(Photo : Gracieuseté - Vital distribution)
La protagoniste du film Dierdre Wolownick

Alexandra Elkin, libre jusqu’au sommet

Par Louis-Philippe Forest-Gaudet (Initiative de journalisme local)

Avec Au pied du mur, la cinéaste et machiniste Alexandra Elkin transforme une expédition à Yosemite en portrait de femmes qui avancent, même quand la peur serre la gorge devant El Capitan.

Alexandra Elkin à Yosemite

Une question qu’on ne pose pas assez

Alexandra Elkin, réalisatrice du film Au pied du mur

« Quand on est petit, on se demande souvent ce qu’on va devenir quand on va être grand, mais une fois qu’on est grand, on se demande rarement ce qu’on veut devenir quand on va être vieux. » C’est par cette idée simple, presque intime, qu’Alexandra Elkin ouvre son film. À 34 ans, elle travaille sur les plateaux depuis plus d’une décennie, souvent dehors, souvent dans l’action, avec ce besoin de bouger qui l’a menée vers l’escalade. Dans le film, elle raconte même ses débuts un peu hésitants en hauteur, puis l’attrait du défi, de la résolution de problème, et de la progression.

Ce goût de se dépasser prend, chez elle, une couleur très locale. La première paroi où elle grimpe en moulinette extérieure est la Montagne d’Argent, à La Conception, dans les Laurentides, qu’elle décrit comme un terrain de jeu et une petite communauté.

Un tir tenté, une porte ouverte

Son premier long métrage ne naît pas d’un plan béton, mais d’un enchaînement de circonstances. « C’est beaucoup de chances », dit-elle. Elle voulait d’abord tourner autour de Jack Lambert, grimpeur senior rencontré à Las Vegas. Par la suite, elle se questionne sur l’histoire qu’elle souhaite raconter.  C’est alors que la réalisatrice applique sa phrase fétiche, attribuée à Wayne Gretzky: « on rate les tirs qu’on ne tente pas ». Elle écrit donc à la conjointe de son idole, le grimpeur Alex Honnold, le protagoniste du film Free Solo, pensant qu’il ne répondra jamais. La réponse bifurque: on lui propose plutôt de parler à Dierdre Wolownick, la mère d’Alex Honnold. Le film trouve sa trajectoire.

« J’ai ouvert une porte, puis toutes les portes se sont alignées et se sont ouvertes devant moi », résume Alexandra Elkin, reconnaissante du soutien reçu. Au montage, Sandrine Béchade l’aide à mettre des mots sur ce qui se joue vraiment: « c’est toi qui as une quête ». Ce n’est pas seulement filmer des retraités qui grimpent, mais chercher comment on évolue dans un sport exigeant, à 60, 70 ans et plus.

El Capitan à Yosemite

Des femmes qui tirent les autres vers le haut

Dans son regard, Dierdre Wolownick devient plus qu’un personnage impressionnant. « J’avais besoin d’une femme qui m’inspire comme ça », confie-t-elle, parlant d’une personne « inarrêtable, curieuse, généreuse, encore en expansion ».

La transmission, Alexandra Elkin la raconte aussi par ses propres modèles: la directrice photo Amélie Douville, qui lui a donné sa chance sur un gros contrat, sa professeure Johanne Larue, Sandrine Béchade, et bien sûr Dierdre. Elle insiste sur l’effet domino: voir des femmes prendre leur place donne envie d’oser, même dans des milieux encore très masculins. Pour elle, la liberté « au féminin » passe par des limites qu’on apprend à déplacer, et par celles qu’on apprend à nommer. Son message qu’elle lance sans détour aux femmes qui hésitent à oser : « Si vous pouvez créer la vie, imaginez les autres choses que vous pouvez accomplir! »

À voir sur grand écran, le 8 mars

Le film prendra l’affiche au Québec dès le 13 mars 2026, mais sera présenté au Cinéma Pine à Sainte-Adèle le 8 mars à 12 h 30, avec une séance spéciale soulignant la Journée internationale des droits des femmes en présence de la réalisatrice Alexandra Elkin et de la protagoniste du film Dierdre Wolownick.

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