Les nouveaux papas

Les nouveaux papas
Jean-Claude Tremblay
Chroniques

Chronique d’un X

jctremblayinc@gmail.com

Du latin papa, du grec pappas, aussi décrit de manière plus que douteuse par le Larousse : « Interpellation affectueuse adressée à un homme d’un certain âge », ouf, ça commence fort ! Enfin, pour moi, ce mot est surtout synonyme de qui j’ai jadis côtoyé, et de celui que je suis devenu au fil des années.

Fête des Pères oblige, je me suis questionné sur ce nom connu dans virtuellement toutes les langues. Dans la Rome antique, déjà on parlait du Pater Patriae, le père de la patrie – il était synonyme de protecteur, voire de sauveur. Aujourd’hui, le rôle a bien changé, sa symbolique aussi, sans compter ce qu’il signifie – il n’est peut-être pas moins important, mais est sorti complètement transformé avec le temps.

Redéfinir la relation avec « le père »

The Guardian rapportait qu’en Finlande, les pères passaient dorénavant plus de temps que les mères auprès de leurs enfants. Le récent article du célèbre journal anglais est assez indicateur d’un changement de paradigme sur le plan mondial. Déjà lorsque j’étais enfant, les choses étaient bien différentes.

À l’école, pendant que les amis jouaient au ballon et au drapeau, sujets de prédilection de leurs cours moraux, moi j’ai grandi catho, étudiant assidûment le petit cahier bleu, avec dessus ses nombreux poissons religieux. Des pères à l’époque, j’en avais deux, le mien et Dieu – deux figures d’autorité, que je devais respecter. Mon image de celui avec la grande barbe blanche debout sur un nuage, est encore limpide. Son regard me faisait peur, et ses sourcils étaient dévastateurs – je me souviens même qu’il avait le pouvoir de m’envoyer en enfer! L’autre était une force d’autorité plus tranquille, je l’écoutais pour des raisons résolument différentes, par respect, plutôt que par décret.

Entre le Soldat Lebrun, Bigflo, et Oli

J’ai été élevé entre Mille après mille  et Le vingt cents de Valcartier, et maintenant, je kiffe la chanson Freestyle du dico, que fiston m’a présenté. Je vous ai perdu? Normal, 75 ans séparent les chansons auquelles je fais référence. Ce nombre d’années, c’est un monde en soit, intercalé de 1001 révolutions, tant langagières, culturelles que technologiques. Parfois, je sens le devoir d’en parler et de rassembler, en me donnant le rôle d’agent liant pour les générations de notre société – tout ça, je le dois beaucoup à feu, mon padre.

Mon père, un homme né en pleine crise de 1929, me chantait la célèbre chanson du Soldat Roland Lebrun. Une pièce colorée et mélancolique à souhait, qui parlait des aléas de la vie d’un travailleur « Canayen français » de l’époque, qui chaque jour, devait aller au boulot « malade ou bien », comme le disait la chanson.    

Aujourd’hui, eh bien c’est mon fils, cuvée 2007, qui me chante les succès du groupe de musique Bigflo & Oli. Pour ceux qui comme moi au départ, ne connaissait pas le duo de jeunes chanteurs, disons que ce groupe de hip-hop français composé de deux frères est un phénomène planétaire : plus de 124 millions de personnes ont visionné la vidéo de leur plus grand titre, Dommage, sur YouTube.

Le groupe a récemment sorti une chanson qui s’appelle Papa, qui sans effort, a réussi à m’extirper des larmes pesantes, et volubiles. Dans la vidéo, on voit les deux jeunes hommes qui font une surprise à leur père, en lui annonçant qu’ils allaient tous les trois partir pour un voyage-surprise en Argentine, afin de renouer avec les racines familiales.

Je me vois… partir avec mon père et son petit fils, tous les trois en direction de la ruée vers l’or ancestral, dans son Val-d’Or natal – rêve inachevé certes, mais du haut du firmament, je sais que fièrement, il nous guette.   

La jeunesse fait preuve de créativité dans la communication de ses sentiments, ce qui est porteur d’espoir et éminemment rassurant. J’ai été élevé par un de ces pères qui comme la chanson de Bigflo & Oli le rappelle, disait « je t’aime », sans même parler. Aujourd’hui, les câlins avec les pères sont coutumiers, et jamais il n’y en aura assez. Je ne sais pas à quoi les nouveaux papas vont ressembler, mais à tous ceux qui sont, et à ceux qui le deviendront, dites à vos enfants que vous les aimez, à votre façon, et sans jamais hésiter.

PS : Tant que vous y êtes… apprenez vous aussi à recevoir les « je t’aime papa » bien placés  – vous verrez, c’est un art à développer, un qui a le pouvoir de guérir et soulever. Profitez, car vous le méritez.

 

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