Daran : Le monde perdu

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Par Thomas Gallenne
Daran : Le monde perdu
De la profondeur des sujets, Daran nous livre des paroles lumineuses, soutenues par un arrangement musical dépouillé de tout superflu.

En privilégiés que nous sommes, de la bien belle visite à Val-Morin nous recevrons ! En effet, Daran présentera en spectacle son dernier album, Le monde perdu, au Théâtre du Marais, le 26 mars prochain.

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Daran présentera en spectacle son dernier album Le monde perdu, au Théatre du Marais, le 26 mars prochain. Photo : Stéphane Portier

Spectacle multimédia devrais-je dire, puisque sur scène, Daran livrera son matériel musical et ses paroles profondes et belles, seul dans un mariage voix, guitare, harmonica. Seul ? Pas tout à fait non, puisqu’il sera accompagné de Geneviève Gendron qui dessinera en temps réel sur une tablette graphique, en superposition de films projetés sur un écran. Des films tournés par Daran lui-même.
Né à Turin en Italie en 1959 de parents français, Jean-Jacques Daran va marquer la scène musicale française avec son tube « Dormir dehors » en 1995, tiré de Huit barré, deuxième (et dernier) album de son groupe Daran et les chaises. Quinze ans et cinq albums solo plus tard, il quitte sa maison installée au bord de la mer en Bretagne pour déposer ses valises définitivement à Montréal fin 2010.
Deuxième album véritablement made in Québec donc, après L’homme dont les bras sont des branches (2012), Le monde perdu (2014) joue entre ombre et lumière.
De la profondeur des sujets, Daran nous livre des paroles lumineuses, soutenues par un arrangement musical dépouillé de tout superflu (guitare, voix, harmonica), dans la plus pure tradition folk. L’auteur-compositeur – plus que jamais à fleur de peau – nous offre certainement son œuvre la plus aboutie, la plus personnelle.
D’entrée de jeu, je lui fais part de ma totale objectivité, lui avouant que son titre Dormir dehors – datant d’il y a 21 ans tout de même ! – me donne toujours autant la chair de poule, chaque fois que je l’entends. « À moi aussi, elle me fait le même effet », me confie-t-il. Revenons à cet album, reconnu pour être un de ses plus aboutis et intimes, avec l’idée d’un « guitare-voix » qu’il ruminait depuis 15 ans. « De toute façon, la plupart de mes chansons ont été faites comme ça. Le défi était plutôt d’amener le squelette de la chanson à un produit fini. Ce n’est pas simple, car on ne peut pas se retrancher derrière des artifices d’arrangement… À un certain stade, c’est de l’orfèvrerie. Et je n’ai aucune excuse de dire que je ne l’ai pas vu puisque j’ai tout réalisé et enregistré chez moi. » Daran trouve très sain ce rapport d’artisan qu’il peut avoir avec son œuvre. « Il faut arrêter de se leurrer. On ne crée rien du tout, on assemble… On fait du Lego, on n’invente rien, les notes existent. »
Malgré les tempes grisonnantes, je me souviens du Daran des années 90, au cri primal propre au son grunge, contestataire, post-punk. Un Daran qui n’a, selon moi, jamais fait son âge… Son cœur s’est-il arrêté? (je voulais dire à 20 ans…) J’oublie de préciser. Il en rit de bon cœur. « J’espère que mon cœur ne s’est pas arrêté, non. J’essaie de garder un regard d’enfant sur les choses. J’essaie de combattre l’expérience et l’habitude tous les jours. Parce qu’on a tendance après à s’appuyer sur l’expérience, c’est tellement facile. On commence à se caricaturer soi-même. Je sors une feuille blanche chaque fois que je démarre quelque chose. L’expérience, on l’acquiert malgré soi. Elle est utile, mais il faut s’en méfier, car sinon c’est mort. »

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