bas les masques

Par Eric-Olivier Dallard
bas les masques

Octobre, les premières bourrasques.

Surtout, un mois «orange». Comme les feuilles des arbres. Comme l’Halloween des enfants. Et si notre vie était aussi un grand Carnaval, un éternel 31 octobre, tous masqués?

Pendant la première année de vie de mon fils, j’ai eu cette chance encore trop rare aujourd’hui de pouvoir l’amener, jour après jour, au travail. Cette chance? En fait, non, ce n’était même pas une chance… c’était tout simplement non-négociable, j’ai

débarqué un matin au journal avec le

«paquet» sous le bras, le sac à couches, les biberons, les jouets… tout naturellement : j’aime mon travail, oui, mais plus encore la (re)découverte du monde à travers les yeux de Raphaël. Si j’avais eu à choisir, ç’aurait été rapide! Et puis, un bébé au boulot, c’est l’avenir… Le nombre de firmes européennes et américaines qui le constatent et l’encouragent même est en progression constante, faites une courte recherche sur le web, vous verrez bien.

Donc, pendant un an, entre les couches changées sur le coin du bureau, et les textes tapés entre deux guili-guili, mon Ange a assisté à la vie quotidienne de son rédacteur en chef de père.

De tout ce que nous avons vécu au travail lui et moi, ce qui m’a sans aucun doute le plus marqué fut cette surprise, cet ahurissement  même!, que j’ai vue chaque fois dans le regard de mon fils alors que je

faisais des interviews. Hommes et femmes politiques, auteurs, artistes, gens d’affaires, intervenants, quidams : le défilé dans une salle de rédaction est incessant. Les yeux de RaphaBoy, chaque fois, me posaient cette question : «Mais pourquoi donc, Papa, ce langage? Tu ne parles pas comme d’habitude, avec ces gens…» Je vous jure, je voyais bien que la façon dont le p’tit être m’observait tout à coup me renvoyait cette réalité : je me comportais différemment en situation d’entrevue formelle, mon niveau de langage n’était pas le même, ma gestuelle non plus sans doute… Bref : je portais un masque. Sans doute sensible aux mots, mon fils le remarquait déjà à trois mois et son expression me le faisait savoir!

Et oui!, non seulement  sommes-nous costumés selon les circonstances, mais nous sommes tous masqués. Bienvenue au Grand Carnaval, p’tit Bonhomme!  Ton Papa ne parle pas avec le Député au journal comme il parle avec ta Maman à la maison. Et sais-tu ce qui est le pire dans tout ce cirque : c’est qu’il ne s’en rend même pas compte! S’ils sont certains à déplorer, à dénoncer, ces «masques» dont nous nous affublons, pour ma part je les crois nécessaires à notre vie-ensemble; ils sont bien souvent l’expression d’une politesse, d’une délicatesse à autrui, d’un savoir-vivre élémentaire. Ils sont ce qui fait la Civilisation.

Les ôter? Bienvenue en Enfer!

Allez!, joyeuse Halloween, mes Chéris déguisés…

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