Daniel P. … professeur?!

Par Eric-Olivier Dallard

La bêtise ne cesse de me fasciner. Et comme en la matière, décidément, l’on n’arrête pas le progrès, je n’ai pas fini d’être fasciné.

Premier appel de «Daniel P.», reçu à 10h30, un mardi matin.

Verbatim approximatif: «Bonjour Monsieur Dallard, je m’appelle Daniel P. et je suis professeur. Je déplore que votre journal ait donné un espace à une personne du type de Stéphane Gendron. Une personne sans nuance, de droite, qui cherche à tout prix à se faire du capital de toute sorte. Je voulais dénoncer cela et vous dire que dorénavant je ne lirai plus votre journal.»

Second appel de «Daniel P.», reçu à 10h35, le même mardi matin.

Verbatim, toujours approximatif: «C’est encore Daniel P. Je voulais aussi vous dire que je vais dire à mes amis, mes voisins, mes étudiants, de boycotter Accès, à cause de la présence de Gendron dans vos pages.»

Bien, bien, Monsieur P. Vous enseignez, dites-vous? Nous sommes donc «collègues» plus ou moins; j’ai enseigné durant quatre ans à l’Université d’Ottawa. Vous dénoncez l’homme de droite qu’est pour vous M. Gendron? J’en conclu que vous vous définissez comme un homme de gauche. Nous sommes toujours «collègues», plus ou moins.

Ce qui me fait décrocher de notre fraternité (factice), c’est cet appel au boycott que vous lancez, auprès de vos élèves… Vous êtes de ces prêcheurs qui aiment que la même chapelle se parle à elle-même? De ceux-là pour qui la pluralité de pensées est dangereuse? De ceux pour qui l’esprit critique ne se développe qu’à la même Lumière? Vous êtes dangereux, Monsieur.

Je ne me rappelle plus de qui était cette sage parole, en prologue des Mémoires: «Je remercie les écrivains que j’ai croisés au cours de ma vie: ils m’ont évité d’avoir des certitudes».

Savez-vous?, ignorant Gendron, vous vous êtes sans doute privé des plus belles lignes qu’il m’ait été donné de lire sur les «accommodements raisonnables» (et c’est un «fils d’immigrés» – en l’occurrence moi-même – qui parle). Elles ont été publiées dans Accès… sous la plume de cet «homme de droite» qu’est notre nouveau chroniqueur «honni»: «Autre argument de la populace québécoise à l’endroit des communautés culturelles: «Si je vais en Iran, je dois faire comme les Iraniens et me voiler si je suis une femme.» Évidemment, l’origine de cette pensée nous provient de la maxime qu’à Rome, l’on doit «faire comme les Romains»… et que, pas conséquent, les «immigrés» s’adaptent! Dans mon livre à moi, cette maxime est stupide. Comme le disait Michèle Ouimet dans un article de La Presse du 16 septembre dernier: «L’Iran est une dictature, pas le Québec». Peut-on prendre conscience quelques instants que la décision même d’émigrer et de quitter son pays natal représente en quelque sorte une tragédie, voir même une décision d’une immense gravité? Personne ne quitte le pays de son enfance par plaisir. Il s’agit d’un déracinement lourd sur le plan des émotions. Il est donc normal que la personne nouvellement arrivée dans notre société veuille recréer quelque peu son environnement. Il s’agit d’un réflexe normal de l’être humain: le besoin de se retrouver.

Monsieur P., vous êtes bête et borné.

Vous enseignez? Vous imaginer ce faisant me terrifie.

Un «vrai prof» contre la bêtise:

Claude Jasmin, le Québécois

Aux Éditions du Québécois, l’ami Jasmin vient de publier un recueil de textes (dont certains publiés dans Accès), véritable enseignement quant à l’art critique, voire polémique, De Bourgault au Bape, d’«Octobre 1970» à l’immigration au Québec: Sujets Majuscules, griffés d’une plume Majuscule comme notre paysage n’en recèle pas assez. Pour ce talent, ces mots: merci à celui que l’on appelle maintenant tout simplement «Jasmin».

Merci Claude.

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