Beaucoup de réactions…

Par Eric-Olivier Dallard
Beaucoup de réactions…

Présence policière et arrestations à A.-N.-Morin

Dans son édition du 9 février dernier, Accès dévoilait que trois policiers du Service de police de la ville de Sainte-Adèle, Manon Paquin, Michel Drouin et Yves Rivard, faisaient de la patrouille régulière à l’école A.-N.-Morin de Sainte-Adèle. François Monette, directeur adjoint du service des enquêtes de la Police affirmait alors que neuf arrestations y avaient été effectuées et que «plusieurs élèves ont été rencontrés concernant l’intimidation sur internet ou au téléphone.»

La semaine suivante, la Commission scolaire des Laurentides et la direction de l’établissement réagissaient à certains des propos policiers rapportés par notre journaliste, mais sans remettre en question les faits: «Un plan d’action concerté a été élaboré pour diriger, évaluer et orchestrer les interventions destinées à une minorité d’élèves. Cette minorité n’est d’ailleurs pas représentative de l’ensemble des élèves qui fréquentent l’école A.-N.-Morin. (…) Contrairement à ce qui a été véhiculé par monsieur Monette du service de police de Sainte-Adèle, la situation n’est pas alarmante. Les conclusions tirées par le porte-parole du service de police de Sainte-Adèle ne correspondent pas à la réalité de l’école A.-N.-Morin ni aux objectifs ciblés par le plan d’action concerté mis sur pied par la direction de l’école.» (l’intégralité de cette réaction, telle que publiée en nos pages le 16 février, est disponible sur www.acceslaurentides.com).

Nous publions cette semaine de nouvelles réactions, et des éclaircissements, sur ce dossier…

Les élèves

Maxime Lavallée Bouffard, étudiante de 5e secondaire à A.-N.-Morin et porte-parole de la majorité des élèves qui ont fortement réagi à cet article.

Aidée de Stéphanie Lajeunesse, porte-parole des enseignants, qui ont aussi fortement réagi à cet article.

Titre : Où allons-nous?
«Dernièrement j’ai lu dans le journal Accès un article désolant sur notre école…

Depuis cinq années, j’ai vu notre école bouger. Oui, il y avait place à amélioration et amélioration il y a eue! Grâce à la bonne volonté des personnes qui y vivent: étudiants, enseignants et personnel non-enseignant, notre école est un milieu de vie propice à l’apprentissage. Il y a maintenant des peintures créées par de talentueux élèves qui ornent nos murs, il y a de plus en plus d’activités scolaires organisées, comme nos voyages à New York et au Costa Rica; il y a toujours des activités pour récompenser les élèves méritants; des activités pour les occasions spéciales comme l’halloween, Noël, la Saint-Valentin et des activités pour les finissants telles que le stage d’un jour! Nos instruments de musique variés, le matériel en arts, les studios de danse sont inspirants! Il y a aussi notre journal étudiant, notre radio étudiante, nos équipes de sport (basket-ball, soccer, ski, etc.), nos équipements de sport et nos multiples choix d’options auxquelles s’ajoutent de nouvelles matières de plus en plus intéressantes chaque année… il me semble que notre école est bien diversifiée! Et en plus, ça va en s’améliorant; on projette même de refaire une cour extérieure! Tout cela grâce aux enseignants qui s’investissent. Je pense, entre autre, à Geneviève Lapointe Larouche qui se démène corps et âme pour offrir de belles activités aux groupes d’option espagnol (parce qu’à A.-N.-Morin, nous avons un vrai prof d’espagnol!); à Robert Vivier, super prof qui nous fait aimer les sciences; à Olivier Gagnon et Cécile Amiaud qui nous organisent des midis de jeux de société (Donjon et Dragon); à Stéphanie Lajeunesse qui court partout pour que le journal étudiant respecte ses délais et pour faire publier nos textes dans Accès. Et j’en passe…

Notre école est de plus en plus belle. De plus en plus de gens se donnent à fond et il y a de plus en plus d’activités. Mais franchement, l’article paru dans Accès me fait me poser des questions…

Dans cet article, on parle de violence, d’intimidation, de drogue, et j’en passe… C’est tout de même étrange que je n’ai rien vu de tout cela moi qui m’y rends chaque jour depuis cinq ans, vous ne croyez pas? Alors, le sujet de cet article porterait sur une minorité d’individus? Et pourquoi ne sommes-nous pas mis au courant? Pourquoi dois-je me procurer un journal local pour apprendre ce qui se passe dans mon école? Pourquoi ne sommes-nous pas prévenus des dangers qui courent, si dangers il y a? Ceux qu’on décrit dans cet article semblent pourtant graves!

