Camp Bruchési

Par Ève Ménard (journaliste de l'initiative locale)
Camp Bruchési
À gauche, Photo prise au camp Bruchési en 1930. À droite, Photo d'une saison passée au camp Bruchési (Photo : Archives )

De la Tuberculose à la Covid-19

Le camp Bruchési situé à Saint-Hippolyte possède une histoire particulière : Il a été fondé en 1928 dans le but original d’aider à combattre la tuberculose, maladie pulmonaire qui sévissait durement à Montréal, en raison de la densité de population, et emportait beaucoup d’enfants. Ainsi, le camp possède aujourd’hui des installations propices à limiter les risques de propagation de la Covid-19 cet été. Le directeur, Nicolas de Lorimier, et son équipe préparent actuellement l’ouverture des camps de jour tout en continuant d’insister afin que leur situation soit évaluée de manière individuelle par rapport au camp de vacances.

 

Nicolas de Lorimier, directeur du camp Bruchési à Saint-Hippolyte. Photo : Courtoisie

D’entrée de jeu, le directeur souligne, lors de l’entrevue du 28 mai dernier, que les coordonateurs en sont présentement à travailler sur les plans de formation pour les animateurs. « Nous sommes chanceux parce que depuis un certain temps, nous mettons énormément d’efforts dans le recrutement ce qui fait que pour une année comme celle-ci, ça rapporte ». Nicolas précise que les embauches pour l’été sont majoritairement terminées.

Un appui financier essentiel

Au camp Bruchési, il y a non seulement un camp de jour, mais aussi un camp de vacances. À la suite des annonces du gouvernement, ce dernier ne pourra pas être en opération cet été, résultant en des pertes monétaires importantes. De plus, la fermeture des écoles a aussi engendré l’annulation et le remboursement de nombreuses sorties scolaires. « Actuellement, une journée comme celle-ci, nous recevrions 300 enfants. Nous commençons donc en retard avant même d’avoir débuté l’été. Le camp de vacances sera fermé alors nous devrons être en mesure de faire nos frais seulement avec le programme du camp de jour. »

Le directeur dit justement attendre impatiemment les annonces en terme d’aide financière octroyée par le gouvernement provincial. « C’est ce qui fera la différence entre un été où on gratte les fonds de tiroir pour arriver à la fin ou d’un été qui peut être profitable et nous permettant d’avoir d’autres saisons au camp Bruchési. »

Un travail d’adaptation

Parmi les mesures demandées, il y a bien entendu une réduction assez importante du ratio d’enfants par moniteur. Or, ce n’est pas la consigne qui demande le plus d’adaptation pour le camp de Saint-Hippolyte alors que son directeur explique qu’en oeuvrant dans un milieu de camp de vacances, certains ratios étaient déjà plutôt serrés. « Où ça devient plus difficile, c’est en raison du fait que les groupes doivent être fixes le plus possible au cours de l’été. Et avec préférablement les mêmes moniteurs tout au long de l’été. […] C’est plus difficile parce qu’au niveau des horaires, cela implique qu’il y a des journées plus longues pour les animateurs. »

Un milieu favorable

« Tout a été construit ici avec cette idée en tête des grands espaces, des très grands bâtiments », explique Nicolas de Lorimier au sujet de l’historique de l’endroit. Il souligne que le camp et ses bâtiments sont extrêmement bien adaptés au nouveau contexte des camps de jour pour la saison estivale. « On nous demande d’avoir des salles très vastes et bien aérées, de grands espaces extérieurs pour que les enfants puissent faire des activités, faciliter les déplacements afin que les groupes ne se croisent pas. Pour toutes les mesures qui nous sont demandées aussi en terme de sécurité supplémentaire pour le camp de jour, nos bâtiments déjà en place nous rendent la tâche un peu plus facile que d’autres organisations en milieu urbain, par exemple ».

C’est aussi pour cette raison que le directeur est présentement en contact avec le cabinet du ministre déléguée à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, afin d’explorer une possibilité d’évaluer individuellement la réalité du camp Bruchési dont les installations répondent au contexte de la pandémie. « Ce qu’on demande, ce n’est pas nécessairement la réouverture du camp de vacances dans son aspect traditionnel des services comme on le connait – alors que les enfants viennent pendant une semaine et retournent ensuite à la maison. Nous sommes à préparer quelque chose qui ressemble davantage à un groupe sélecte d’enfants qui proviendraient d’une région fixe et seraient là pour un séjour prolongé. Actuellement, ça n’a pas encore été présenté. Nous travaillons à avoir quelque chose de clair, précis, distinct pour que ce soit facile d’apporter le projet à la Santé publique parce qu’au final, c’est la Santé publique qui tranchera et c’est bien correcte. »

Nicolas de Lorimier souhaiterait aussi pouvoir accueillir au camp des enfants provenant de milieux à risque. « Pas à risque de contagion », précise-t-il. « Plutôt au sens d’une famille dans laquelle les deux parents travaillent en CHSLD et n’ont accès à aucun service de garde d’urgence pour l’été. De retirer l’enfant de la famille, ça soulagerait les parents, ça leur enlèverait un stress et pour l’enfant aussi. » Le directeur explique même qu’à l’époque de la fondation du camp, celui-ci avait été littéralement séparé en deux par une forêt. À l’époque, alors que l’Église gérait le camp, il s’agissait d’une mesure permettant de séparer les filles et les garçons. Aujourd’hui, elle pourrait permettre de séparer des groupes d’enfants afin d’éviter la propagation. « Actuellement, nous pouvons imaginer avoir un projet avec des jeunes qui proviennent de milieux à risque d’un côté du camp et le camp de jour régulier, de l’autre côté. Les enfants ne se croiseraient tout simplement pas durant la journée », affirme Nicolas de Lorimier.

 

Le camp Bruchési et l’histoire de sa création

Traversée des filles entre les années 1930 et 1935. Photo : Archives

« Malheureusement, la tuberculose fait de plus en plus de ravage chez une grande majorité d’enfants issus de milieux défavorisés.  L’Institut Bruchési de Montréal [fondé en 1911 et offrant des services spécialement pour des enfants souffrant de la tuberculose]  tente alors des expériences de camps de santé gratuits d’une durée d’une semaine à Montréal (parc Maisonneuve), puis à partir de 1925, à Oka. 

Selon eux, l’hébergement au grand air sous la tente, les exercices en plein-air et la nourriture saine et abondante favorisent la non-contagion et possiblement la guérison de cette maladie.

Heureux des résultats obtenus, l’Institut se met à la recherche, à l’extérieur de la ville, d’installations pour fonder un camp de plein-air estival permanent. À l’été 1927, elle loue quelques chalets rudimentaires du camp de la Congregation of Christian Brothers, au lac Écho, à Saint-Hippolyte, où l’environnement sain s’avère très profitable », écrit Antoine Michel LeDoux.

Source : Antoine Michel LeDoux, historien, chercheur et auteur, Page d’histoire du camp Bruchési, avril 2020.
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