Bienvenue, Monsieur le Maire

Par Eric-Olivier Dallard

Le travail de rédacteur en chef consiste, (très) notamment, à faire l’«assignation» des journalistes et des photographes, les affecter à des sujets, des dossiers, des enquêtes, des conférences de presse, etc.

Dans la couverture des élections partielles de Sainte-Adèle je me suis d’emblée «réservé» Claude Descôteaux, demandant à nos journalistes André Bérard ou Nathalie Deraspe de couvrir les campagnes de ses adversaires.

Je ne sais pas pour mes deux collègues, mais moi je n’ai pas regretté ce choix: M. Descôteaux avait réfléchi sa démarche, il a offert des performances solides en conférence de presse, a été structuré et inventif; il a surtout fait fi de la «langue de bois», avec de belles déclarations – rappelez-vous-en quelques-unes en lisant le texte d’André Bérard dans cette édition-ci d’Accès.

Le bois dont se chauffe cet homme n’est pas du contreplaqué.

Si lors de sa première conférence sans nous être colletaillés nous avons échangé franchement sur certaines de ses positions (gestion par la Ville de la perception des cotisations de la Chambre de commerce, Îlot Grignon, développement immobilier, position sur les dossiers judiciarisés, la Croix du Sommet Bleu…), par la suite tous deux (le politicien et le journaliste) avons trouvé nos repères l’un face à l’autre: les questions du journaliste se sont espacées, les réponses du politicien les précédant…

J’ai pu prendre, jusqu’à un certain point, la mesure de l’homme: authentique et compétent d’abord.

Oui, je le répète: le bois dont se chauffe cet homme n’est pas du contreplaqué.

Mais quand même…

Monsieur Descôteaux, j’aimerais que vous méditiez l’histoire suivante; nous sommes trop habitués à nous faire jouer, et la population adéloise espère beaucoup de votre arrivée, de vos idées, et surtout de votre façon de faire annoncée et que nous a laissé entrevoir votre campagne électorale: franche.

Je devais avoir 9 ou 10 ans et me passionnais alors pour le genre littéraire qu’est la «nouvelle», ces histoires courtes à la chute étonnante (le recueil Le K, de Dino Buzatti est un magistral exemple).

Ma mère, qui a enseigné durant 30 ans la littérature à l’Université Laval, ramenait à la maison les travaux de ses étudiants. J’aimais bien quand elle donnait le cours de «Création littéraire», et surtout quand il s’agissait de ce genre littéraire-là à cette époque-là, la nouvelle donc.

L’une de ses étudiantes en avait écrite une, plutôt jolie et qui m’a plutôt marqué.

C’était l’histoire d’une demoiselle, «bien sous tous rapports», qui commence à fréquenter un homme «bien sous tous rapports». Il est galant, bien mis, charmant. Surtout, il a «de la classe», sans doute ce à quoi la demoiselle est le plus sensible: les manières de gentilhomme, la politesse; elle croit que l’élégance de l’âme et de l’esprit se mesure à l’élégance du vêtement, et est, à ce chapitre, toute satisfaite du monsieur, lui qui porte si fièrement des étoffes de qualité, toujours ganté comme un prince.

C’est leur premier dîner en tête-à-tête; il a réservé la meilleure table. Ils arrivent ensemble, il est plus élégant que jamais, lui retire son manteau, lui tire sa chaise, s’asseoit à son tour, face à elle.

Puis, il retire ses gants; elle découvre alors ses mains, que toute son apparence pouvait laisser croire des mains d’aristocrate. Sous ses ongles: la noirceur de la crasse.

Monsieur Descôteaux, soyez celui que vous nous avez permis de voir, de connaître et d’apprécier lors de la course… gardez les mains propres.

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