement fédéral du Canada. Contraire­ment à la Constitution américaine qui prévoit une juridiction très large en matière de compétences législatives pour les États, le régime fédéral canadien est construit à l’inverse en donnant beaucoup de pouvoir à Ottawa. Ce partage des pouvoirs est encadré principalement au sein des articles 91 et 92 de la Constitution canadienne. Ainsi, le pouvoir de réglementer les émissions polluantes des automobiles ne regarde aucunement la Ministre Beauchamp qui tente de faire de la propagande libérale avec une fausse bonne nouvelle. La véritable nouvelle, et c’est ce qui est le Comble du ridicule pour la Ministre Beauchamp, c’est le Gouvernement fédéral qui a déjà déposé un projet de loi concernant la réglementation des émissions automobiles en 2006, et ce projet de loi est toujours à l’étude à la Chambre des Com­munes! Il s’agit du projet de loi C-30 (Clean Air Act). La juridiction fédérale est claire à ce sujet, et même le Bloc québécois n’a pas remis ce point en doute lors des débats à la Chambre.

Pas un journaliste n’a relancé la Ministre à Bali sur cette fausse bonne nouvelle. La Ministre dit des «niaiseries» politiques et ne maîtrise pas ces dossiers. Elle aurait du savoir qu’elle ne peut légiférer sur cette question d’aucune façon. Encore une fois, nous faisons face à un exemple d’incompétence politique ou de supercherie afin de nous prouver «…que le Gouvernement de Charest a à cœur l’environnement.» Enfin, la présence de la Délé­gation québécoise à Bali aura coûté une petite fortune en fonds publics pour absolument RIEN. Saviez-vous qu’il en coûte environ 3 000$ pour un billet d’avion aller-retour Montréal-Bali en classe économique? Les trois quarts des membres de la Délégation du Québec n’auraient même pas eu les moyens personnels de se payer cette aventure écolo-politique. De la véritable pouffiasse à son meilleur. Imaginez la scène: Québec débar­que à Bali dans le but de devenir le «pain in the ass» du Fédéral … comme disent les Anglais. Qu’aura rapporté la diplomatie de couloir de Charest et Beauchamp à Bali? RIEN. On se claque un voyage à Bali sur le bras des contribuables pour régler nos différends avec Ottawa en matière environnementale. Peut-on faire nos réunions à Ottawa ou Québec, ça coûte moins cher et on ne passe pas pour des fous aux yeux de la communauté internationale. Bien évidemment, Ottawa est moins glamour que Bali… j’en conviens.

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