Couci couça

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Culture

La petite vengeance

Ils avaient une bonne idée, de bons comédiens, une belle équipe technique et … des attentes élevées chez les cinéphiles. Mais ils livrent une marchandise qui déçoit quelque peu. Tout de même pas assez pour bouder le film. En fait, les opinions sont partagées dans mon entourage. Et je suis moi-même perplexe.

Car La petite vengeance n’est pas le grand film qu’il aurait dû être. Même s’il s’agit d’un divertissement honnête. Remarquez que, avec une température aussi grise que celle-là, pourquoi ne pas encourager un film québécois? D’autant plus que la seule grosse pointure à l’affiche étant le dernier 007.

Le tandem formé du cinéaste Jean-François Pouliot et du scénariste Ken Scott nous avait livré la Grande séduction. Ils récidivent avec un thème rarement abordé au cinéma québécois: celui d’un sentiment inavouable présenté sous l’aulne de la comédie.

C’est qu’il est impossible de ne pas être solidaire du personnage de Bernard (Marc Béland), comptable ordinaire dans une bijouterie du luxe, qui se fait carrément exploiter par le patron-propriétaire, M. Vendôme (Gabriel Gascon), une sorte de croisement entre Scruge et Séraphin.

Bernard mène une existence sans envergure et se fait carrément envahir, voir dominer par Vendôme. Ce dernier est un véritable tyran avec ses employés. Bernard est tellement sous sa coupe que sa vie personnelle et familiale en prend un coup. Il vit dans un petit appartement où il emmène du boulot tous les soirs. Sa femme (Pascale Bussières) l’a plaqué pour aller refaire sa vie avec un comptable. Il arrive toujours en retard aux séances avec le psy de sa petite fille (eh oui, cette dernière fait un burn-out!). Et, par-dessus tout, il se pose les questions habituelles pour plusieurs hommes dans la quarantaine: qu’ai-je fait de ma vie? pourquoi je suis rendu si loin de mes idéaux de jeunesse? vais-je faire ce boulot de merde encore longtemps? que me reste-t-il de mes valeurs?

Surgit de nulle part un personnage énigmatique, Robert (Michel Muller). Bernard est d’abord rébarbatif. Mais Robert aura un tel effet sur lui qu’il lui accordera toute sa confiance. Au point de cohabiter avec lui! (c’est d’ailleurs une des faiblesses du film) Grâce aux révélations de Robert, Bernard finit par comprendre à quel point Vendôme exerce une influence néfaste sur sa vie. En fait, il compare ce pouvoir à une sorte d’assassinat. Le même phénomène vécu par Robert, huit ans auparavant.

Les deux comptables (car Robert avait le poste de Bernard avant d’être éjecté par Vendôme) orchestreront rapidement leur vengeance. Qui se manifestera sous la forme d’un habile cambriolage.

L’événement prendra des proportions insoupçonnées et permettra à certaines personnes de révéler leur vraie nature. Certains punch sont tout simplement incroyables. D’autres sont mal exploités, mais demeurent efficaces.

Le film en soi est tout simplement magnifique: décors, maquillages, costumes, jeu des comédiens (ils sont vraiment bons), dialogues, punch lines efficaces (notamment celle sur les voleurs, qui ne sont pas voleurs puisqu’ils sont… comptables), éclairages, musique, intrigue, etc. Les artisans du film n’ont rien à se reprocher quant à la qualité du produit.

Mais le film aurait beaucoup gagné avec un peu plus de rythme et de cohérence. On sent parfois qu’on étire la sauce. Et le film ne compense pas ses moments qui manquent de crédibilité par des artifices humoristiques ou dramatiques.

Cela dit, ce Guide de la petite vengeance se savoure quand même comme un petit divertissement d’automne sans prétention. Mais il ne procurera jamais la satisfaction de la Grande séduction.

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