Plus près de nous qu’on le croit

Plus près de nous qu’on le croit
Culture

Quand j’étais au secondaire puis au cégep, la guerre faisait rage au Liban. Une guerre sale et fratricide. Une de ces guerres sur fond d’antagonisme religieux qui annonçait déjà le siècle actuel. Tous les soirs, on voyait les différentes factions musulmanes et chrétiennes pilonner les buildings de ce qui fut, autrefois, la ville la plus fière et la plus industrieuse du Moyen-Orient. Beyrouth était au centre d’un conflit si compliqué que personne, chez le Québécois moyen, n’en comprenait les tenants et aboutissants.

Puis la paix est venue. Puis, à nouveau la guerre, l’an dernier. Un événement accueilli avec consternation, partout dans le monde. Non, les Libanais ne l’ont pas facile.

Pendant le premier conflit, j’ai connu des Libanais de Montréal qui avaient mon âge. Outre le teint méditerranéen et les cheveux noirs, pas vraiment de différence entre eux et moi. Sauf qu’un d’entre eux avait un papa resté au pays. Le monsieur tenait un supermarché près de la ligne verte, c’est-à-dire à proximité d’un des pires foyers d’hostilités. Il me racontait que la famille faisait face au conflit avec un calme déconcertant. Quand les obus frappaient les alentours, on baissait à moitié le rideau de fer, on attendait que ça passe, puis tout repartait comme si rien ne s’était produit!

Aujourd’hui, Beyrouth tente de reprendre une vie normale de ville moderne, loin de la guerre et des affrontements politiques qui dégénèrent en conflit armé. Rien de tout cela dans le film de Nadine Labaki. Que le quotidien banal, fait de petites choses rigolotes et de petits drames aux conséquences insoupçonnées. Comme si la cinéaste voulait dire au monde entier que Beyrouth n’est pas que synonyme de guerre et d’atrocités. Que cette ville énergique est revenue à un semblant de vie normale. Et qu’il est possible d’y vaquer à ses occupations comme n’importe quel citoyen d’un pays qui connaît une paix durable. J’ai aussi retenu de Caramel un fait cocasse: on a beau être au Moyen-Orient, en un sens une société assez exotique pour les Québécois, les préoccupations demeurent les mêmes. Les gens, au fond, sont obnubilés par certaines questions, comme leur place dans la société et, surtout, l’amour. C’est la question centrale du film: comment un groupe de femmes se débrouille dans ce rayon malgré leurs limitations, qu’elles soient sociales ou personnelles.

Nadine Labaki, au lieu d’emprunter un ton dramatique ou philosophique, a délibérément opté pour la comédie légère. Elle a choisi de filmer ce salon de beauté, où l’on épile grâce à une technique utilisant du caramel, sur le ton du faux direct.

On y est comme dans un documentaire. La caméra, souvent à l’épaule, est continuellement dans le feu de l’action. C’est ainsi qu’on découvre ces femmes qui se débrouillent tant bien que mal avec les vicissitudes de la vie. Layale aime un homme marié, avec toutes les limitations et frustrations que ça entraîne. Une situation parfois pathétique, on s’en doute. Nisrine est musulmane et craint pour son mariage, car elle n’est plus vierge. De l’autre côté de la rue, tante Rose, qui n’est plus très jeune, survit grâce à des petits boulots de couture. Elle s’occupe de sa sœur, manifestement atteinte d’Alzheimer. Parlant de vieillesse, Jamale se débat avec une ménopause qu’elle n’accepte pas. Et il y a Rima, qui découvre sa véritable orientation sexuelle.

On aurait parfaitement pu tourner ce film au Québec, tellement les préoccupations de ces personnages collent souvent aux nôtres. Évidemment, il y a l’exotisme, les particularités culturelles et les tiraillements entre modernité et tradition.

Mais le propos est ailleurs: à travers ces femmes, on découvre que le Moyen-Orient est une société assez proche de la nôtre, qui ne cherche au fond qu’une chose, le bonheur, cet état difficile, insaisissable, apparemment inatteignable.

La réalisatrice, qui joue également le rôle de Layale, a brillamment dirigé les comédiennes, qui sont toutes excellentes. Les hommes tiennent des rôles secondaires mais stratégiques, dans ce film de filles qui nous change de notre quotidien avec un talent certain.

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