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Les ex-rédacteurs en chef d’Accès se souviennent

Par Rédaction

Nous avons demandé à quelques anciens rédacteurs.trices en chef du journal Accès de témoigner sur leur expérience de travail au journal. Voici ce qu’ils.elles nous ont répondu !

Thomas Gallenne : 2013 à 2018

Q : Comment as-tu commencé au journal ?

R : C’est au retour des fêtes de fin d’année, on est dans la première semaine de janvier 2011. J’accompagne ma fille cadette à ses cours de ski au mont Olympia, lorsque mon cellulaire sonne. C’est Nathalie Deraspe, rédactrice en chef par intérim, que j’avais croisé quelques mois auparavant au congrès annuel des journalistes. « J’ai une pigiste qui ne rentre pas. Je suis mal prise. Peux-tu me rédiger trois articles? » J’ai répondu oui. Je venais d’embarquer dans le train « Accès ». Une course folle de sept années, à un rythme effréné.

Q : Qu’est-ce qui t’a marqué professionnellement de tes années au journal ?

R : Sans contredit, le bouleversement médiatique dans sa phase n°1*, soit la bataille des hebdos régionaux. Un David, pris entre deux Goliaths (Québecor et Transcontinental). On devait se réinventer quasiment à chaque semaine pour demeurer pertinent, voir rester en vie. (*Phase n°2 : vente des hebdos Quebecor et fermeture de plusieurs hebdos régionaux. Phase n°3 : cocktail GAFAM + pandémie + fin du Publisac… etc.). Et après…?

Q : Qu’est-ce qui t’a marqué personnellement ?

R : Certains sujets sensibles, notamment reliés au deuil, particulièrement à la perte d’enfant. Écrire sur ce genre de sujet, ça me rentre dedans et cela me marque pour longtemps.

Q : Une anecdote qui t’a marqué ?

R : Plusieurs événements m’ont marqué durant mes années de journalisme, mais ce que la question m’évoque c’est que parfois, un journal local reste le dernier endroit pour être entendu, pour raconter son histoire, pour dénoncer une injustice ou un abus. Certaines personnes remettent dans nos mains, leur vulnérabilité, leur souffrance, leur espoir. C’est à la fois une grande responsabilité et une grande preuve de confiance. C’est touchant.

Q : Que fais-tu comme travail maintenant ?

R : Je travaille pour la MRC des Pays-d’en-Haut depuis cinq ans (octobre 2018) maintenant. J’occupe actuellement le poste de responsable des relations publiques et du contenu.

Éric-Olivier Allard : 2006 À 2013

Q : Comment as-tu commencé au journal ?

R : Je sortais de 12 ans de journalisme culturel, notamment comme rédac’chef de Voir, et le défi proposé par Accès – soit effectuer le virage Actualité de l’hebdomadaire, qui était jusqu’alors un journal culturel – m’a beaucoup motivé!

Q : Qu’est-ce qui t’a marqué professionnellement de tes années au journal ?

R : Principalement, ce furent les dossiers de fond relatifs à l’actualité municipale laurentienne… et bien sûr la consécration d’Accès comme Hebdo de l’Année (devant les hedbos de Québecor entre autres!) un an après mon arrivée à la direction de la Rédaction. Je dois aussi mentionner le plaisir – immense, stimulant – de travailler avec l’éditrice Josée Pilotte, une femme de coeur, de tête, de passion(s), qui fait preuve d’une remarquable indépendance d’esprit et d’un leadership hors du commun.

Q : Qu’est-ce qui t’a marqué personnellement ?

R : La découverte de la région des Laurentides, après avoir travaillé à Québec, Montréal et Ottawa, fut marquante. Encore aujourd’hui, ses paysages et ses gens m’habitent.

Q : Une anecdote qui t’a marqué ?

R : Je suis devenu père alors que j’étais à Accès; le fait de pouvoir venir travailler au journal tous les jours avec mon fils (sur la photo) jusqu’à ses deux ans m’a beaucoup touché; toute l’équipe a d’ailleurs assisté aux premiers pas du jeune héritier, lors d’une réunion hebdomadaire.

Q : Que fais-tu comme travail maintenant ?

R : Après être devenu éditeur d’un journal en Floride, j’ai pris une retraite d’une dizaine d’années, dont la moitié passée en Europe avec mon fils; je travaille aujourd’hui en commerce électronique, en tandem avec lui, simplement pour le plaisir !

Frédérique David : 2000 à 2006

Q : Comment as-tu commencé au journal ?

R : Je venais d’arriver dans la région après plusieurs années dans l’Outaouais où j’avais été rédactrice en chef du mensuel culturel Zone Outaouais, vendu ensuite à Voir. J’ai passé un entretien d’embauche avec Marie-Josée Gladu et Josée Pilotte et obtenu le poste de rédactrice en chef.

Q : Qu’est-ce qui t’a marquée professionnellement de tes années au journal ?

R : Des rencontres uniques avec des personnes inspirantes : Richard Desjardins, Plume Latraverse, Denis Villeneuve, Martin Gray, Pierre Falardeau et d’autres.

Q : Qu’est-ce qui t’a marquée personnellement ?

R : La passion et l’audace de l’équipe. Chaque semaine, nous cherchions à nous surpasser et à nous démarquer de la concurrence qui ne faisait pas de cadeau. Les bureaux du journal étaient notre deuxième maison. Il y avait nos enfants après l’école et même des chiens !

Q : Une anecdote qui t’a marquée ?

