À l’urgence

À l’urgence
Mimi Legault
Chroniques

La chronique à Mimi

par Mimi legault
mimilego@cgocable.ca

 

17 h 35. Mon amie Marie et moi (elles se nomment toutes Marie pour les besoins de la cause) franchissons le seuil de l’hôpital à Ste-Agathe, direction l’urgence. Pourquoi tairais-je le nom? Tout le personnel a été professionnel. Absolument rien à redire. Ce sont les conditions dans lesquelles ces gens travaillent qui déshumanisent l’endroit. Ça faisait un bail que je n’y avais pas mis les pieds. Marie souffrait, top-10. Problème de tuyauterie. D’abord, passer au triage. Celle qui devait logiquement s’y trouver brillait par son absence. Selon ce que j’ai pu comprendre, elle s’occupait ailleurs d’un autre cas. « Mais combien êtes-vous au triage? » « Une seule, Madame », m’a-t-on répondu.

Donc, pendant que Marie, blanche comme un cierge de Pâques, souffrait le martyre, il a fallu attendre 35 minutes pour qu’on la rentre dans le système.

Constatant l’urgence de son état, on l’a alitée dans une salle d’observation où une simple vitre séparait la vie de la maladie. D’un côté, des abeilles infirmières rivées à leur écran de travail. Bureaucratie oblige. De l’autre, des patients pas toujours patients à qui on apportait le plus de soins possible. Un zoo. C’était à se demander de quel côté lancer des peanuts. Comme on est loin de son pays quand on se retrouve dans une jungle!

Seuls des rideaux protégeaient l’intimité de chacun. Même qu’on pouvait entendre le voisin changer d’idée. Et là, des vertes et des pas mûres, il y en eut. « Mme Robert (nom fictif bien sûr, elles ne peuvent pas toutes s’appeler Marie), c’est la troisième fois que vous venez pour votre emphysème, mais vous n’avez pas encore arrêté de fumer. » Voyez? Certaines gens vivent leur vie comme si elles en avaient une autre en réserve. « M. Lizotte, votre dentier flotte! » Et pendant qu’untel mangeait ses rôties tant désirées après une journée de jeûne, celui d’à côté subissait bruyamment un lavement là où le dos perd son nom.

La cantine était fermée. Je me suis rabattue sur les réfrigérateurs du fond qui offraient des sandwichs. Une dame fort gentille a voulu m’aider, mais au lieu du poulet commandé, je me suis retrouvée avec un sandwich au baloney. Ma mère disait : du saucisson de bologne. N’empêche Maman, on peut changer le nom, mais jamais le goût. Comme disait mon ami Robert : « Tu prends une bouchée, t’en rotes trois. Excusez-la… ». L’estomac vide, je suis donc revenue aux côtés de Marie qui gémissait de douleur. Les infirmières avaient toujours la même réponse : elles ne pouvaient soulager la patiente avant qu’un médecin ne l’ausculte. Ai-je bien écrit « un »? Eh oui! Il y avait un seul médecin dans toute la cabane pour soigner des dizaines de personnes.

En passant, je plains le médecin qui viendra me conseiller de prendre du repos alors que c’est exactement ce que j’ai fait pendant des heures! Ou un autre qui affirmerait que j’ai trop attendu avant de venir le consulter! Le temps, ce grand guérisseur? Mettez-en. Ça fait longtemps que nos élus l’ont compris.

Impuissante devant les souffrances de mon amie, je me suis mise à cogiter. Il n’y avait rien d’autre à faire. Là, les belles promesses ont surgi : je me suis juré dorénavant de ne plus vapoter, de ne plus siroter d’apéro même avec modération, de prendre mon Bio-K chaque matin, de ne jamais toucher au pot à Justin et de recommencer mes marches quotidiennes maintenant que l’hiver tirait à sa fin.

Assise sur une chaise droite, au bout du lit, j’étouffais. Ça sentait l’éther, le désinfectant, le drap humide. Je trouvais l’air vicié, il aurait fallu le faire bouillir avant de le respirer.

Et puis, j’ai pensé au Dr Barrette. Je ne sais pas pourquoi, mais du haut de son podium, j’ai toujours l’impression de le voir léviter. On ne lui donnera certes pas la bascule pour sa façon de gérer. Quand un médecin est ministre de la Santé, il arrive qu’il pense davantage à lui, à son portefeuille et à ses pairs.

Au moment où j’écris cette chronique, rien n’est fait du côté des infirmières pour alléger leur tâche, mais avec les élections à l’horizon, mon petit doigt me dit que le sieur Barrette n’aura pas le choix.

Si, un jour, on érigeait une statue en son honneur, j’espère que les pigeons feront bien leur travail. Mais Barrette et les urgences ont un point en commun : ils ont toujours les derniers « maux »!

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1 commentaire

  1. danielle

    15 mars 2018 à 16 h 45 min

    que cMest don vrai cette visite a l’urgence guidée…j’ai tout vécu cela il y a 2ansetdemi…ca pas changé…c,est notre Zoo des Laurentides. moi j’jappelais ca Bagdad..ah! ah! excusez les fautes de frappes, perdu mes habitudes de secrétaire..almost 80 later this current year..Félicitations pour votre humour, moi aussi je tourne beaucoup les situations dramatiques en ca me dit d’en rire…continuez a en écrire…on va vous lire..

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