Yves Cloutier, l’artiste qui crée autrement
Par Alexane Taillon-Thiffeault (Initiative de journalisme local)
De passage le 15 mars à Morin-Heights, l’artiste Yves Cloutier propose un spectacle intimiste porté par un instrument aussi rare qu’impressionnant, une guitare acoustique à double manche qu’il accorde lui-même de façon non conventionnelle.
Son parcours n’a pourtant rien de linéaire. À 18 ans, il quitte l’école sans avoir terminé son secondaire et part faire le tour du pays sur le pouce. « C’est là que j’ai appris à jouer de la guitare. Quand tu attends deux jours en Saskatchewan et qu’il n’y a pas de voiture, tu es content d’avoir une guitare. »
De retour au Québec, il côtoie des musiciens professionnels et joue notamment avec Richard et Marie-Claire Séguin, une expérience qu’il qualifie de « belle école » dans le milieu des grandes salles et des studios.
Après avoir d’abord écrit en anglais, il choisit finalement de chanter dans sa langue. Puis, un jour, il met la main sur une guitare acoustique à double manche. « À partir de ce moment-là, toute ma création a changé. » L’instrument, qui totalise 18 cordes, lui permet de jouer simultanément sur les deux manches, chacun étant accordé différemment. « Ça donne une perspective harmonique beaucoup plus vaste. C’est comme si on était deux guitaristes, mais les deux ensemble en créent trois. »
La musique instrumentale comme essence
Cette recherche sonore l’amène progressivement vers la musique instrumentale. « Il y a tellement d’harmoniques que j’ai laissé tomber les mots. » Son approche repose avant tout sur l’intuition. « Je ne travaille pas beaucoup avec ma tête. Si je sens que je me répète, je scrap tout. Je ne veux pas retourner où je suis déjà allé. »
Depuis 25 ans, il explore les possibilités de cette guitare, cherchant à éviter les sentiers battus et les effets de mode. « La mode, c’est insupportable. Aux six mois, on s’en débarrasse. J’essaie d’être le plus authentique possible. »
Ses influences sont multiples : du classique à la musique médiévale, en passant par le jazz et le folk. Il cite volontiers Joni Mitchell, Nick Drake et Pink Floyd parmi ses sources d’inspiration. « Ce sont mes professeurs, mes maîtres. Mais je ne les copie jamais. » De Mitchell, il retient surtout la liberté d’accorder sa guitare autrement et d’oser sortir des structures prévisibles. « Avec ce que je fais, on ne peut pas prédire où ça s’en va. »
La scène, une « libération »
Sur scène, l’artiste parle d’une « libération ». Après des années passées à peaufiner ses pièces, le spectacle devient le moment de « donner ses pommes », image qu’il emprunte au monde végétal pour décrire la maturation artistique. « À 20 ans, je ne pouvais pas parler comme ça. Aujourd’hui, je trouve que le fruit est mûr. »
Les petites salles, comme celle qui l’accueillera à Morin-Heights, ont sa préférence. « On voit les gens, on sent leur réaction. Il y a un fil conducteur. Les gens te retournent leur plaisir. » Et même s’il ne chante pas, Cloutier demeure bavard entre les pièces. Il contextualise, explique ses influences, prépare l’auditoire à ce qu’il s’apprête à jouer.
L’album Fleuve
En 2023, il lançait l’album Fleuve, un projet réalisé avec l’appui du Conseil des arts et des lettres du Québec et du Conseil des arts du Canada. Derrière ce disque se trouve un travail père-fille.
Sa fille Julie-Anne agit comme productrice, coordonnatrice, graphiste et vidéaste. « C’est un beau cadeau de la vie. Elle connaît mes forces et mes faiblesses. » C’est d’ailleurs elle qui l’a convaincu d’immortaliser des pièces qu’elle entend depuis l’enfance. Un nouvel album est déjà en préparation.
À Morin-Heights, Yves Cloutier promet une soirée « tout en douceur », mais ponctuée de passages plus rythmés. « Je cherche la musique qui va me faire du bien dans l’âme. C’est un peu ça que je présente. » Un univers instrumental façonné par l’intuition, l’expérience et le désir constant de se renouveler !