Assez FCKD UP merci  

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Jean-Claude Tremblay
Chroniques

Chronique d’un X

par jean-claude tremblay

jctremblayinc@gmail.com

Je suis encore troublé par le décès d’Athena Gervais, retrouvée sans vie le 1er mars dernier, derrière son école secondaire à Laval. Âgée d’à peine 14 ans, elle a succombé à la publicité « Passez de zéro à party en quelques gorgées », promesse sans scrupules de la compagnie québécoise Geloso, qui commercialisait le dangereux liquide sucré, de presque 12 % d’alcool. Les policiers parlent d’une mort accidentelle — on raconte que la jeune âme aurait chuté dans un ruisseau, après avoir consommé la boisson de marque FCKDUP, tireuse d’élite de neurones.

Suite à l’indignation populaire, le géant Couche-Tard a annoncé le retrait de ce produit de ses tablettes. Quelques jours après la décision de son principal distributeur, le fabricant Geloso lui-même a décidé d’arrêter la production de sa marque FCKDUP. Cette compagnie de boissons alcoolisées avait même poussé l’audace et fait fi de toute éthique en affichant des publicités près des dépanneurs et, surtout, en face des écoles secondaires. « Une canette = 4 verres! », voilà ce que disait la pub attrayante pour nos jeunes écoliers, mineurs et vulnérables.   

Dans son communiqué de presse, la compagnie Geloso a tout fait sauf s’excuser. Digne d’un document de propagande, le contenu verse avec lâcheté dans le nationalisme ethnique pour tenter d’influencer l’opinion publique. Elle s’y vante d’être enracinée au Québec et d’avoir 400 employés, pour ensuite blâmer, à mots à peine couverts, son rival américain Phusion Projects, le qualifiant de « concurrent étranger » qui est venu s’installer sur « son » territoire. En pointant du doigt l’entreprise qui produit la Four Loko, essentiellement le même genre de bombe à retardement alcoolisée qui vise les jeunes, le groupe Geloso a osé dire que si ce n’était pas de lui, l’Américain, il n’aurait jamais fabriqué la boisson en question (laissant planer que la FCKDUP a été créée pour répondre à cette concurrence, et pour ne pas perdre de parts de marché).

Wow, après un mort et nombre de jeunes patients envoyés aux urgences en état de coma éthylique, c’est ahurissant d’entendre ça – vous devriez avoir honte. Chers irresponsables, tout ce que vous auriez dû dire c’est « We FUCKED UP, et on s’excuse ». Ça n’aurait pas ramené l’enfant à ses parents, mais ça aurait été un pas dans la bonne direction.

Rassurez-vous chers lecteurs, les Américains ne sont pas en reste. « … Il faut intensifier les efforts d’éducation, appliquer plus rigoureusement les lois existantes et encourager la responsabilité personnelle et parentale. » Ça, c’est la réponse du fabricant de Four Loko basé à Chicago, la PME Phusion Projects – tristement pathétique.

Il ne s’agit pas ici de se mettre la tête dans le sable et d’ignorer le fait alcoolisé; il s’agit plutôt de leadership et de prise de position claire de l’État qui, je le rappelle, n’est que le représentant de notre société. Mon premier cocktail explosif s’appelait Peach Schnapps, et ce n’est pas dans la convivialité d’un dépanneur que je l’ai déniché, mais dans la plus totale des cachettes, au fond de l’armoire à boisson de la mère d’un ami que je l’ai trouvé. Dire que l’on se gardait une p’tite gêne à cette époque serait un euphémisme. Le message n’était pas « fumez et buvez en paix », mais plutôt « touche pas, c’est pas pour toi ». C’était tentant, certes, mais pas mal plus compliqué et certainement pas endossé par le gouvernement.    

Les produits alcoolisés sucrés du type Four Loko et FCKDUP sont aux boissons ce que les AK-47 sont aux armes : des fusils d’assauts semi-automatiques conçus expressément pour détruire. On est bien loin de la bière Laurentide du grand-père, et de la carabine à deux coups de type .410 qui servait à chasser le petit gibier pour nourrir la famille.   

Alors qu’Éduc’alcool et les médecins condamnent sans détour, les instances gouvernementales, elles, tergiversent comme toujours. Attendez, je vous résume. Le gouvernement du Québec…? Il renvoie la balle à la SAQ, car il s’agit d’une décision commerciale! Et la SAQ…? Elle attend le résultat du projet de réglementation… du gouvernement du Québec! Le gouvernement du Canada…? Il renvoie à Santé Canada. C’est bon, cette instance s’en occupe : elle vient d’annoncer un « projet » de « consultation » pour « discuter » de ce qu’il faudrait faire.

Peut-être qu’avec tout ça, notre hymne national devrait être chanté par Zachary Richard – car avec lui, au moins, on n’aurait pas besoin d’une table de concertation pour comprendre que l’arbre est dans ses feuilles.

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