L'écrivain François Landry relate son quotidien à l'écart, dans la forêt laurentienne. Courtoisie
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Le sang des arbres : journal d’une vie à l’écart

Par Simon Cordeau

« Mes Laurentides, c’est d’abord et avant tout un accès libre au paysage. C’est l’idée qu’on puisse déambuler en des lieux qui sont ouverts à toutes et à tous. Et qui permettent de se replonger dans un univers duquel, inexplicablement, on s’est beaucoup coupés », explique l’écrivain François Landry.

Pour apprécier cette nature, M. Landry est devenu propriétaire d’un lot, à Saint-Rémi-d’Amherst, il y a une vingtaine d’années. Depuis, il travaille à aménager et à mettre en ordre ce terrain forestier « qui était très mal en point quand je suis arrivé ». Toute l’année 2022, il a tenu un journal de bord de son labeur et de « sa vie à l’écart », qui est devenu l’ouvrage Le sang des arbres. « Ce sont des observations au rythme de mon décor immédiat : les oiseaux, les arbres, les plantes, des espèces de toutes sortes, que j’essaie d’encourager ou de freiner. »

Il y relate aussi le passage du derecho, en mai 2022, et ses conséquences « tragiques » qui ont « massacré 14 ans de travail ». « Le drame dans tout ça, c’est que les arbres qui ont le plus souffert, c’étaient les plus verts, les plus déployés, les plus en forme. Ç’a été très pénible. »

Écrire la nature

Le sang des arbres s’inscrit dans la tradition du « nature writing », un courant littéraire influencé par l’Américain Henry David Thoreau et son ouvrage Walden ou la Vie dans les bois (1854). « Ç’a parti un mouvement pré-écologiste. Les gens acceptaient de scruter leur environnement naturel sans passer par un discours d’ordre scientifique pointu, comme la botanique ou la biologie. C’est un accord entre la littérature et l’observation de la vie sauvage », explique M. Landry.

Pour l’écrivain, le détonateur a été un article de La Presse où des éditeurs expliquaient quels manuscrits étaient recevables ou non. « L’un d’eux disait : « Sitôt qu’un manuscrit commence par la météo, nous on tasse ça » ». Mais dans son journal, M. Landry écrit : « Dans le bois comme à la campagne, la météo règle notre sort, bel et bien. D’elle dépendent les gestes qu’on peut accomplir ou pas. »

L’auteur voit aussi une contradiction inhérente à l’écriture de son journal. Lors du derecho par exemple, il veut rendre compte du travail à faire. « Mais dehors, ça urge. L’écrire me retarde. Et à d’autres moments, durant les jours froids de janvier, j’ai du temps pour écrire, mais il n’y a strictement rien à dire », illustre-t-il.

Vivre à l’écart

À travers son journal, M. Landry témoigne aussi de sa vie à l’écart, de ses défis particuliers, et de ses petites joies. « Vivre volontairement à l’écart de mes semblables, ça nécessite une petite explication. Il y a six ou sept générations, c’était encore normal de vivre en forêt, en campagne. Alors qu’aujourd’hui, c’est presque devenu un refus d’hurler avec la meute. C’est presque un choix politique », explique-t-il.

Selon lui, les Laurentides sont aussi vastes que variées. « Pour moi, il y a plusieurs Nord. Je ne vois pas beaucoup de rapport organique entre Saint-Sauveur et Boileau, la municipalité à côté de chez nous. Ou entre le village de Mont-Tremblant et le village que j’habite, Saint-Rémi-d’Amherst. À mes yeux, ce sont des entités sociales en soi, coupées les unes des autres. » À Saint-Rémi, le tissu social est surtout composé de « villageois de vieille souche », décrit M. Landry.

Lorsqu’il écoute les médias, il a l’impression que sa réalité, celle de vivre en campagne, est très peu représentée. « Quand j’écoute le pitch de la culture montréalaise, un aperçu de ce qui est important de connaître et de savoir, comme habitant de l’arrière-pays, je ne m’y reconnais pas pantoute. Le rapport à la vie, et même à la survie, est complètement différent si on est un rat des villes ou un rat des champs. »

D’ailleurs, l’auteur confesse être devenu « allergique » aux milieux urbains. « Une fois par semaine, je dois traverser toute la région métropolitaine [pour enseigner en Estrie]. Et pour moi, c’est l’expression même de tout ce que je fuis aujourd’hui. » Il préfère le silence et l’absence de distractions que lui procurent les Laurentides.

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