Continental, un film sans fusil

Par Stephane Desjardins

À éviter si vous êtes déprimé

Continental, un film sans fusil, de Stéphane Lafleur, parle de solitude. Et de la finalité de l’existence humaine. Il en résulte un film où il ne se passe rien. Et tout à la fois. Un film très dur parce qu’il s’attaque au quotidien de millions de gens qui ne font, à prime abord, absolument rien de leur vie.

Quand on regarde le cours de l’existence des personnages du film, les décors dans lesquels ils habitent ou travaillent, jusqu’aux sons de leur environnement, on pense rapidement à plusieurs personnes de notre entourage. Ces dizaines de personnes qui vivent dans la vacuité totale: absence de goût, de direction, d’action, de buts. Ces gens se laissent vivre. Ils font ce qu’on leur demande au travail. Et ils reviennent chez eux, un domicile laid et vide, regarder Star Académie ou le Banquier. Ils se couchent sans trop se poser de questions. Et c’est comme ça jour après jour. Jusqu’à la fin. Les personnages du film Continental vivent leur vie ainsi. Et, fondamentalement, ils sont seuls. Désespérément seuls. Même quand ils dansent en groupe (d’où le titre du film). Ils ont tous leurs problèmes et leurs démons. Certains se précipitent dans le sexe. D’autres se téléphonent à la maison. Il y en a qui se débattent devant les jeux vidéo. Ou pour se trouver un revenu. On est loin des vies trépidantes que l’on imagine pour certaines stars du cinéma ou du monde des affaires, pleines de rebondissements, de fréquentations mémorables, d’événements incroyables, d’environnements sublimes et d’objectifs professionnels sans cesse plus prestigieux.

On est chez le vrai monde. Et c’est effrayant. Ma blonde me disait qu’elle avait eu envie de se tirer une balle tellement la vie quotidienne des personnages est déprimante.

Mais Stéphane Lafleur a prévu une fin offrant un mince espoir. Est-ce suffisant? Le film offre un point de vue original et intéressant. Et l’idée, qui n’est pas neuve, de faire s’entrecroiser le destin de gens qui ne se connaissent pas, permet d’entretenir un certain intérêt. Mais le rythme lent, qui aurait dû être un atout, donne l’effet inverse. On aurait voulu un resserrement.

Un chance qu’il y a ces situations absurdes, cet humour scabreux, ces réparties vides que nous avons tous entendues dans des situations sans issue. C’est la grande force du film: les gens mènent une existence sans direction. Et dans cette vacuité, ils débitent les âneries de circonstance lorsqu’ils doivent se dire quelque chose. Car ils n’ont, finalement, rien à se dire. Les anglophones appellent cela «small talk».

Le film a donc des qualités anthropologiques indéniables. On en sort fasciné mais remué. Les comédiens livrent une prestation magistrale. Mais l’univers décrit par le cinéaste est à ce point déprimant qu’il force la réflexion sur les pans de notre existence personnelle qui ont été peu reluisants. On se sent presque intimement interpellé et remué.

Est-ce le propre d’un film réussi de susciter des réflexions plusieurs heures ou jours après son visionnement? Je ne saurais le dire dans le cas de Continental, pour lequel je demeure dubitatif. À vous de vous forger votre propre opinion.

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