Contrôlez vos morveux!

Par Josée Pilotte

J’aurais donc dû lui dire, à mon amie Isabelle, qu’il existe une nouvelle méthode pour calmer les enfants turbulents: une nouvelle technique chinoise qui consiste à laisser pendre son enfant la tête en bas en le retenant par les pieds à quelques centimètres du sol afin d’améliorer son équilibre (mental) et sa concentration. La technique ne dit pas le nombre «d’heures» (?!) que doit durer la séance pour que l’enfant turbulent une fois remis sur pieds nous revienne transfiguré en **ange socialement acceptable.**
«Contrôlez votre enfant madame!»

Car voilà ce que lui a lancé à la figure… non pas une voisine frustrée, ni un flic, ni un prêtre pendant une célébration, ni le maître d’hôtel du Ritz Carlton, mais bien le propriétaire d’un resto-déjeuner de Saint-Sauveur. Ce jeune gamin, James de son petit nom, âgé d’à peine deux ans, n’était ni en train de tirer la nappe de la table voisine, ni en train de reluquer les dessous de la grand-maman sexy d’à côté, encore moins en train d’hurler à pleins poumons sa jeune existence: juché sur la banquette du resto, il s’amusait simplement à faire des «coucous» à ses parents en utilisant comme accessoire le rideau du grincheux propriétaire de l’établissement.

Méchant crime?

En tous les cas, la «mère indigne» a claqué la porte de son restaurant-déjeuner préféré. Définitivement.

Arrêtez-le, quelqu’un, ce drôle de restaurateur, pis ça presse! Non mais!, on est don’ ben rendus intolérants, nous autres… alors qu’on accommode (dé)raisonnablement tout ce qui vit au Québec… On est ben rendus intolérants, nous autres, qui interdisons les chiens, les chats, les voiles, les vapeurs ( la **pognez**-vous?), les fumeurs, les **blacks **aux portes des bars, la catéchèse dans les écoles, la randonnée à vélo sans casque…

Bientôt, qui sait, peut-être interdirons-nous les enfants de moins de six ans dans les restos familiaux?

Pathétiques intolérants que nous sommes!!!

Blague à part… Y’avait pas pris son café ce matin-là le monsieur?!

Il en reste pas moins que quand on a une «bizness» de service en lien direct avec le grand public dans un petit village comme Saint-Sauveur et qu’on se trouve face à une cliente fidèle depuis plus cinq ans,on devrait peut-être cultiver la tolérance un peu mieux que ça, non?

Remarquez c’est peut-être juste une question de points de vue qui font surgir un problème intergénérationnel… et qui dit intergénérationnel dit souvent antipodes: une distance lunaire entre l’éducation d’hier et d’aujourd’hui, la distance d’une incompréhension réciproque qui remet en cause l’une de nos valeurs les plus profondes, celle de l’éducation de nos enfants.

Est-ce discutable? Évidemment!… puisque le docteur- Spock… puisque-tout-se-joue-avant-six-ans… puisque l’enfant-roi… puisque père-manquant-fils-manqué… puisque mère-castratrice-fils-impuissant… puisque père-et-mère-tu-honoreras… et puisque la-vérité-sort-toujours-de-la-bouche-des-enfants…

Est-ce discutable? Évidemment!Mais sans émotions à fleur de peau, et surtout hors d’un resto-déjeuner de Saint-Sauveur, bondé d’inconnus, un dimanche matin, devant les enfants…

Mais.

Parce que les enfants ne sont pas toujours ceux que l’on croit, nous devrions proposer à nos deux antagonistes du dimanche de pratiquer la méthode chinoise: se suspendre tour à tour l’un l’autre par les pieds, la tête en bas. Comme la façon dont ils ont exprimé leurs indignations réciproques «ce matin-là»: à quelques centimètres du sol.

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