(Photo : Jonathan B. Roy - Facebook)

Laisser sa trace : sur la piste de la mémoire

Par Alexane Taillon-Thiffeault (Initiative de journalisme local)

Un an après le décès de Mélanie et François, figures appréciées du milieu du vélo de montagne dans les Laurentides, leur souvenir continue de tracer son chemin.

Le court-métrage Laisser sa trace, réalisé par Jonathan B. Roy pour l’organisme Plein Air Sainte-Adèle et le projet Trail Mel & Franck, documente la naissance d’un sentier commémoratif devenu un puissant symbole de mobilisation citoyenne.

Dès les funérailles, l’idée d’un hommage concret a émergé. Rapidement, un comité lié à Plein air Sainte-Adèle s’est formé pour concrétiser la création d’un sentier à leur image. Presque simultanément, l’idée d’en faire un film s’est imposée. Le but était de raconter qui étaient Mélanie et François, mais aussi témoigner du processus collectif derrière l’aménagement du parcours.

Un mélange de deuil et d’engagement

Jonathan B. Roy, qui habite la région et pratique lui-même le vélo de montagne, ne connaissait pas personnellement le couple. Mais il connaissait beaucoup de gens qui les avaient côtoyés. Touché par l’ampleur des témoignages et par l’élan communautaire, il accepte de réaliser le projet.

Habitué à se mettre en scène dans ses propres productions, souvent tournées sur de courtes périodes, il se retrouve ici presque entièrement derrière la caméra. Le défi est différent, puisqu’il devait suivre pendant des mois les différentes étapes du projet, multiplier les entrevues, capter des moments intimes comme des rassemblements d’envergure.

Le film montre notamment la construction d’un banc commémoratif, les journées de travail en forêt et, surtout, une corvée de 24 heures qui a rassemblé près de 150 bénévoles. Des gens sont venus de Montréal, parfois sans connaître personnellement Mélanie et François. Plusieurs n’avaient jamais participé à l’aménagement d’un sentier.

Devant l’ampleur de l’événement, M. Roy a fait appel en renfort à un collègue, Yannick Paquette-Labonté, directeur photo du projet. Entre les entrevues, la captation sonore, les images de travail en forêt et des moments hautement symboliques, dont l’inhumation des cendres de Mélanie, la logistique devenait trop lourde pour une seule personne.

Un titre évocateur

Au montage, le défi était de taille. Contrairement à un récit centré sur un seul protagoniste, Laisser sa trace assemble une mosaïque de voix, d’émotions et de points de vue. Il a accumulé des heures d’images et d’entrevues, avant de consacrer un « nombre exceptionnel d’heures » à faire émerger un fil conducteur.

Le titre du film reflète cette réflexion. Amateur de doubles sens, Jonathan B. Roy y voit à la fois la trace laissée sur un sentier de vélo et celle que l’on imprime dans la vie des autres. « Qu’est-ce qu’on laisse comme legs si on partait demain? » Cette question traverse le film en filigrane.

Selon M. Roy, le court-métrage permet aussi à la famille et aux proches de mesurer l’ampleur de l’amour et de l’estime que la communauté portait au couple. « Même quand on est sur place, on ne peut pas entendre tout ce que les gens disent de bien. Le film montre cette étendue-là. »

Une réflexion qui dépasse le sentier

Au-delà de l’hommage, l’expérience a profondément marqué M. Roy. En montant les images, il admet avoir été ému à plusieurs reprises. « Je ne les ai jamais rencontrés, mais à force d’entendre tout le monde parler d’eux, j’aurais voulu les connaître. »

Le projet l’a amené à réfléchir à l’impact que chacun peut avoir dans son milieu, parfois sans en être conscient. Mélanie et François avaient tissé des liens forts à travers leur implication en plein air. Leur disparition, survenue à un jeune âge, rappelle selon lui la fragilité de la vie, mais aussi la force des communautés soudées par une passion commune.

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