(Photo : Nordy - Sébastien Fleurant)
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96 ans : une vie sur les skis

Par Simon Cordeau

Jean Constantineau a fêté ses 96 ans le 14 janvier. L’hiver, le résident de Sainte-Adèle fait du ski de fond presque tous les jours. Quand le temps le permet, bien sûr. « L’année passée, j’ai fait 160 km durant la saison. Mais ça avait commencé tard, en janvier, et fini de bonne heure, en mars. Donc j’en ai fait moins », raconte-t-il.

« Les autres années, je faisais 250 km durant l’hiver. Je commence par 4-5 km. Il faut y aller graduellement. Après, je monte. Déjà, j’en faisais 10-12 km. Mais là, je n’en fais plus autant », continue le nonagénaire. Il préfère le P’tit Train du Nord pour ses randonnées. À son âge, explique-t-il, c’est plus facile que les sentiers en forêt. Aussi, il fréquente le parc linéaire depuis son ouverture. « J’ai commencé à y aller ça fait 30 ans. Et ça fait 33 ans que j’ai pris ma retraite », se souvient-il.

Souvenirs de randonnées 

Pour notre entrevue, il a amené deux albums remplis de photos et de souvenirs. Il me montre une photo de lui sur le P’tit Train du Nord, il y a quelques années. Sur une autre, il fait du ski avec son fils, Martin. « Il a de la misère à me suivre », lance-t-il, sourire en coin. Une troisième photo le montre, en 2015, alors qu’il participe au Loppet, une course de ski à Morin-Heights. Une coupure de journal rapporte la tenue du premier festival de ski de fond, en 2004, auquel il a aussi participé.

Pour M. Constantineau, ces évènements sont l’occasion de se mettre au défi et de partager sa passion du ski. « On partait de Montfort et on descendait jusqu’à Morin-Heights. On traversait la 329 et il y avait une pente très abrupte juste avant l’arrivée. Il y avait des petits de 6-7 ans, avec leurs parents. J’avais bien du plaisir avec les jeunes, à les voir aller. Et ils arrivaient avant moi! », raconte-t-il en riant.

« Mes années au Sainte-Adèle Lodge »

Jean Constantineau a toujours skié. « J’allais à l’école en ski. J’habitais dans un rang, à Saint-Faustin. Il y avait beaucoup de neige dans ces années-là. Au mois de mars, elle était plus haute que les clôtures. C’était tous des cultivateurs. Il y avait des cotes à descendre… et à remonter! »

Il me raconte ensuite « [ses] années au Sainte-Adèle Lodge ». Le « petit hôtel de campagne » est d’abord tenu par Grégoire Rochon à partir de 1910. L’établissement se trouve alors sur le site de l’actuel Parc de la famille. En 1928, Adélard Marin et sa femme reprennent la « Maison Blanche ». « Puis M. Potter est arrivé. C’était un anglophone qui avait des sous. Il a fait détruire le petit hôtel et l’a remplacé par le Sainte-Adèle Lodge, en 1939 », rapporte M. Constantineau.

« J’ai commencé là en 1945, à faire l’entretien. Après ça, ils m’ont envoyé à la montagne, où j’ai été opérateur quelques années. Il y avait quatre câbles pour monter les pentes 40/80. Puis je suis devenu le directeur de la montagne. » Il y travaillera et y skiera chaque hiver jusqu’à sa retraite.

Travailler sur la route

L’été, M. Constantineau construit des routes. « J’ai commencé comme journalier, en 1944. J’avais 17 ans. Mon frère travaillait comme huileur sur la pelle mécanique. » Cet été-là, la route 117 est en construction de Mont-Rolland à Saint-Jérôme. Celle-ci remplace la route 11 comme route régionale, mais avec un tracé un peu différent.

« Les freins de la pelle mécanique ont brisé. Et ils n’avaient pas le temps de les réparer », se souvient le nonagénaire. Son travail est donc de couper des bouts de bois qu’il insère dans les chenilles, pour que la pelle ne recule pas. « Mais quand la pelle travaillait, je n’avais rien à faire. J’allais chercher de l’eau à une source et j’amenais de l’eau fraîche aux gars. Il y en avait qui drillaient à côté de nous. À Mont-Rolland, il y a un cap de roc. On a drillé longtemps. Ce n’est pas pour rien que je suis [presque] sourd aujourd’hui », confie-t-il.

Il travaille ensuite sur la Côte-Nord, puis un peu partout au Québec durant sa carrière. « J’ai appris à construire des routes. Je suis devenu opérateur de pelle mécanique. J’ai travaillé 29 ans à l’entretien des routes. » Ces routes étaient alors mieux entretenues qu’aujourd’hui, assure-t-il. « Les trous comme ça, de 4 pouces de profond, on avait 48 heures pour les réparer. Et c’était pour les petits chemins de campagne et les routes numérotées. Aujourd’hui, on se promène sur l’autoroute, les trous sont aussi gros… et ça prend plus que 48 heures ! On n’a plus de main-d’oeuvre », illustre M. Constantineau.

Retracer ses racines

Jean Constantineau montre l’album photo de ses années au Sainte-Adèle Lodge.

Bien des choses ont changé depuis ses jeunes jours, reconnaît M. Constantineau. « Quand j’allais à l’école, dans les années 1930, il passait une auto et on se disait : « Ça sent le gaz! » On était habitués de sentir le fumier et la terre », lance-t-il à la blague. Il se souvient, un hiver, d’avoir livré le pain avec des chevaux, à Sainte-Adèle et à Val-Morin.

« Quand j’étais jeune, le courrier arrivait à Saint-Faustin par train, le soir à 20h00. Ils descendaient une poche et il n’y en avait pas beaucoup. Il y avait un anglophone, un M. French, qui achetait le Toronto Star. Il regardait ses actions, pour voir si elles avaient augmenté », raconte le nonagénaire. Il se souvient aussi des trains de neige qui, dans les années 1940 et 1950, amenaient les skieurs de Montréal pour la fin de semaine.

Lorsqu’il a pris sa retraite, M. Constantineau a entrepris de faire son arbre généalogique. « Avant 1837, il n’y avait rien ici. C’est la révolution [des Patriotes] à Saint-Eustache qui a fait monter les gens au nord de Saint-Jérôme. Il n’y avait plus de terres disponibles dans les Basses-Laurentides. Et les familles avaient de 10, 12, 15 enfants », explique-t-il.

Un de ses grands-pères est né à Sainte-Scolastique (Mirabel) et l’autre à Sainte-Anne-des-Plaines. Les deux se sont mariés à Sainte-Agathe. Il a même retrouvé des branches de sa famille à Mont-Laurier et « jusqu’en Abitibi ». « Ils se sont installés le long de la rivière du Nord. C’était le meilleur moyen de transport, à l’époque : le canot », rappelle-t-il.

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