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Intelligence artificielle en éducation : Une pause s’impose

Par Marie-Catherine Goudreau

L’arrivée d’outils d’intelligence artificielle pousse le milieu de l’éducation à amorcer une réflexion sur la place de ces technologies dans les établissements scolaires. Si plusieurs enseignants ont réagit rapidement lors de la sortie de ChatGPT, Dominic Hébert-Sherman, enseignant de sociologie au Cégep de Saint-Jérôme, croit plutôt qu’il faut prendre cette opportunité pour repenser l’éducation.

Le professeur se pose encore beaucoup de questions sur la place de l’intelligence artificielle dans le milieu scolaire et n’a pas de réponses précises. « Ce sont des questions très complexes, que j’ai même de la difficulté à formuler », dit-il. « Ce qui est dommage avec le monde numérique, c’est que les gens se font une opinion assez rapidement. Ils ne prennent pas le temps de prendre un pas de recul », souligne M. Hébert-Sherman.

Repenser les évaluations

Selon lui, c’est une occasion de repenser la pédagogie : pas de manière bureaucratique, mais plutôt philosophique ou sociale. « Est-ce qu’il y a d’autres façons d’évaluer les étudiants ? Qu’est-ce qu’on évalue et comment ? », demande-t-il. « Si une machine peut le faire, peut-être que ça sous-entend qu’on peut aller chercher des tâches plus complexes pour évaluer les étudiants. »

Une des questions les plus importantes selon l’enseignant est comment cet outil affectera leurs compétences de littératie de base. « On est retournés rapidement vers le papier et le crayon. Mais est-ce vraiment une solution à long terme ? Je ne pense pas », croit M. Hébert-Sherman.

Éventuellement, on va trouver des utilisations intéressantes de ces outils. On peut penser à l’arrivée d’internet qui a créé un choc dans le milieu de l’éducation. Ou encore à Antidote, qui a aussi demandé une période d’adaptation, indique l’enseignant. « Le numérique, c’est ça. Au début, on ne sait pas trop comment le prendre. Mais au fil du temps, des usages vont se créer », souligne-t-il.

« Ce robot conversationnel nous remet dans un moment où les normes, les habitudes et pratiques sont en train de se transformer. Oui, il faut s’adapter, mais il ne faut pas aller à une vitesse folle, la même que celle induite par la Silicon Valley », soutient l’enseignant.

Recherche avec Wikipédia

Dominic Hébert-Sherman travaille actuellement sur une recherche concernant les effets d’un dispositif pédagogique utilisant Wikipédia sur le développement des compétences informationnelles et la motivation des étudiants. En d’autres termes, le chercheur « essaie de voir si le fait de faire contribuer les étudiants à l’encyclopédie Wikipédia permettra de développer leurs compétences ».

« On est tous soumis à une quantité énorme d’informations chaque jour. L’hypothèse, c’est de savoir si on est capable de s’y retrouver. Quel source serait la meilleure ? », explique Dominique.

Cette recherche est en lien avec l’intelligence artificielle. Il donne l’exemple de Google. Lors d’une recherche, la plateforme propose les meilleures sources selon elle, mais ça ne veut pas dire que ce sont les meilleures. « C’est la même chose avec un robot comme ChatGPT. Il faut que les étudiants deviennent critiques par rapport à cela », dit-il. Comment on reçoit et critique l’information : c’est une question qui intéresse le chercheur.


Bon à savoir

Le Cégep de Saint-Jérôme a un balado qui partage des « rencontres avec des défricheurs du milieu collégial qui osent plonger dans le monde numérique et qui partagent leur expérience, leurs apprentissages et leurs réflexions quant à la place du numérique dans nos vies ». L’animateur et technopédagogue, Edouard Morissette, anime les épisodes et reçoit différents invités. Dominic Hébert-Sherman a participé à l’un d’eux concernant ChatGPT.

Pour plus d’informations, visitez le site web du balado. 

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