Et pourquoi une minorité de gens peuvent nous donner une telle réputation alors qu’on se démène tant pour avoir une belle école? Et qu’il y a beaucoup plus de bons élèves que le contraire? Qu’est-ce qui ressort le plus finalement de cet article? Que notre école accueille essentiellement des tordus juste à cause d’un petit groupe d’imbéciles qui intimident un petit parce qu’ils n’ont rien à faire de leur vie?! Bien sûr! La mauvaise nouvelle est plus populaire que la bonne!

D’après moi, l’article que j’ai lu était faussé. On a pris un échantillon d’élèves, le pire, et on n’a parlé que d’eux. On a malheureusement oublié les bons élèves, ceux qui accomplissent un bon parcours scolaire à A.-N.-Morin. Ceux-là constituent pourtant la majorité des élèves de l’école! Depuis sa publication, nous en parlons beaucoup en classe. Nous faisons quelques petits débats sur ce sujet dans le cours de FPE et de journalisme. Nous cherchons à comprendre le traitement de la nouvelle. Par exemple, si on se réfère à l’article sur les «snowboarders» qui dit que 30% des jeunes consomment sur la piste, pourquoi ne serait-il pas écrit «70% des jeunes ne consomment pas!»

Pour conclure, je crois que les gens disent ce qu’ils veulent croire et s’il est plus important de savoir ce qui se passe de mal que ce qui se passe de bien, c’est que notre société ne sait pas mettre les bonnes valeurs aux bonnes places.»

Maxime Lavallée Bouffard, étudiante de 5e secondaire à A.-N.-Morin et porte-parole de la majorité des élèves qui ont fortement réagi à cet article.

Aidée de Stéphanie Lajeunesse, porte-parole des enseignants, qui ont aussi fortement réagi à cet article.

Photo : une – eric

Surtitre : Le traitement d’une nouvelle

Titre : Le rédacteur en chef explique…

Une nouvelle, c’est un événement inattendu dans le cours normal de l’existence, du quotidien.

En journalisme, une nouvelle doit également revêtir un aspect d’intérêt public, en plus de répondre à certains critères, comme celui de la proximité avec le lectorat (proximité temporelle, géographique, en lien avec les préoccupations, etc…)

Qu’une partie du service policier d’une ville soit déployé dans une institution d’enseignement, que des arrestations y surviennent: tout cela correspond on ne peut mieux à la définition d’une nouvelle journalistique d’intérêt public. Ce sont des faits. Ils nous ont été d’abord rapportés par une source fiable, puis nous ont été confirmés par une institution reconnue (le Service de police de Sainte-Adèle); ils n’ont été par la suite contestés par personne. Les commentaires que nous avons rapportés (contestés dans leur teneur par la Commission scolaire) émanaient, eux aussi, d’une personne crédible (le directeur adjoint du service des enquêtes de la Police de Sainte-Adèle). Ne pas les rapporter n’aurait pas été conforme à une pratique journalistique professionnelle.

Si nous avions décidé de faire un reportage sur A.-N.-Morin, bien entendu nous aurions alors tenu compte de toute l’implication de la communauté académique et des efforts des élèves pour faire de l’institution un milieu de vie stimulant! Mais nous ne rapportions ici qu’une nouvelle, comme en rapportent la majeure partie des publications d’information et des téléjournaux…

Eric-Olivier Dallard, Rédacteur en chef
(Eric-Olivier Dallard a enseigné durant quatre ans le journalisme et la déontologie journalistique au Département de communication de l’Université d’Ottawa, de même qu’à l’Institut des communications sociales de l’Université Saint-Paul. Il se met à la disposition de l’école A.-N.-Morin et de ses étudiants pour présenter un exposé ou une conférence sur la pratique du journalisme, considérée d’un point de vue concret.)
Réactions en chaîne…

