Danielle Soucy à la Garde Guérin, sur le chemin de Régordane. Courtoisie
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Danielle Soucy : Parcourir l’histoire et les territoires

Par Simon Cordeau

Danielle Soucy connait autant l’histoire des Laurentides que ses sentiers de ski de fond. Et chaque année, elle parcourt un petit bout de l’Europe à pied, avec son mari, lors d’une randonnée de 200 à 300 kilomètre, sac au dos. Là aussi, elle est à la recherche de l’histoire de paysages. Portrait d’une Laurentienne aventurière.

« Je suis arrivée à Sainte-Agathe avec ma famille au milieu des années 1960. J’allais à l’école à Mont-Rolland. Après, j’ai étudié à Montréal, mais je revenais toujours dans le Nord les fins de semaine. Puis je me suis établie à Saint-Jovite, qui est Mont-Tremblant aujourd’hui. J’ai vraiment fait mes racines ici », raconte Mme Soucy.

Pour la petite histoire…

Lorsqu’elle fait du ski de fond, Danielle Soucy se replonge dans l’histoire de la région. Crédit : Courtoisie Alain Lachaîne

« Mon histoire avec l’Histoire [rires] a commencé quand j’ai travaillé comme adjointe de recherche avec Serge Laurin », raconte Mme Soucy. Professeur d’histoire au Cégep de Saint-Jérôme, Serge Laurin a écrit entre autres Histoire des Laurentides et Histoire de Saint-Jérôme, deux références incontournables sur l’histoire de la région. « C’est dans ses cours que j’ai eu la piqûre pour l’histoire des Laurentides », raconte-t-elle.

Dans les années 1980, Mme Soucy est chargée d’écrire un document sur l’histoire de Saint-Jovite et la vallée de la Diable, qu’elle rééditera en 1994. En 2009, elle publie Des traces dans la neige : cent ans de ski au Québec. Et cette année, son livre De la vallée aux Sommets : une histoire de passion et d’audace raconte l’histoire de l’entreprise familiale Les Sommets née à Saint-Sauveur.

« Ce qui me fascine en particulier, c’est la période de la colonisation, lancée par le curé Labelle. Les colons ont décidé de venir ici avec des moyens tellement réduits. Ils venaient avec une hache et une poche de linge. Puis ils défrichaient arbre après arbre ce qui allait devenir leur terrain. C’est incroyable l’effort, la difficulté, le courage que ça prenait pour faire ça », raconte Mme Soucy avec passion.

« Puis en quelques générations à peine, toutes ces terres-là défrichées ont été abandonnées et la forêt a repoussé », rappelle-t-elle. Les terres étaient trop rocailleuses pour être productives. « Essayer de cultiver là-dedans, c’était peine perdu. » Mais lorsqu’on se promène en forêt, on peut encore trouver un peu partout des tas de roches empilées, sur lesquelles la mousse a poussé : l’oeuvre des colons qui tentaient de dégager leurs champs. « Ce sont vraiment des vestiges de leur travail », souligne Mme Soucy.

Aventures européennes

Saint-Jean-Pied-de-Port, sur le chemin de Régordane. Courtoisie

Chaque année, en septembre, Mme Soucy et son mari se rendent en Europe pour faire une longue randonnée. « Cette année, c’était notre 17e voyage à pied. On a fait le chemin de Régordane. Il part de la ville de Puy-en-Velay et descend presque en ligne droite jusqu’en Méditerranée, en traversant les montagnes, jusqu’à Saint-Gilles-du-Gard. »

Il s’agit d’une ancienne voie de pèlerinage, semblable à Compostelle, raconte la passionnée d’histoire. « C’était aussi une voie commerciale. On y amenait les marchandises qui venaient de l’Orient, comme des soieries et des épices, et les villes du nord y envoyaient les leurs, comme des vins et d’autres produits. »

Ce qui fait le charme de la Régordane, selon Mme Soucy, c’est qu’elle est paisible et peu fréquentée, mais c’est aussi toute son histoire. « La nature est d’une grande beauté. On traverse des villages du Moyen-Âge. On a dormi à la Garde Guérin, un village du 12e siècle entièrement en pierre. Et on a vraiment l’impression d’être hors du temps », raconte-t-elle.

Ils ont ainsi parcouru 250 km en 14 jours. « Notre moyenne a un peu baissé avec le temps. Avant, on faisait autour de 20 km par jour. On a baissé à 15-16 km, selon les journées. Le trajet dépend des hébergements. » Par ailleurs, ils font leurs expéditions « toujours avec le sac à dos », précise celle qui vient d’avoir 70 ans. « Oui c’est exigeant. Mais avec le temps, on s’est habitués. On connait les difficultés de ce genre de voyage. »

La plus grande leçon que Mme Soucy a appris de ses aventures ? « Tout passe. Si on a une mauvaise journée, qu’il pleut, qu’on a de la difficulté à monter les pistes et que ça va mal, on sait toujours que ça va finir. On va finir par arriver à l’hébergement, on va se sécher, on va s’étirer. Et le lendemain, peut-être que ça sera oublié. C’est la relativité des choses. » Aussi, s’étirer à la fin de la journée permet d’éviter les douleurs le lendemain, souligne-t-elle.

Explorer les Laurentides

Danielle Soucy sur le bord de la rivière du Diable, au printemps. Crédit : Courtoisie Alain Lachaîne

Pour se garder en forme toute l’année, Mme Soucy profite des nombreux espaces naturels des Laurentides. « L’hiver, le ski de fond aide beaucoup. Ce que j’aime du ski, c’est que ça me ramène aussi à l’histoire. » Elle en fait « peut-être trois fois par semaine ». Elle va surtout au Domaine Saint-Bernard, à Mont-Tremblant. Le parc des Campeurs de Sainte-Agathe-des-Monts a aussi « parmi les plus belles pistes ». Et bien sûr, le parc national du Mont-Tremblant est un incontournable de la région.

Mme Soucy pratique moins la raquette, qu’elle voit d’abord comme « utilitaire ». « Pour aller chercher le sapin de Noël, je mets mes raquettes », illustre-t-elle. Elle s’est aussi remise « très prudemment » au patin, ajoute-t-elle. « Sinon, c’est la marche, évidemment, qui fait partie de mon quotidien. »

L’été, c’est la randonnée pédestre et le vélo. « Depuis que j’ai mon vélo électrique, j’en fais un peu plus. J’essaie de faire mes courses à vélo, comme je suis à 9 km du centre-ville de Mont-Tremblant. Il y a beaucoup de gens qui lèvent le nez sur le vélo électrique. Mais ça prend quand même un effort ! Et ce qui compte, c’est de pouvoir en faire, d’aller dehors, de faire mon exercice, et de ne pas prendre ma voiture. J’aimerais bien avoir l’équivalent en ski ! », lance-t-elle en riant.

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1 Comment

  1. Hélène Rochon

    Quel dynamisme! Madame Soucy est un exemple à suivre. Ses livres sont aussi magnifiques. Une femme à suivre, par tous ses chemins.

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