CINÉMA – Un fameux coup de poker

Par Stephane Desjardins

James Bond

Que nous réserve Casino Royale, sinon un James Bond renouvelé, plus près des réalités de l’espionnage (telles qu’imaginées au cinéma, s’entend…) que de son côté Superman des derniers films. Moins de gadgets improbables (l’auto invisible, j’ai jamais accroché…). Mais aussi moins d’humour. Malgré tout, un très bon Bond, qui renouvelle positivement une série qui avait besoin d’un second souffle.

Casino Royale est le premier roman de Ian Flemming, celui qui avait imaginé le personnage. Bizarrement, le bouquin n’a jamais fait l’objet d’une adaptation bondienne au cinéma. Il y a bien cette comédie des années 70 mettant en vedette une pléiade de stars, dont Woody Allen, Peter Sellers, Ursula Andress, Deborah Kerr, David Niven et même Orson Welles. Mais pas du pur Bond.

Les producteurs de la série ont donc choisi de remonter aux origines, avec ce récit où on apprend un tas de choses: comment Bond a acquis sont statut d’agent double zéro (il faut avoir tué deux fois); comment il a fini par rouler avec une Aston Martin; pourquoi il ne fait confiance en personne; comment il fait la connaissance de Felix Leiter…
Évidemment, le film tient compte de l’univers bondien. Mais nous sommes en 2006 et la Guerre Froide est finie depuis longtemps. On évite ainsi certaines réalités proches du personnage du passé. On parle désormais de terrorisme et de blanchiment d’argent.

Cela dit, ce Bond est plus sombre, moins ludique que les opus précédents. Il n’y a presque plus cet humour boy scout qui avait fait son charme. Exit aussi Q et ses gadgets. On a gardé M (toujours aussi excellente, cette Judi Dench), qui joue encore une fois cette carte de la patronne sceptique devant un agent dont elle doute des capacités. Et qui se fera plus compréhensive une fois quelques exploits alignés par 007 : ce fut la même chose avec le Bond où Pierce Brosnan fit son apparition.

James est également plus tourmenté. Plus vulnérable en un sens. Ce qui fait de lui un personnage plus intéressant. Le comédien Daniel Craig joue tout en nuance. C’est le meilleur Bond depuis Sean Connery.

La série renoue évidemment avec les cascades spectaculaires et les effets spéciaux de toute nature. Les méchants sont toujours aussi méchants. Et ils tirent toujours si mal! On nous montre encore tous ces paysages incroyables: Venise, le lac de Côme, Prague, les Bahamas. Difficile de ne pas se pâmer devant de telles cartes postales. Les filles sont toujours aussi belles (on se permet même de donner à Eva Green un rôle d’anti Bond girl, ce qui ajoute à l’intrigue).

Et le cinéaste Martin Campbell se permet les habituels clins d’oeils aux opus précédents, dont celui de la sortie de mer sur sable chaud d’un personnage en costume de bain. On rend ainsi hommage à Ursula Andress et Halle Berry. Mais, cette fois, c’est James qu’on verra, rutilant tas de muscles dégoulinants d’eau de mer. Mesdames, Bond ne s’adresse plus qu’à vos conjoints. Le nouveau Bond détonne: il a les yeux bleus et les cheveux blonds. Et sa sensualité de mâle brutal et distingué à la fois est magnifiée par une caméra parfois presque voyeuse.

Quel dommage que la célèbre musique de Monty Norman soit reléguée au générique final… D’autant plus que l’habituelle tourne d’ouverture est assez moche. On s’ennuie de Paul McCartney, de Nancy Sinatra et des orchestrations de John Barry.

Que retenir du nouveau Bond? Que s’il est moins ludique que les précédents, il constitue tout de même un spectacle efficace et un festin pour les yeux. Que vous soyez un homme ou une femme!

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