Alanis Desilets : l’énergie derrière La Jasette
Par Alexane Taillon-Thiffeault (Initiative de journalisme local)
À la tête du café-boutique La Jasette, à Saint-Sauveur, Alanis Desilets incarne une nouvelle génération d’entrepreneuses pour qui affaires, maternité et authenticité ne s’opposent pas, mais vont ensemble. Elle revient sur son parcours, ses défis et les valeurs qui guident ses décisions.
Celle-ci décrit son café comme « un vrai lieu de vie ». Installé sur la rue Principale de Saint-Sauveur, l’établissement se veut un espace rassembleur, où l’on vient autant pour le café que pour l’ambiance humaine. « J’ai toujours eu envie de créer des espaces qui rassemblent les gens. La Jasette est née de ce désir-là : créer quelque chose de chaleureux, simple, vrai, à mon image et à celle de notre communauté », explique-t-elle.
Déjà active en affaires et en création de contenu, l’entrepreneuriat s’est imposé naturellement dans son parcours. L’idée du café, toutefois, est arrivée de façon inattendue. Amoureuses de Saint-Sauveur, elle et sa sœur ont eu un coup de cœur pour un bâtiment situé sur la rue Principale. « On a signé notre bail sans savoir ce qu’on voulait faire. La Jasette s’est imposée d’elle-même, presque », raconte-t-elle.
Un parcours organique
Alanis ne s’est pas toujours imaginée entrepreneuse. « Je n’ai pas grandi en me disant : « Je veux être entrepreneuse. » Mais j’ai toujours eu ce besoin de créer, de bâtir mes projets à ma façon et d’avoir une certaine liberté. »
Avec le temps, elle a compris que l’entrepreneuriat lui offrait cet espace de créer, tester, se relever, recommencer. Un chemin qu’elle décrit comme non linéaire, ponctué d’essais, d’erreurs et d’apprentissages, mais profondément aligné avec qui elle est aujourd’hui.
Maman et entrepreneuse : un quotidien rythmé
Être mère de jeunes enfants tout en dirigeant une entreprise demande une organisation millimétrée. « Concrètement, c’est du sport. Bonne chose que je suis une sportive », lance-t-elle.
Ses journées sont divisées entre les matins de maman, les blocs de travail, la gestion du café, la création de contenu et les imprévus. « J’ai appris à être extrêmement efficace dans le peu de temps que j’ai. Ce n’est pas toujours équilibré au quotidien, mais j’essaie de garder une vision globale de ma semaine et de mes priorités. »
Le plus grand défi demeure la charge mentale. « Penser à tout, tout le temps. » Elle évoque aussi la culpabilité, cette impression de ne jamais être à 100 % nulle part. « Quand je suis au travail, mes enfants me manquent. Quand je suis avec eux, mon cerveau pense encore à l’entreprise. » Avec le temps, elle a accepté que la perfection n’existe pas dans cette conciliation.
Une maternité qui transforme le leadership
La conciliation comporte son lot de défis, mais la maternité a aussi transformé sa façon de diriger. « Elle m’a rendue beaucoup plus efficace et beaucoup plus humaine. » Elle affirme prendre des décisions plus rapidement, aller à l’essentiel et s’adapter plus facilement. Surtout, ses priorités se sont clarifiées.
Elle reconnaît toutefois avoir ressenti une pression particulière liée au fait d’être à la fois femme, mère et entrepreneuse. « Il y a encore beaucoup d’attentes implicites envers les mères, comment on devrait être présentes, performantes, disponibles. » En affaires, elle note aussi qu’il faut parfois prouver son sérieux ou sa légitimité. « Avec le temps, j’ai appris à me détacher de ce bruit-là et à me concentrer sur mes valeurs et ma vision. »
Pour préserver un certain équilibre, elle a cessé de chercher la perfection quotidienne. « Je fonctionne beaucoup par saisons et par priorités. Il y a des périodes très intenses côté travail, d’autres plus familiales. » Parmi ses non-négociables, il y a du temps de qualité avec ses enfants, du mouvement pour elle et de véritables moments de pause. « Et surtout accepter que ce soit imparfait », dit-elle.
Inspirer la prochaine génération
Selon elle, le regard sur les femmes entrepreneuses a évolué au cours des dernières années. « On voit de plus en plus de femmes qui prennent leur place, qui bâtissent des entreprises solides tout en assumant différentes facettes de leur vie. » Elle estime néanmoins qu’il reste du chemin à faire, notamment dans la reconnaissance de la charge invisible portée par plusieurs femmes.
Le 8 mars a une signification particulière pour elle puisque sa fille y célèbre son anniversaire. « Chaque décision que je prends, chaque projet que je bâtis, il y a une partie de moi qui pense à la femme qu’elle deviendra. »
Aux femmes qui hésitent à se lancer en affaires, elle lance un message simple : « Vous n’avez pas besoin d’être prêtes à 100 % pour commencer. L’entrepreneuriat se construit en marchant. Commencez petit, testez, ajustez. » Parce que, conclut-elle, « les vraies belles histoires d’affaires commencent rarement dans la perfection. Elles commencent dans le courage d’oser. »