Dans la rue contre le dégel!

Par Eric-Olivier Dallard
Dans la rue contre le dégel!

Grève en vue

> le commentaire de stéphane gendron
Mon père m’a déclaré lorsque j’avais 11 ans:
«Les études, c’est ce qui compte dans la vie.»
Puis mon père m’a offert d’aller au privé. J’y suis resté toute ma vie académique. Mon père ne m’a jamais payé mes études malgré qu’il en avait les moyens financièrement. Il m’a appris une chose: le travail. Et j’ai travaillé sur la terre comme les Mexicains, et à l’usine comme un ouvrier. Je me suis endetté. J’ai appris le sens des responsabilités et de l’engagement. Et pendant ce temps, les étudiants de philosopher sur une grève…

Les étudiants du cégep de Saint-Jérôme et du collège Lionel-Groulx pourraient bien se retrouver en grève illimité au cours des prochaines se­maines… C’est que la semaine prochaine aura lieu un gros travail de mobilisation au sein de certaines associations d’étudiants à travers le Québec. Mobili­sation dans l’intention de tenir des assemblées générales aux niveaux local, régional et provincial et déboucher ainsi sur un appel à la grève le 24 octobre. Parmi les revendications de ces mouvements à venir, le tarissement des fonds publics alloués aux études ayant mené à une proposition de dégel des frais de scolarité. Un dossier à suivre, dont nous vous présentons une première face cette semaine: la position étudiante.

Pour Youri Couture, vice-président de l’Association générale étudiante du cégep de Saint-Jérôme (AGES) et militant de l’Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante (ASSÉ), une des centrales syndicales étudiantes du Québec, bien que le dégel des frais de scolarité soit l’argument clé de la grève à venir, comme il l’a été depuis plus d’un an, il vient s’ajouter au sommet d’une liste de doléances qui sont au cœur des préoccupations des étudiants: «Il faut rappeler que les étudiant(e)s doivent payer d’autres frais, par exemple les frais afférents qui ne sont soumis à aucun contrôle gouvernemental et que les universités et cégeps ne se gênent pas pour augmenter à leur gré, ponctue Youri Couture. Ici à St-Jérôme, comme ailleurs, le cégep trouve n’importe quelle raison pour imposer de nouveaux frais à la population étudiante, que l’on pense aux frais de récupération d’horaire, des prix en hausse des vignettes de stationnement ou des frais administratifs pour certains documents.» La grève estudiantine à Saint Jérôme s’accompagnera de diverses manifestations, piquets de grève devant le Cégep, occupations d’édifices gouvernementaux et délégation importante en route vers les lieux de concentration tels que Montréal. Grèves et manifestations demandent organisation, investissement de temps et concertation entre les diverses associations et syndicats. Malgré cela, ces moyens restent les seuls qui permettent de sensibiliser la population générale et étudiante aux obstacles qui existent pour accéder à l’éducation post-secondaire. Ils constituent également les outils les plus «frappants» pour faire passer le message aux institutions dirigeantes: «En fait, la grève générale illimitée n’est pas le moyen préféré des associations étudiantes, concède Youri Couture. Il y a eu ce qu’il convient

d’appeler une escalade des moyens de pression et ce depuis plus d’un an. Des moyens de pression tels qu’un ultimatum le 3 novembre 2006, la remise d’une pétition de 10 000 signatures le 6 décembre 2006, une manifestation à Montréal rassemblant environ 3 500 personnes le 29 mars 2007 et une rencontre avec la ministre de l’éducation Michèle Courchesne le 4 mai 2007. Tout cela sans réponse de la part du gouvernement». Il faut se rappeler qu’en 2005, le mouvement national avait duré 6 semaines (5 semaines à Saint Jérôme), la plus longue grève du milieu étudiant.

En marge des soucis budgétaires des étudiants, l’action des associations s’oriente vers des dossiers qui préoccupent la relève de notre société: l’émancipation féminine – au Cégep, une demande a été faite pour que tout document comporte aussi le genre féminin – et la fin du patriarcat, la lutte contre l’impérialisme ou la mise en place de la Zone de libre-échange des Amériques ainsi que le soutien aux parents étudiants – souvent monoparentaux – par la mise en fonction d’un projet Bébé-études. À moyen ou long terme, le mouvement étudiant vise l’abolition pure et simple des frais de scolarité. La comparaison faite avec d’autres pays ou d’autres provinces démontre qu’un dégel des frais ne ferait qu’augmenter la disparité des classes sociales, les moins nantis étant lésés par des budgets d’études trop lourds. En janvier 2007, des chercheurs de l’Institut de re­cherche et d’informations socio-économiques (IRIS) on fait paraître une étude intitulée «Tarification de l’éducation postsecondaire ou gratuité scolaire?» démontrant que le dégel des frais de scolarité ne constitue qu’un aspect d’une crise en éducation et une défection des pouvoirs publics en la matière. Se basant sur des modèles d’éducation, comme la Grande Bretagne ou l’Ontario, les chercheurs démontrent que l’augmentation des frais décourage bon nombre d’étudiants potentiels. «La gratuité scolaire représente 550 millions, explique Youri Couture, cela équivaut à un peu moins de 1% du budget du gouvernement du Québec et 13% de ce que l’on verse au budget militaire du fédéral. Dans cette perspective, on peut dès lors constater qu’il s’agit d’un choix de société: il faut définir nos priorités.» Lors d’un mouvement de grève précédent, une étudiante en théâtre s’était déguisée en rumeur qui court. Elle arpentait les couloirs du Cégep, lançant son slogan «Il paraît que la gratuité est possible!» Rumeur à suivre.

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