Vol au dessus d’un nid de vipères

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Chroniques

Aéroport de Mirabel

La région frémit encore à l’évocation de l’aéroport de Mirabel, et on reparle de son histoire aussi bien que de l’histoire de la ville elle-même. Il est vrai qu’avec le recul, la proximité du sujet, et la silhouette de la tour de contrôle que l’on distingue distraitement en allant à Montréal, il est difficile d’oublier ce morceau de notre vie.

Pour ce qui me concerne, je pense être parmi ceux, nombreux, qui ont vécu l’alpha et l’oméga de la courte vie de l’aéroport de Mirabel. Je l’ai utilisé la première fois en décembre 1974, et une dernière fois avant sa fermeture trente ans plus tard.

 

Trois moments importants sont significatifs: la fierté de l’ouverture de la plus grande zone aéroportuaire du monde, la fréquentation de cet outil unique, et le coup de tonnerre de l’annonce de la fermeture.

 

Jeune étudiant en aménagement, je voyais cette création comme une chance unique de propulser la métropole, même si la taille me laissait perplexe. L’expérience m’a prouvé par la suite que les grands gestes ambitieux n’accouchaient pas forcément de bébés éléphanteaux blancs.

 

L’usage de l’équipement m’a prouvé aussi qu’on pouvait innover en matière d’organisation des transports aéronautiques. Vivant dans la région, jamais ne s’est posée la question de l’accessibilité; vingt minutes pour rejoindre le stationnement de l’aéroport nous rapprochant du rêve de tout voyageur.

 

Enfin la grande tristesse d’apprendre qu’il allait falloir désormais revenir à cette horreur sombre et typiquement américaine de Dorval. Dont on disait qu’il fallait l’agrandir par l’intérieur, avouant ainsi se jeter dans la résolution de la quadrature du cercle. Revenant dimanche soir d’un voyage, avec mes amis, nous avons encore expérimenté la fameuse jetée internationale, que nous nous sommes tapée depuis le bout: un bon kilomètre. En évoquant avec regret la différence avec Mirabel, où «l’aérobus» nous déposait quasiment devant la guérite de l’immigration.

 

Hélas, l’initiative du gouvernement fédéral de créer ce bel objet a peut-être été tempérée par les ardeurs indépendantistes du Québec. A quoi bon offrir à ces renégats un outil performant? Je dis «peut-être» car laisser le gouvernement provincial se débrouiller ensuite avec les infrastructures était un moyen inélégant de tuer dans l’œuf un tel développement. Effectivement, ce qui a fait mourir l’aéroport de Mirabel, ça a été son isolement. L’autoroute 13 qui finit à quelques encablures des pistes, les projets de trains qui se succédèrent sans voir le jour, tout ceci a fini par donner du grain à moudre aux défenseurs de l’aéroport de Dorval. Que dans une ironie suprême, on a baptisé du nom du plus grand ennemi du Québec souverain. Mais dont les initiales en français sont un retour à l’envoyeur tonitruant, qui ne couvre pas les véritables raisons de cette renonciation.

 

En tous les cas, oui, Mirabel est un échec, un gros échec qui a laissé des expropriés tétanisés, une ville bric à brac qui n’a que le nom de ville, cisaillée par une autoroute, ayant en son sein une grosse tumeur bénigne. Quelqu’un va-t-il se lever et donner enfin les vraies raisons techniques qui ont conduit à ce marasme? J’ose espérer en effet qu’aucune raison politique pertinente n’est derrière cette décision, car là, vraiment nous ferions face à un gros scandale.

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