Une lectrice du site internet d’Accès, Nathalie Perreault, a vivement réagi à la réaction de la Commission scolaire et de la direction d’A.-N.-Morin, publiée la semaine dernière («L’école A.-N.-Morin réagit!», Accès, 16 février). Son témoignage soulève de nouvelles interrogations, auxquelles répond la Commission scolaire…
«N’êtes vous pas découragés de toujours entendre le même refrain de la part de la direction de cette polyvalente? Si l’on n’admet pas le problème ou la présence quelconque d’un problème, l’on continue à vivre dans le déni et rien ne change ni ne s’améliore. Si un policier considère la situation excessive, alors je suis portée à croire qu’un tel professionnel de la police ne lancerait pas des opinions irréfléchies. Quand allons-nous faire confiance aux gens qui s’impliquent auprès de nos jeunes et ne veulent que leur bien et leur sécurité?

La direction pourrait peut-être commencer en limitant de façon très rigoureuse l’accès des élèves de l’école des adultes aux plus jeunes élèves de l’école. Ensuite, elle pourrait améliorer la situation en les déménageant dans un tout autre édifice. Présentement ces élèves qui se font refuser l’accès à l’école régulière pour maintes raisons, y compris le trafic de drogue, se retrouvent à l’école des adultes et ont accès à l’autobus matin et soir, à la cafétéria le midi, et accès à l’école sans vraies restrictions. Il y a un manque total de sécurité et n’importe qui peut circuler sans restriction, même dans les classes.

Le temps de la vraie discussion et du vrai leadership est venu. Il y a un problème et ce problème ne se réglera pas tant que cette communauté refuse de l’admettre et d’y voir.»

Nathalie Perreault

Voici les commentaires de la Commission scolaire des Laurentides sur la réaction de Mme Perreault « N’agissons plus en autruches!»
«Après avoir pris connaissance du texte que la rédaction du journal Accès nous a soumis, écrit par madame Nathalie Perreault, la Commission scolaire des Laurentides émet les commentaires qui suivent.

Fidèles aux propos que nous avons exprimés, nous reconnaissons qu’un certain nombre d’élèves présentent des difficultés. C’est dans cette perspective que la direction de l’école a invité différents organismes et intervenants à travailler en concertation pour mieux intervenir face à cette situation. La police de Sainte-Adèle fait partie de ces intervenants. L’ensemble des élèves de tous nos établissements sont soumis aux mêmes règles en ce qui concerne la toxicomanie. Ces règles sont appliquées avec rigueur. Il faut comprendre que la toxicomanie est avant tout un problème social avant d’être un problème scolaire. Les directions de nos écoles et de nos centres ont toujours eu le souci d’offrir un milieu scolaire propice à l’apprentissage. La très grande majorité de nos élèves sont heureux à l’école A.-N.-Morin. Ils y réussissent et y vivent des projets enrichissants.»

La Commission scolaire des Laurentides a tenu à préciser la nature des liens existants entre la direction d’A.-N.-Morin et le Service de police de Sainte-Adèle, relativement aux récents événements.

Collaboration et concertation entre les partenaires
«Au cœur de la mission éducative de l’école figure parmi les objectifs poursuivis celui d’assurer un climat propice à l’apprentissage. Pour ce faire, l’école peut compter sur ses nombreux partenaires et à ce titre les policiers de Sainte-Adèle apportent une contribution significative. Interpellé par la direction de l’école A.-N.-Morin, le service de police de Sainte-Adèle a signifié sa volonté de contribuer à l’effort collectif du regroupement de nos partenaires pour l’élaboration et la réalisation d’un plan d’action concerté. Cette implication est à l’image de la communauté éducative à laquelle croît la Commission scolaire des Laurentides. Les interventions récentes des policiers de Sainte-Adèle auprès d’un certain nombre d’élèves de l’école A.N.Morin ont été efficaces et appréciées. Elles permettent davantage aux élèves et aux enseignants d’évoluer dans un climat sain. Les policiers assurent un support supplémentaire à l’équipe école. L’école apprécie cette précieuse contribution. C’est dans un esprit de complémentarité que l’expertise de chacun est mise à contribution. L’école A.-N.-Morin est fière du travail d’équipe accompli avec ses partenaires et elle les en remercie.»

Commission scolaire des Laurentides

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