Ces filles-là

Par Eric-Olivier Dallard

Des trésors des Laurentides

Josée Pilotte, l’éditrice, aussi connue sous le ludique diminutif de «Jopi», a été invitée à participer la semaine dernière à un événement rassemblant 1000 femmes dans une galerie d’art de Montréal, 1000 femmes qui ont «façonné le Québec d’aujourd’hui et celui de demain». Elle était aux côtés de gens comme la journaliste et auteure Denise Bombardier, l’animatrice Johane Despins, la ministre Monique Jérôme-Forget, la comédienne Suzanne Clément…

Impressionné, le rédac’chef? Beaucoup.

Surpris? Pas le moins du monde.

Doublons même la mise, ne parlons pas de «1000 femmes» mais de «1000 personnalités»; elle en aurait toujours été, Jopi.

Un aparté, comme ça: vous lisez les pages économiques des quotidiens, vous? Croyez-en quelqu’un qui a aimé passionnément voyager, qui a connu plus d’une trentaine de pays, sur trois continents, qui a aimé passionnément la rencontre de l’Autre: il existe peu de meilleures façons d’aborder un lieu, de s’y préparer, que par le biais de ces pages-là; tout y est dit – les champs d’intérêt d’une population, sa relation à la culture, sa géographie, sa politique concrète, ses idéaux, son niveau de vie, ses «points de rupture», ses «points de suture»…

Donc, z’avez lu cette semaine? Rupert Murdoch, figure (re)connue du monde de l’édition américaine et principal actionnaire du groupe de presse News Corp, veut mettre la main sur le groupe Dow Jones, dont le joyau est le Wall Street Journal. Son offre? «Très surévaluée», considère le gourou de l’économie Warren Buffet. Murdoch, il s’en fout: il veut le Wall Street, quel que soit le prix. Pourquoi? Parce que posséder un média – et plus encore, un média écrit – revêt un capital de séduction élevé, rarement égalé dans le monde de la finance. Murdoch est donc prêt à payer. Cher. Trop. Les éditrices Mary-Josée Gladu et Josée Pilotte, elles n’en ont pas acheté, un journal. Elle en ont créé un. Celui que vous tenez entre vos mains.

Vous avez beaucoup de chance, savez-vous?, lecteurs laurentiens. Comme rédacteur en chef, j’ai connu cinq éditeurs et quatre journaux. Et je peux vous dire que ces femmes-là, Mary-Josée et Josée, marient, semaine après semaine, à une expérience et une maîtrise concrètes du monde de l’édition, un jugement sûr, qui emprunte à l’instinct, à l’intuition; qui relève, en fait, un peu de la vocation… Une façon de vivre «son journal et sa région» qui tient, disons-le, du «don».

Mais… et c’est là toute la beauté de la chose, un don, une vocation, vécus avec discernement; en fait, elles ont réusi là où j’ai vu beaucoup de gens d’affaires échouer: elles ont conservé le sens du jeu (les gourous-psycho-pop parleraient de la «capacité à s’émerveiller» ou un truc du genre); elles ont gardé aussi, intacte – peut-être même grandie – une passion pour leur travail, leurs partenaires, leurs collègues. Leurs lecteurs.

Elles savent que dire n’est pas un droit; c’est un privilège. Elles savent aussi que le temps que les lecteurs nous accordent est important, précieux; qu’il est d’autant plus important de leur donner une information solide, une information qui leur donnera un «pouvoir» comme citoyens laurentiens, celui que confère la connaissance. «Il faut leur en donner pour leur temps…»
«Accès, avec des dossiers comme celui de cette semaine, par exemple, contribue à améliorer les choses, à rendre le monde meilleur», me disait Clément Cardin, le maire de Piedmont, à propos de notre dossier de couverture de la semaine dernière («Ouverture du Parc linéaire – Champêtre?»). C’est très exactement cela que je veux dire. Savez-vous le courage, l’audace… la générosité, que cela suppose de la part d’un éditeur de traiter certains dossiers dans une région comme la nôtre? (voir, à ce sujet, mon autre texte en page 7, Accès blanchi par le Conseil de presse – Une histoire de censure)…

Enfin, quand je les ai vues revenir d’un rendez-vous, la blonde et la brune, dans la décapotable de Mary, cheveux au vent, toutes deux tellement printanières, je me suis redit combien je les trouve belles.

Je me suis redit combien j’étais chanceux, sans doute autant que vous, lecteurs, de les avoir ici. Je n’ai jamais travaillé pour des entreprises; toujours pour des personnes. Pour le fric, un peu; pour la liberté et la confiance, surtout. Pour ce petit miracle qui se produit quand les visions s’accordent, quand les idées concordent. Quand les chemins se trouvent.

Merci pour l’aventure, les filles.

Merci pour le chemin.

Ces gens, des millions,

peuvent-ils se tromper?

Tu y vas un peu vite et un peu fort pour dénoncer Le Secret, Jopi. Tu t’en prends principalement au phénomène de masse (plus qu’au message ou au principe) que (re)présente la chose. Tu t’en prends au marketing qui y a présidé, à ce mouvement de masse. Je te dirais deux ou trois trucs. Le marketing ne peut pas tout. Rappelle-toi, juste un exemple bien québécois (je pourrais t’en citer des dizaines): Les Dangereux. Une merde, avec Véronique Cloutier et Stéphane Rous­seau. Un «navet», écrirait notre chroniqueur cinéma, Desjardins.

Le «marketing» a bien essayé de l’enfoncer dans la gorge du public à coup de vedettes, de panneaux d’autobus, de making of présentés à heures de grande écoute. Résultat aux entrées? Un flop. Guichets déserts.

Marketing = 0.

Public = 1.

Alors, suis ma logique Josée: que des millions de personnes trouvent quelque chose au Secret, y dégotent une réponse, aussi simpliste puisse-t-elle te paraître, aussi évidente qu’elle te semble, cela signifie quelque chose. Ne serait-ce que la recherche d’un certain «positivisme» (au sens populaire du terme, on m’aura compris).

Les bouées et les béquilles sont précieuses, lorsqu’elles ne sont pas de celles qui détruisent plus qu’elles ne construisent. Elles sont précieuses, et plus que jamais depuis que nos religions occidentales ont rendu les armes.

Même le Doc Mailloux, portant grand parpaillot «devant l’Éternel» (!), athée «confirmé» (!!), ne raillait pas les références à Dieu d’un alcoolique, quand ces références avaient été déterminantes dans la «rédemption» (!!!) de l’ivrogne (s’en remettre à une «force supérieure» est l’un des credo du mouvement A.A.)…

Les bouées et les béquilles sont précieuses.

Et la quête devrait être, sinon admirée, à tout le moins respectée.

Le Secret? L’on sait bien qu’il n’y en a pas.

Aime.

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