CINÉMA – Ma fille mon ange en grande première au Pine

Par Journal Accès

Donalda revient à Sainte-Adèle!

Les artisans du film québécois «Ma fille mon ange» ont eu un privilège angoissant, mercredi dernier, à Sainte-Adèle: l’avant-première du film a eu lieu au cinéma Pine, devant un parterre composé de professionnels de l’industrie du cinéma québécois, réunis en congrès la semaine dernière à Saint-Sauveur. Mais le film fut chaudement accueilli par ce public difficile.

Ensuite, les organisateurs ont orchestré une «première mondiale», selon les mots de Tom Fermanian, propriétaire enthousiaste du cinéma Pine, qui s’est déroulée au restaurant Spago, qui terminait ses travaux de rénovation le matin même. Le film fut ensuite projeté simultanément dans deux salles du Pine phase I. Le public a fait un accueil triomphal aux producteurs, au réalisateur Alexis Durand-Brault et, surtout, aux deux têtes d’affiches Michel Côté et Karine Vanasse.

S’adressant à la foule, la comédienne s’est dit enchantée de se retrouver à Sainte-Adèle, rappelant la charge symbolique de sa présence à une autre première qui s’est déroulée au Pine, celle de «Séraphin, un homme et son péché». Michel Côté a d’ailleurs fait des blagues sur sa consommation de confitures. Karine Donalda Vanasse a répliqué qu’elle ne pleure plus en mangeant ses confitures, contrairement à la fameuse scène du film de Charles Binamé.

Michel Côté a louangé Tom Fermanian en coulisse, vantant ses qualités d’organisateur et, surtout, de vendeur. Il l’a remercié ensuite publiquement pour son accueil: «La dernière fois que j’étais ici, c’était pour la sortie de «C.R.A.Z.Y.» Les gens de Sainte-Adèle, Tom en tête, nous accueillent avec une telle chaleur!»

Le jeune réalisateur Alexis Durand-Brault a aussi félicité M. Fermanian pour son accueil: «Les conditions de projection au Pine sont parfaites. Les gens de Sainte-Adèle sont vraiment chanceux!»

Un rôle difficile

Michel Côté ne le cache pas. Penché sur le comptoir à pop-corn du Pine, il a confié à Accès Laurentides que son rôle dans «Ma fille mon ange» fut assez difficile pour lui: «Tu sais, mon registre de prédilection, c’est l’humour. Je suis plus à l’aise dans une comédie que dans un drame. Même si la comédie, c’est pas plus facile à jouer. Au contraire!»
«Les gens croient que les rôles comiques, c’est du bonbon. Mais, en comédie, si tu ne l’as pas, ça ne passe pas. Les gens le sentent immédiatement. Et ils ne se forceront pas pour rire. Mais quand tu l’as vraiment, ça a l’air si naturel! Plus t’es bon dans un rôle comique, plus ça semble facile. C’est pour ça que les comédies ne remportent que rarement des trophées.»

Cela dit, Côté, on s’en doute, a adoré son expérience. Il joue le rôle d’un avocat de Québec, très impliqué en politique, au sommet de sa gloire professionnelle, dont la fille part étudier le droit à Montréal. Cette dernière (Vanasse) versera progressivement dans le milieu de la porno sur internet. Ce qui, évidemment, bouleversera le père. Qui partira en croisade pour sa fille.
«Mettez-vous à la place d’un gars qui a élevé sa petite fille dans la ouate, reprend Côté. Elle a tout eu. Elle quitte le nid familial et s’enfonce. Moi, je n’ai pas eu de fille mais j’ai quand même trois gars. Et je suis père poule. Quand tes enfants partent pour la grande ville, le lieu de tous les vices, c’est certain que tu es inquiet. Car les occasions de pécher sont grandes dans la métropole.»