R : Il y en a eu plusieurs, mais je n’oublierai pas la fois où une panne d’électricité a frappé Saint-Sauveur quelques heures avant de partir sous presse. On a trouvé des génératrices pour parvenir à boucler le journal!

Q : Que fais-tu comme travail maintenant ?

R : J’ai fait un retour à l’université pour compléter un baccalauréat afin d’enseigner. J’avais envie de nouveaux défis et de me sentir plus utile pour assurer un avenir meilleur aux futures générations.

Stéphane Desjardins : 1998-2000

Q : Comment as-tu commencé au journal ?

R : Sur les chapeaux de roue. Ma prédécesseure a quitté le navire à 48 h de la tombée. J’ai pris le relais et j’ai dû trouver le sujet de la une, faire l’entrevue, les photos, écrire le texte en plus de deux ou trois autres textes. J’écrivais mes derniers articles quelques minutes avant qu’ils ne soient montés. Nous sommes arrivés à l’heure à l’imprimerie. Mon bureau s’est rapidement rempli de machins, de dossiers et de communiqués (c’était avant internet). Ça faisait une petite pyramide de papier qui a duré un ou deux mois avant que je puisse prendre le dessus. Mary-Josée Gladu, la présidente de l’époque et associée de Josée, m’avait dit que je lui faisais peur.

Q : Qu’est-ce qui t’a marqué professionnellement de vos années au journal ?

R : Le sentiment de bâtir quelque chose de nouveau, d’inédit, d’original. Personne n’avait jamais vu un tel journal dans les Laurentides. On se le faisait dire tous les jours. On se faisait saluer sur la rue. Lancer un nouveau journal est un des sentiments les plus extraordinaires qu’un journaliste puisse vivre. À l’époque, j’ai reçu des appels de nombreuses vedettes de la profession qui étaient passées par là, des sommités et des vedettes du journalisme.

Q : Qu’est-ce qui t’a marqué personnellement ?

R : Le fait de faire une différence dans la vie des gens. Nous abordions des sujets dont personne ne parlait dans le Nord, ou des sujets d’actualité avec des angles différents, nouveaux, originaux.

Q : Une anecdote qui t’a marqué ?

R : Il y en a 4.

Nous avions publié une caricature qui illustrait Jésus Christ urinant sur la terre, pour dénoncer (déjà) les problèmes environnementaux. Ce dessin a suscité une vague incroyable de colère et de réactions favorables ou défavorables. Des annonceurs ont menacé de retirer leur annonce. Des lecteurs voulaient nous poursuivre en justice !

Nous avions décidé de ne pas publier un cahier sur la Saint-Valentin en parlant de chocolats et des sujets quétaines habituels, comme le faisait notre compétiteur direct. On a choisi de publier un dossier complet sur l’échangisme, les pratiques sexuelles nouvelles, les jouets sexuel. Nous avions visité un club échangiste de Saint-Sauveur aujourd’hui disparu, ma blonde et moi, avec une entrevue de fond très intéressante avec les proprios. Josée et Mary-Josée m’ont achalé pendant des jours pour savoir si ma blonde et moi avions fait de l’échangisme… Évidemment, le cahier a fait énormément de bruit, un coup de tonnerre. Des gens ont protesté, d’autres nous ont félicités. Personne n’avait jamais vu un tel contenu au nord de Montréal. Même notre correctrice, une ancienne maîtresse d’école, riait à chaque phrase.

Quelques semaines après le lancement, nous avons lancé les petites annonces. J’ai décidé d’appliquer mon principe : « Si ça ne sert pas depuis un an, ça débarrasse. » J’ai donc mis en vente un paquet de bébelles héritées de la famille ou des amis pendant des années, du genre tirelire hibou en plâtre vert lime, support à télécommande en forme d’écureuil qui se dépose sur le bras de votre sofa, voiture rouillée, coussins bruns à carreaux, oiseaux en verre soufflé, peinture affreuse du patrimoine, draps usagés (mais lavés, quand même), vélo rouillé, boites d’encre d’imprimante (neuves et usagées), etc. Comme le journal paraissait le vendredi, ça faisait la file devant la porte du journal le lundi matin. Mon bureau était au fond. J’avais étendu mes bébelles sur une table. Il y avait toujours une dizaine de personnes qui s’arrachaient littéralement mes affaires à vendre. C’était un spectacle. Le directeur de la production de l’époque m’avait demandé si je voulais vendre ses bouteilles de vin vides…

Enfin, j’ai fait plusieurs entrevues fascinantes pour la une du journal, mais une des plus intéressantes fut celle avec Michèle Richard, qui m’a répondu franchement à toutes mes questions, y compris sur le fait qu’on la considérait quétaine et dépassée. L’entrevue s’était déroulée chez Saint-Hubert (j’ai dû payer le repas, même si elle roulait en Rolls Royce) et chez elle, dans la mythique maison qu’elle possédait chemin de la Rivière-à-Simon (les autobus de touristes arrêtaient devant sa porte durant l’entrevue). Le décor était d’un quétaine chic assumé, dans tous les tons de rose. J’ai interviewé des premiers ministres, des gens d’affaires célèbres, des artistes renommés, et cette entrevue, encore à ce jour, représente un des moments les plus intéressants de ma carrière.

Q : Que fais-tu comme travail maintenant ?

R : Je suis chroniqueur en finances personnelles au journal de Montréal/Québec, auteur de guides de finances personnelles, d’un livre de science fiction et d’un livre historique sur le cinéma Pine. Je suis éditeur du Journal des voisins d’Ahuntsic-Cartierville. Je collabore à plusieurs médias comme journaliste pigiste. Et j’habite Sainte-Adèle.

 

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