Cachez cette grosse que je ne saurais voir…

Par Josée Pilotte
Cachez cette grosse que je ne saurais voir…

La semaine dernière, Pénélope McQuade a reçu à son émission la photographe Julie Artacho qui a publié une série d’autoportraits nus sur le blogue This is better than porn. Je n’ai pas besoin de vous dire que ce fut viral sur les réseaux sociaux. Et comme plusieurs centaines de milliers de personnes, je suis allée voir, juste pour voir!

Première impression: quelle audace!

Je sais que probablement Julie Artacho détesterait mon commentaire. Pour elle ce n’est pas de l’audace, mais une démarche artistique voire politique afin de dire aux filles avec des corps atypiques qu’elles peuvent être aussi désirables, sensuelles et sexuelles qu’une autre.

En théorie, je suis d’accord et je comprends toute la démarche artistique et humaine derrière ce coming out, mais j’ai aussi eu un malaise, presque honteux je dois avouer, de penser que si elle avait eu à choisir, choisirait-elle ce même corps? Et bien franchement, je ne suis pas certaine. Car disons-nous le honnêtement – entre vous et moi – qui veut être réellement gros? Je sais que ce n’est pas politically correct de dire ça, et je sais qu’il y en a plus d’une qui va me «varger» dessus.

Et je ne parle pas ici de femmes pulpeuses, mais bien de femmes obèses. Est- ce que c’est beau? Pour être honnête, je ne peux pas répondre. Je sais seulement que pour reconnaître la réelle beauté d’une personne, faut d’abord toucher à son âme. Voir au delà des apparences. Et dans une société comme la nôtre, dépour- vue de sens moral et limite de sens critique, c’est difficile de ne pas tomber dans le jugement facile.

Mais est-ce que sa démarche est louable? Oui. Est-ce qu’on peut l’apprécier? Oui. Est-ce qu’on peut trouver ça beau? Je ne sais pas.

Malheureusement, je crois que Julie Artacho passe par le même système qu’elle dénonce: la tyrannie de l’image. Elle s’exhibe sur les réseaux sociaux, pour dénoncer un système au travers duquel elle passe, pour se montrer et donc exister.

En fait, c’est un peu ça mon questionnement en voyant ces photos.

Est-on toujours obliger de choquer pour provoquer une émotion chez l’autre? (Ce que je suis en train de faire en ce moment, remarquez-bien). Est-on obligé de choquer pour exister? De se foutre à poil pour faire accepter notre différence? Poser la question, c’est un peu y répondre vous ne trouvez-pas?

Julie Artacho dénonce le droit d’être grosse. Non, désolée, ce mot est rendu quasiment tabou. Disons plutôt ronde, voire pulpeuse pour faire plus joli. Pour enrober le tout si vous préférez. De toute façon, elle ne peut que s’inscrire en faux contre ce diktat du corps parfait, elle- même ne rentrant pas dans le moule et refusant de jouer le jeu de ce système.

Nous vivons dans une société qui recherche la perfection à tout prix en repoussant toujours un peu plus les limites de la jeunesse éternelle.

Nous vivons dans une société de botoxées, aux jeunes filles à peine sorties de l’adolescence, aux seins «déjà» refaits. Alors comment voulez-vous qu’on se sorte de cette spirale: un système qu’on nourrit et qu’on dénonce à la fois?

Au final, on est toutes des hypocrites qui veulent avoir bonne conscience en se scandalisant de cette tyrannie de l’image alors qu’au fond on participe à l’alimenter en admirant des modèles de corps parfaits et en recherchant nous-mêmes la perfection. On tourne en rond.

Notre monde a besoin de plus de Julie Artacho pour être meilleur, vrai, pour voir au-delà des apparences de qui nous sommes vraiment.

Notre monde à besoin de plus de Julie Artacho pour être beau.

Mais d’ici-là, cachez cette grosse que je ne saurais voir… 

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