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(Photo : Courtoisie )
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Autochtones et Québécois, des peuples métissés serrés?

Par Ève Ménard

Le cinéaste documentariste Pierre Bastien concentre majoritairement son travail sur les Autochtones. Les thèmes qu’il aborde, comme le rapport au territoire ou la rencontre avec le peuple québécois et ses ancêtres, reviennent et évoluent d’une œuvre à une autre.

Cette fascination provient d’abord d’un constat qui l’habite depuis longtemps au sujet du peuple québécois : celui-ci cherche encore à se définir à l’intérieur du Canada. Son identité est en constante évolution. Avec son plus récent essai, Paroles amérikoises, l’auteur esquisse une nouvelle piste de réflexion : et si cette quête identitaire était aussi reliée à celle des Autochtones?

Héritage commun

Publié il y a quelques semaines, le livre fait une étonnante synthèse de son travail et un portrait contemporain de notre héritage métissé. Le thème central? La rencontre entre le peuple québécois et les nations autochtones et leur héritage commun, à travers l’histoire.

« Ce n’est pas un livre sur les Autochtones ou sur les Québécois, c’est un livre sur les Québécois et les Autochtones », précise son auteur. 

L’essai s’inscrit dans la continuité de son œuvre. De base, il devait surtout reprendre le matériel non utilisé pour le long-métrage Paroles amérikoises, sorti en 2013. Dans ce long-métrage, Pierre Bastien s’interrogeait sur notre appartenance au territoire nord-américain en évoquant la vie de nos ancêtres canayens, soit ceux qui ont parcouru le continent. Avec son livre, l’auteur poursuit cette réflexion et fait le pont entre son dernier film et celui à venir en mars 2022, intitulé Territoires, alliances et autres métissages.

Le livre est extrêmement bien construit et sa lecture est dynamique : on y fait des allers-retours entre le passé et le présent. On y insère certains extraits d’entretiens,  quelques poèmes et plusieurs brides de notre histoire. L’auteur nous ramène d’abord en 2009, où il a eu la chance d’assister à une rencontre entre une trentaine d’écrivains autochtones et allochtones sur une île au milieu de la rivière Romaine. Cette initiative s’inscrivait en continuité à la publication du livre Aimititau, parlons-nous! qui réunissait pour la première fois des auteurs du Québec et des Premières Nations.

Imbrication de deux cultures

Puis, Pierre Bastien entre tranquillement dans le vif de son sujet, trop souvent occulté par notre histoire : cette première rencontre avec les Premières Nations. Celle-ci débute en 1603 et s’échelonne sur des dizaines d’années au cours desquelles la collaboration s’installe et évolue entre autochtones et allochtones.

L’auteur cite un texte de Gilles Havard, dans lequel il est question de cette période riche en échanges culturels : « La Nouvelle-France dans son ensemble, et les Pays d’en haut en particulier, ont vu se juxtaposer et parfois s’imbriquer deux civilisations, avec de part et d’autre de multiples transferts culturels. » C’est avant la Conquête et après la colonisation. Pierre Bastien ajoute : « C’est important de comprendre que le Canada, le Québec, c’est un amalgame de toute cette histoire-là. […] Il n’y en a tout simplement pas de pays québécois ou canadien sans la présence autochtone. »

Apprendre des peuples

Les livres d’histoire ayant tendance à figer dans le temps les peuples autochtones, on oublie trop souvent toute la richesse de leurs cultures, à travers le temps : les langues, la connaissance de la forêt, des plantes médicinales ou de l’astronomie, leur système politique et la place des femmes dans leurs communautés. Le cinéaste nous fait remarquer un fait intéressant : alors que le droit de vote des femmes au Québec a été obtenu en 1940, les nations autochtones valorisaient la place des femmes en politique depuis des centaines d’années déjà, avant l’arrivée des colons. Dans les conseils de bande, on leur octroyait beaucoup de pouvoir. Chez certains peuples, ce sont les femmes qui choisissaient les chefs. Bref, il y a beaucoup à apprendre. Et encore beaucoup à échanger.

L’objectif ne sera jamais qu’un peuple ou l’autre perde son identité dans cette rencontre. Mais plutôt que chacun puisse grandir à partir de celle-ci. « Nous, nous ne sommes pas des Anglais et nous le savons. Mais les Anglais font aussi partie de la société. Les Autochtones ne sont
pas des Canadiens-français et ils le savent aussi. Mais nous pouvons tous travailler ensemble »
, conclut Pierre Bastien.

L’essai Paroles amérikoises est disponibles dans les librairies depuis décembre 2021. Photo : Courtoisie

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1 Comment

  1. Robert Henri

    Douze nations forment le Québec dont onze sont autochtones. Les nations autochtones sont effectivement métissées. Métissées serré, c’est moins sur. La nation Québécoise, idem. Je dis bien «nations», de «naître», avec tous les droits d’autodétermination que ça implique. Le droit de se gouverner soi-même. Les Anglais eux se sont imposé par les armes orchestrant de vrais génocides, les Acadiens, les Métis, les nations autochtones partout au Canada et aux États-Unis. Bien sur qu’il y a des anglophones québécois mais la nation québécoise reste francophone avec une histoire et une culture et il en est de même pour chacune des nations autochtones du Québec. «Nation: Ensemble des êtres humains vivant dans un même territoire, ayant une communauté d’origine, d’histoire, de culture, de traditions, parfois de langue, et constituant une communauté politique.»

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