Couper le cordon

Au Spago, Michel Côté et Karine Vanasse expliquent les motivations de la jeune fille. Qui sont d’ailleurs clairement exprimées dans le film. «Les filles d’aujourd’hui vivent les mêmes émotions que les gars. Il arrive un temps dans ta jeunesse où tu veux te détacher violemment de l’emprise parentale. Tu veux faire ta place. Chez les gars, ça s’exprime souvent physiquement. Avec le personnage de Nathalie (Karine Vanasse), ça passe par une certaine émancipation: elle veut se prouver qu’elle est même capable de faire l’inimaginable. Qu’elle n’est plus la petite fille à papa. Elle a voulu couper le cordon d’une façon fracassante.»
«Ce qu’elle a vécu, ça arrive à plein de jeunes qui découvrent la vie dans la grande ville. Nathalie débarque de sa banlieue de Québec. Elle a les yeux pétillants. Elle découvre la vie nocturne dans une grande ville, son chum circule en Porche, il baise comme un dieu, elle passe devant les files d’attentes des bars branchés, découvre les grands restos, le sushi… Face à cela, Germain Dagenais (le rôle que tient Côté) fait son possible. Parce qu’il n’y a pas de manuel d’instruction pour parent. Le gars va essayer de sauver la situation. Mais, avec les enfants, peu importe ce qui va leur arriver, s’ils ont été aimés, ils finiront par retomber sur leurs pattes.»
«Moi, être à la place de Dagenais, je serais aussi allé à Montréal pour sauver ma fille», confie Côté. Du même souffle, le comédien en profite pour réitérer ce qu’il avait affirmé à Accès Laurentides au lancement de «C.R.A.Z.Y.»: il adore le cinéma, mais préfère de loin le théâtre.
«Tu sais, au cinéma, tu vas refaire la même scène deux, trois, vingt fois, avant que le réalisateur et son équipe ne soient satisfaits. À chaque prise, il faut que ce soit bon. Très bon. Parce que tu ne sais pas quelle prise sera conservée pour toujours. Au théâtre, tu joue deux semaines et c’est fini pour l’éternité. Par contre, au théâtre, c’est un long plan-séquence de deux heures et demie. Il n’y a pas de marge de manœuvre. Si tu te casses la gueule, ça paraît drôlement. Le défi est différent. Et le public te regarde. C’est une espèce de spirale: tu finis par te ramasser à la fin, fourbu mais heureux d’y être arrivé!»

Côté confie qu’il a trouvé ça plus difficile avec «Ma fille mon ange» qu’avec «C.R.A.Z.Y», deux rôle qui se ressemblent pourtant. «Dans les deux films, je joue un père qui ferait tout pour protéger ses enfants. Mais dans «Ma fille mon ange», c’est un rôle plus physique. Plus intérieur. Vous allez peut-être rire, mais ce ne sont pas les scènes les plus dramatiques qui ont été les plus difficiles à jouer. Il suffit d’une petite distraction pour que ça paraisse dans ton œil. Ça, la caméra – et le public – le voient immédiatement. Il n’y a pas de place pour l’erreur.»

Tournage sans anicroche

Alexis Durand-Brault reconnaît qu’il a méticuleusement préparé son projet, pendant trois ans, avant de donner le premier tour de manivelle. Mais le tournage s’est déroulé sans anicroche. Il a livré un film magnifique, malgré un budget plutôt en deçà de la moyenne, avec 3,4 millions de dollars.

Le réalisateur utilise diverses techniques de tournage: caméra à l’épaule, plans fixes, plans aériens. Les superbes vues de Montréal et de Québec, tournées en une seule journée par hélico, qui a coûté 25 000$, en valaient la peine, affirme le réalisateur, flanqué de son producteur, Richard Lalonde. «Ce sont de très belles images et, dès le départ, je voulais imprimer une certaine ambiance. Montrer que Nathalie s’en allait vers la grande ville. Et que nous sommes minuscules dans un tel environnement. Et, en plus, ça donne une facture léchée au film.»

Le réalisateur a multiplié les scènes floues, pour montrer les moments où la jeune femme «coupe le cordon» (pour reprendre les mots de Michel Côté). Mais plusieurs passages oppressants sont filmés avec une caméra fixe. «Je voulais que les gens sachent instinctivement où ils en sont dans le récit. Qu’ils fassent les liens. Qu’ils s’accrochent au drame.»

M. Durand-Brault en est à son premier film. Il a fait sa marque dans la publicité et les télé-séries. Comme jeune père, il ne se cache pas qu’il a voulu susciter une réflexion sur la question des rapports parents-enfants. «Humblement, si mon film provoque des dialogues entre parents et ados, j’aurai atteint un objectif. Veux, veux pas, l’hypersexualisation des jeunes filles, c’est un phénomène qui va rester. Aussi bien le gérer pour éviter les débordements malheureux. Et le seul moyen, c’est de se parler!»

