«Dégénération» (- Mes Aieux)

Par Eric-Olivier Dallard

Tous nous avons nos désirs débiles – les Maserati sont pour moi plus que des voitures: des œuvres d’art, alors que pourtant je considère peu de choses comme «œuvres d’art». Tous, nos désirs débiles et de jolies contradictions dans nos mépris (ceux qui me connaissent savent pourtant mon dédain certain pour les moteurs, hormis ceux des motos, mais c’est une autre histoire).

Il y a de cela chez Pauline Marois, dans sa proposition de l’enseignement en l’anglais des cours d’Histoire (voir le texte de l’historien Alain Messier, en page 15 de cette édition-ci d’Accès). De la contradiction. Et aussi dans la façon qu’elle a (enfin!) de «répudier», l’air de rien, de grands pans de cette folle réforme de l’éducation, qu’elle a pourtant initiée il y a plusieurs années.

Il y a de cela chez Bernard Landry, dans sa façon de ne jamais admettre les erreurs de son gouvernement, dans sa façon grossière de répondre à Paul Arcand. Du mépris. Et surtout dans la façon qu’il a de dire – comme il l’a toujours fait – que c’est soit la population, soit les intervenants, soit le pape!, qui n’ont pas compris les enjeux, les mises en œuvre, etc… Marois a bien fait de rappeler à l’ordre belle-maman.

Le chroniqueur criminel

Quebecor offre une chronique à Jacques Lanctôt. Oui, oui, l’acteur du FLQ, dont l’action se solda, notamment, par la séquestration de l’attaché James Cross, enlevé dans son jardin alors que sa femme s’en allait… suivre des cours de français!

C’est lui qui se vantait, il y a quelques se­maines, à l’émission de radio de Christiane Charrette, d’avoir servi à M. Cross, durant sa détention, du «pâté chinois», question de l’initier «à la culture québécoise». Oui, il s’en vantait à la radio, le Lanctôt, ponctuant le tout d’un rire entendu, gras, grossier. Quebecor lui offre donc une tribune où répandre ses élucubrations… et il en a de fameuses: il faut lire son hommage au régime castriste de Cuba, dont le Québec devrait s’inspirer. Décidément, ses années d’exil ne lui ont rien appris; il n’a pas vu la même Havane que moi. Ni les mêmes citoyens. Il ne mérite pas de dire en leur nom.

Des générations

Le choc des générations est ces dernières semaines: sondages et lignes ouvertes se sont déchaînés, X contre baby-boomers, Y contre X, silencieux… euh… toujours silencieux… et vice versa…
À peu près à la même époque l’an dernier j’écrivais sur la «génération X» (la mienne), et surtout celles qui la suivent (Exit, la X),

Il incombe parfois à une génération de se montrer extraordinaire, rappelais-je, paraphrasant un politicien connu. Je soulignais que les défis, internationaux comme régionaux ou locaux, auxquels sera confrontée celle des 15-25 ans pourraient bien lui permettre de se tailler un destin dans l’étoffe dont on drape les héros.

Je déplorais, du même souffle, la sortie en douce de ma génération, la X, celle qui se meurt avant d’avoir vécu, n’ayant rien inventé, rien bousculé – ou si peu… Les morts de Kurt Cobain et de Dédé Fortin ont été ses seuls malheurs.

Vous savez le moment où l’on est vieux? Quand on sait que l’on ne sera jamais l’homme que l’on a déjà rêvé être.

Cette génération-là, parlant musique, il est vrai qu’elle a inventé l’électro, métaphore sympathique de ce qu’elle est. L’électro, cette grand’messe sous forme de mantra musical, qui, contrairement au rock, passe déjà son chemin (un peu moins rapidement que la house des années 1980, d’accord!). Oui, un mantra… l’électro est peut-être la seule spiritualité que nous ayons pu découvrir. Convenons que nous n’avons pas cherché beaucoup. Et convenons aussi que cette musique, comme source de spiritualité, elle nous correspond bien: à nous, filles et fils de l’image, il fallait un truc bien contemplatif, habitués que nous avons été à tout avoir en nos années d’enfance, à ne pas avoir trop à se démener, à n’avoir qu’à regarder les paquets sous le sapin, ou bien son père dans les yeux pour l’argent de poche (ce qui ne cesse de me fasciner, c’est l’absence du moindre sursaut de révolte quand, à 25 ans, diplômés et prêts à l’emploi, nous nous sommes retrouvés devant rien… il est vrai nous avions pu compter alors – et encore maintenant! – sur le love money de nos parents, ces baby-boomers honnis). Nous, à qui le Walkman fut d’abord proposé quand nous avions 15 ans, devions bien retrouver, 15 années plus tard, ce sentiment d’isolement et d’engourdis­sement au milieu d’une foule que l’on pouvait ressentir les écouteurs vissés aux oreilles, dans l’autobus, et que nous avait procuré Sony. L’électro, les raves, ça convient… l’on ne quitte pas le berceau de l’enfance. Et puis, au moins, l’on a fait un pas vers la socialisation…
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Je fus interpellé un peu par la nouvelle (comprenez, je gagne ma vie avec les mots!): la nouvelle génération (15-25 ans) ne saurait plus écrire, les échanges rapides sur internet et par SMS faisant notamment des dommages considérables, qui, selon moi, ne sont rien en regard des dommages de la multitude des réformes de l’éducation ayant sévi au cours des dernières décennies; je fus interpellé beaucoup par des lecteurs: n’est-ce pas désolant, hein monsieur Dallard?, toute cette jeunesse perdue pour l’écriture, donc la lecture, donc la structure de la pensée…

Vous savez, la pratique du journalisme comporte de nombreux avantages marginaux (des soucis aussi, en proportion, croyez-moi!); l’un de ceux-là est d’être abreuvé de nouveautés musicales, littéraires, cinématographiques… Dans la flopée des disques reçus pour la rentrée culturelle de septembre 2007, ceux émanant de la génération montante présentent des lectures du monde tout à fait remarquables, presque psychanalytiques.

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