Le réalisateur n’a pas voulu juger le phénomène de la pornographie ni cette industrie milliardaire, fortement implantée au Québec. Peu de gens savent que Montréal est un important centre mondial de la porno. «J’espère juste que les parents prennent conscience qu’avec internet et les web cam, la porno peut s’introduire facilement dans les chambres à coucher de leurs ados. Pas un jeune n’est à l’abri. Ce n’est pas pour rien que j’ai choisi Karine. Elle est belle, polie, cultivée. C’est la jeune fille idéale. Elle incarne parfaitement ce rôle.»

Une longue préparation

Karine Vanasse se met à nu au sens propre comme au sens figuré dans un film multipliant les passages souvent très troublants. Impossible de ne pas aborder la question de la nudité avec la comédienne. Surtout que le réalisateur la sentait quelques fois très nerveuse avant de crier «silence, on tourne!»
«Parfois, je tremblais. C’est impossible, avec un rôle comme celui-là, de ne pas prétendre que tu n’as pas d’inquiétudes avant le tournage, dit-elle. Je faisais comme si je me sentais bien dans mon corps et dans ma tête. Mais, comme comédien, tu entretiens toujours un doute: vont-ils apprécier? J’ai exprimé très tôt mes inquiétudes à Alexis. Nous avons préparé le rôle pendant plusieurs mois avant le tournage. Ça m’a rassurée.»

Karine confie qu’elle a vécu un certain stress à propos des scènes d’amour torride avec Nicolas Canuel. «Mais j’avais confiance en Alexis. Je me sentais épaulée et très encadrée. Ça s’est finalement bien déroulé, grâce à toutes ces semaines de préparation.»

Elle confie que les scènes d’interrogatoire avec un policier étaient très intenses. Le scénario entretient le doute chez le spectateur, au sujet d’un meurtre. Nathalie est-elle coupable? Karine Vanasse doit montrer sa force puis sa vulnérabilité. On sait qu’elle ment au sujet de quelque chose. Mais de quoi?

L’angoisse

Alexis Durand-Brault a terminé le film deux semaines avant son lancement. Il vit depuis dans une angoisse complète: «Le film ne m’appartient plus. Même si je vois des défauts, je ne peux rien faire! Je ne sais pas comment les gens vont l’accueillir.»

Le plus difficile, ce fut le montage, confie le réalisateur. Il disposait de beaucoup de matériel. Mais il fallait doser. «J’ai eu l’aide précieuse de mon chef monteur, Richard Comeau, un gars d’expérience. Mais ce sont des choix déchirants. Prenez la fameuse scène du strip-tease de Karine. Au début, j’avais coupé le trois-quarts. Je voulais ça efficace et, en un sens, assez pudique. Je voulais éviter que ce soit racoleur. Mais, j’ai finalement choisi d’en ajouter un peu, pour plus d’équilibre.»

Contrairement à certains réalisateurs, qui écrivent eux-mêmes leur scénario et qui n’en dérogent pas d’une ligne, Durand-Brault est ouvert aux suggestions en cours de tournage. «Pour moi, un scénario, c’est un outil. Pierre Szalowski a pondu superbe texte. Mais si un comédien me présente en angle nouveau et crédible, on va l’essayer. Quand tu es réalisateur, tu dois prendre mille et une décisions chaque minute sur le plateau. Le comédien, lui, il se concentre sur son rôle. Il a souvent une vision que le réalisateur n’avait pas soupçonné. Je prends toujours la meilleure idée. Et si ce n’est pas la mienne, tant mieux!»

Le réalisateur a multiplié les gros plans et évacué tout effet spécial de son film: «Ce n’est pas une question d’argent. Je voulais simplement aller doit au but. Être efficace. Frapper fort dans la tête des gens. Je voulais mettre les acteurs au premier plan. Il fallait éviter de me placer entre l’histoire et les comédiens. Les gens doivent embarquer tout de suite dans l’histoire.»

Il se dit très chanceux d’avoir eu à tourner un film qui est à cheval entre le drame et le thriller. Il attend désormais le verdict du public. Dans l’angoisse la plus totale!

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